LA COLLINE A DES YEUX 2 : et plutôt deux fois qu’une…

Publié le par Ludo Z-Man

Le hasard faisant bien les choses (enfin façon de parler…), voilà qu’a à peine quelques jours d’écart, j’eus le bonheur de visionner deux suites portant le même titre : La colline a des yeux 2. La folie du recyclage n’ayant plus de limite, il faut maintenant se faire une raison, en plus des numéros à la fin des titres, on se retrouve avec des titres en double. J’imagine la confusion pour le spectateur néophyte et j’imagine d’ailleurs qu’à la grande époque de la VHS où l’on n’hésitait pas à fourguer des films sous plusieurs titres différents, certains distributeurs malins auraient pu en profiter. On avait parlé, l’année dernière du remake de La colline a des yeux par Alexandre Aja, une série B de luxe qui sacrifiait tout à l’efficacité avec plus ou moins de bonheur. C’était du saignant, du costaud, du brutal. Wes Craven, producteur du film et flairant la bonne affaire, mis instantanément une suite en route et un an plus tard, nous arrive La colline a des yeux 2 mis en scène par un inconnu au bataillon, Martin Weisz. Cette fois-ci, ce n’est plus une famille d’Américains moyens qui se paument dans le désert mais une bande de bleu-bites en mission d’entraînement. La fameuse (la seule) finesse du récit, c’est évidemment l’allusion très explicite (dans le scénario, c’est même pas du sous-texte) à la guerre en Irak. Evidemment, on en revient toujours à la remarque que le cinéma d’horreur (que c’est étonnant !) est souvent l’un des genres à aborder le plus vite et le plus frontalement une actualité brûlante que le cinéma mainstream se refuse à regarder en face (revoyez le beau Deathdream de Bob Clark qui traitait en 1972 du traumatisme du Viet-Nam avec une incroyable justesse), manière de légitimer aussi un peu les excès d’hémoglobine déversée à l’écran, contextualiser la représentation de la violence pour lui donner un sens (1). Certes, mais tous les films ne sont pas pour autant logés à la même enseigne. Encore une fois, encore faut-il que cela soit autre chose qu’une intention inscrite dans le script. Or c’est, il me semble, uniquement cela dans La colline a des yeux 2. La simplicité ultra-linéaire du scénario, prévisible de bout en bout (rebondissements attendus, personnages creux, dialogues d’une absolue platitude), n’est pas nécessairement en cause. Martin Weisz se contente d’un filmage consciencieux mais sans éclat, reprenant pauvrement la charte esthétique du film d’Aja. Le résultat paraît étrangement cheap, là où Aja avait eu malgré tout l’ambition d’y importer certaines références cinéphilique qui donnait du caractère à son projet. Rien de tout ça ici. Evidemment, le manque cruel de personnalité du metteur en scène est ici si flagrant, qu’il serait facile de tout reporter sur Craven. On s’abstiendra de lui adresser ce reproche d’opportunisme, véritable refrain des qu’on parle de lui depuis une bonne dizaine d’année, émaillées certes de ratages plus ou moins énormes (Cursed fut quand même un gros gâchis).


Le film de Martin Weisz est donc une suite du remake et pas un remake de la suite (vous suivez ?), La colline a des yeux 2, réalisé par Craven lui-même en 1985 et qui restera comme l’une des plus grosses casseroles de son auteur. Filmée par un Wes Craven, pas encore relancé par le succès des Griffes de la nuit, cette suite fut tournée en moins d’un mois avec un casting retrouvant quelques-uns des acteurs du premier opus dont l’extraordinaire et indispensable Michael Berryman, qui restera comme une des gueules les plus improbables du cinéma américain. Wes Craven déclara que le budget était très réduit, ce qui l’avait amené à faire de graves concessions. Outre la fadeur de son scénario (c’est cette fois-ci un groupe de jeunes bikers qui sont la cible des cannibales), le film tente clairement de se rapprocher du slasher et de ses codes, afin de surfer sur l’engouement du cinéma d’horreur auprès d’un public jeune. La colline a des yeux 2 ressemble ironiquement au final à un avatar de la saga Vendredi 13 (crée par celui qui fut le compagnon de route de Craven à ses débuts, Sean Cunningham), genre que par la suite le cinéaste explorera avec infiniment plus de finesse et d’originalité. La mauvaise réputation de cette suite est aussi due à sa première partie, composée de flash-back qui sont en fait de larges extraits du film originel de 1977. Le procédé ne serait pas aussi douteux si un des rares personnages ayant survécu au film précédant, le chien de la famille en l’occurrence, n’avait pas lui aussi droit à sa séquence souvenir. Difficile de ne pas glousser face à une telle séquence. Impossible (à mon sens) d’y voir la preuve du goût de Craven pour l’ironie et l’absurde, pourtant une de ses marques de fabrique (souvent interprété aujourd’hui comme une forme de cynisme mal placé) mais qui ne tient vraiment pas la route face aux autres films contemporains du cinéaste, en particulier son ultra-classique Les Griffes de la Nuit (qui est, à sa façon, la vraie suite, pour le coup très réussie, de son premier film La Dernière Maison de la Gauche). Bien que très inégale, il faut donc bien rappeler à quel point la filmographie de Craven apparaît d’une grande cohérence et d’une grande richesse. Injustement décrié ces dernières années, y compris par la presse spécialisée, ses meilleurs films méritent donc revus. ressemble ironiquement au final à un avatar de la saga       

 

(1)Ca me rappelle un petit échange (tout à fait courtois par ailleurs) que j’ai eu récemment sur le blog de Télérama (ouais, ouais, je lis le site de Télérama, vous moquez pas…) avec le rédacteur du blog Les Objets Gentils, qui trouvait le film Hostel immonde moralement et idéologiquement, alors que je trouve le film de Roth justement bien plus intéressant au niveau de la forme comme du fond (et ce malgré mes réserves sur le film). Je ne sais pas toujours bien où me mettre dans ce genre de débat surtout quand on en arrive aux gros mots « immonde », « film nazi » « fasciste »… J’ai toujours l’impression d’être dépassé par ce genre de termes, me méfiant toujours des grilles de lecture idéologiques plaquées sur les images, mais en ayant l’impression que le débat est insoluble.

Publié dans série bis

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