BURGER KILL de Shane Kuhn et Brendan Cowles (2006)

Publié le par Ludo Z-Man

Après la découverte de l’éprouvant Rectuma, je pensais faire une pause dans cette quête éperdue des films les plus cons de la planète, mais c’était sans compter ces farceurs de chez Mad Movies qui viennent de sortir en DVD, Burger Kill, film obscur réalisé par deux illustres inconnus (dont c’est visiblement le premier essai). Avec un titre pareil, on pouvait fantasmer une énième merveille sur le thème du gore culinaire (une grande tradition du genre de Blood Feast à Blood Diner) mais c’est bien à un slasher auquel nous avons à faire, sous-genre qui fait aujourd’hui figure de parent pauvre du cinéma d’horreur, submergé par la mode envahissante du survival (tout ça pour dire que le slasher mériterait un petit coup de jeune, vous ne trouvez pas ?). Alors en plus avec Burger Kill, on est en plein dedans, ça teenmovise dans tous les coins et un tueur masqué se balade au milieu de tout ce beau monde, histoire de faire le ménage des que le scénario l’exige (ou pas).


Et ça ne commence pour ainsi dire pas très bien. Passons d’entrée sur la sublime version française proposée sur le DVD, les doubleurs ont clairement déconnés à plein tube et dés la première scène, on est au bord de l’hilarité. Ca se calme ensuite, même si les dialogues demeurent souvent joliment vulgaires (les punchlines du tueur sont assez gratinées). Donc, une bande de djeuns (deux types et leurs petites copines) se baladent en voiture et décident, afin d’assouvir une petite faim au milieu de la nuit, de faire un détour au fast-food du coin. La voix du haut parleur du drive commencent à taquiner nos lascars (mais on est loin de la cultissimme scène du fast food chinois dans l’inoubliable Eh mec, elle est où ma caisse ?) qui finissent par s’énerver et par pénétrer dans le restaurant pour régler son compte à ce petit farceur. Manque de pot, le farceur en question n’est autre qu’une sorte de version très énervée et pas sympathique du tout de Ronald Mc Donald (quoique le vrai Ronald peut faire aussi très peur, à ce propos, vous avez déjà vu Mac et Moi ?), armée d’un hachoir à viande et qui va les trucider sauvagement. Vous avez donc compris le concept, le tueur est un clown de fast-food, pourquoi pas après tout ? Sauf que tout cela est horriblement mal foutu. La scène d’introduction donne le ton, c’est filmé approximativement (avec des cadrages obliques idiots), c’est monté n’importe comment et ça ne s’arrangera guère par la suite, les scènes de meurtres regorgeant d’idées débiles (effets de ralenti, accélérations et montage épileptiques rythmé par le même morceau de métal balancé à fond les manettes à chaque apparition du clown). Le rythme patauge franchement dans la seconde moitié. C’est pas la joie.


Le scénario est effrayant de connerie, c’est évident, mais ce n’est pas le problème. En fait, on finit vraiment par se demander ou les deux cinéastes veulent en venir. Le film par exemple semble aligner les références et jouer brièvement sur un détournement pour le coup assez usé des clichés du slasher (ce que faisait Craven dans Scream) mais tout cela tombe bien vite à l’eau tant le film paraît au final terriblement académique. L’humour potache s’intègre aussi très mal à l’ensemble de même que les excès gore de nombreuses scènes (notamment ce morceau de bravoure où une pauvre fille se fait griller la tête dans un micro-ondes sur le gymnase de son campus !!!). N’espérez pas non plus y déceler une sous-texte satirique quelconque. On hésite alors à trouver le film soit incroyablement prétentieux soit totalement opportuniste. L’accumulation de clichés douteux, en particulier dans l’écriture des personnages et les dialogues, est assez significative. Bénéficiant à vue de nez d’un budget à priori raisonnable (attention ça reste une série B), les deux lascars ont voulu manger à tous les râteliers et se sont copieusement plantés. Non seulement Burger Kill n’a pas la débilité décomplexée qui fait les meilleurs nanars horrifiques, mais encore moins la malice ou la folie des meilleurs artisans du genre (le Satan’s Little Helper de Jeff Liebermann par exemple, c’était autre chose quand même) ni même le savoir-faire des vétérans qui permet des fois de faire décoller un film pourtant sans grande ambition. Sous ses dehors de détournement de l’imagerie de la culture fast-food, Burger Kill a tout de la restauration rapide bas de gamme, un menu insipide et sans saveur. Pour un galop d’essai, ce n’est vraiment pas concluant.

PS : Le prochain DVD Mad Movies, ce sera Les Trois Visages de La Peur, le trés beau film de Mario Bava que je vous conseille fortement. 

Publié dans série bis

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