LES « EDUCATIONAL MOVIES » de SERIE BIS : aujourd’hui ALICE IN ACIDLAND et APHRODISIAC !

Publié le par Ludo Z-Man

Nous avions déjà abordés, il y a un certain temps, le thème des « educational movies » à travers le cas des productions du génial Dwain Esper qui dans les années 30 s’était donné pour mission d’avertir les bons citoyens des dangers qui les guettaient et que de boire un verre de trop ou fumer un joint pouvait au choix gâcher leur vie, provoquer en eux des envies lubriques irrépressibles, leur faire contracter des maladies douteuses, les amener à faire de prison ou à commettre des crimes, les faire sombrer dans la folie, les amener au suicide et bien d’autres joyeusetés (rayer les mentions inutiles). Si les films de Dwain Esper anticipent la rhétorique des films de propagandes qui fleurissent dans l’Amérique puritaine des années 50 et 60 (voir les effrayantes productions de Sid Davis, Boys Beware ou Girls Beware, destinées à inciter les jeunes américains à rester dans le droit chemin, équivalent cinématographique des comics débiles de l’inénarrable fanatique Jack Chick), on y décèle déjà l’opportunisme racoleur et la roublardise hilarante des films d’exploitations de l’age d’or. Et dans les années 60, en pleine émergence du mouvement hippie, fleurisse nombre de séries Z et autres nudies qui sous prétexte de témoigner de leur époque en donnent une image stupidement caricaturale et donc forcément hilarante. 

 


C’est essentiellement son titre génial, Alice in Acidland, qui fait sortir de l’ordinaire cet obscur long métrage réalisé en 1968 par un certain John Donne et qui s’avère être un étrange nudie sous fumette, grand moment d’érotisme old school déguisé en docu-drama sur une jeunesse dépravée adeptes d’expériences psychédéliques et hallucinatoires. Une superbe voix-off sentencieuse à souhait nous l’annonce des l’entame : « Cette Alice là n’a jamais vu ni le lapin blanc, ni la reine de cœur, elle n’ira pas au pays des merveilles, mais dans les cavernes sombres et sans fin d’Acidland, là où les contes de fée n’existent pas ! ». Ca en jette non ? En fait, le terrible voyage d’Alice Trenton, notre héroïne, sera pourtant bien moins… comment dire… réjouissant. Jeune fille de bonne famille, Alice rencontre un jour une dénommée Frieda qui l’invite chez elle à une piscine-party (si si !). Afin de détendre l’atmosphère, nos jeunes gens boivent beaucoup et surtout Frieda permet à Alice de fumer son premier pétard. A partir de là, les deux jeunes filles deviennent très très amies, puisqu’elles préféreront aller prendre une douche toutes les deux ensemble plutôt que de profiter du soleil et de la piscine. Forcément après une journée pareille, Alice n’en sort pas indemne et la voix off (oui, parce que il n’y a aucun dialogue dans le film, ça, je ne l’avais pas précisé !) nous confirme que Alice la gentille fille se transforme maintenant toutes les nuits en « hippie sauvage et provocante ». Frieda (qui cache sa ganja dans ses portes jarretelles, ce qui est très classe) l’emmène alors dans les quartiers glauques où des pervers dépravés s’adonnent à des orgies décadentes (en fait un couple s’embrasse timidement sur un canapé, tandis qu’un autre gus lèche timidement les bas d’une nana, je vous dis pas, c’est torride !). Pendant que Frieda retrouve sa petite amie du moment, Alice flirte avec le maître des lieux. Tout ce beau monde s’ébat sur une bande son jazzy vaguement hypnotique (mais idéale pour une ambiance lounge sympathique !). C’est le moment, ami spectateur, d’aller se servir un petit cocktail (un tiers de jus d’ananas, un tiers de jus de canneberges, 1/6 de chambord, 1/6 de midori et le reste de vodka) ou d’aller commander les pizzas si vous regardez la chose entre amis avertis. 

 

Les deux regina et les deux napolitaines (sans anchois) viennent d’arriver et la scène de partouze la plus soporifique de l’histoire du cinéma n’est pas encore terminée, que tout cela est long !!! Puis, Frieda emmène Alice à une autre teuf où elle rencontre un certain « Animal » (encore un pervers) et où Frieda lui fait absorber sa première dose de LSD et là, c’est le clou du film, le bad trip d’Alice que je vous laisse savourer dans son intégralité :

 


Alice bad trip
envoyé par ludozman

Ah ben oui, vu comme ça, ça a l’air fun de tripper au LSD (y’a plein de jolies filles sans aucun vêtement !) mais attention, vous finirez comme Alice, comme un légume !!! Mouhahahahahah !!!!

 

Heureusement, quelques années plus tard, le cinéma d’exploitation prouva qu’il pouvait se montrer bien plus progressiste voire subversif. Au début des années 70, tandis que des documentaires éducatifs surfent sur la vague de la libération sexuelle (comme la saga des Schulmadchen Report en Allemagne), le génial Dennis Van Zak innove en signant en 1971 un chef d’œuvre du « docu-porno », Aphrodisiac ! The Sexual Secrets of Marijuana. Ca commence comme un reportage sociologique nous montrant des gens en train de faire la fête lors d’une soirée entre amis. Ambiance feutrée, discussions vaines et banales, sourires coincés, il y règne un ennui typiquement antonionien que seuls quelques verres d’alcool pourront dérider. Puis nous nous retrouvons dans une « marijuana-party » et vu que sans alcool, la fête est plus folle (comme dirait le poète), nous sommes forcés de constater que faire circuler le pétard aide fortement à faciliter les contacts humains. Fort de ce constat sociologique implacable, Dennis Van Zak construit avec ce film un cocktail absolument unique en son genre de cours d’histoire sur l’origine de la marijuana, de témoignages poignants, d’apartés scientifiques, d’images d’archives rarissimes, de statistiques pointues, de micro-trottoirs fendards et de démonstrations concrètes des qualités aphrodisiaques du cannabis, à travers les cas d’un jeune couple paralysés par leur éducation puritaine, d’un jeune homme sexuellement frustré et obnubilé par son boulot (en fait l’acteur porno John Holmes !) et d’une jeune hippie délurée qui grâce à la petite cigarette magique ont pu goûter à une sexualité débridée et épanouie, ce qui permet alors de pimenter le métrage de nombreux intermèdes dénudés et érotiques. Le propos est asséné avec une prétention tout pédagogique et un sérieux absolu qui rend la vision du film absolument hilarante, comme en témoignent ces larges extraits. 

 

 


La suite fourmille de grands moments comme seul le cinéma bis peut en provoquer, une rencontre amoureuse poignante entre deux hippies subversifs qui ont un coup de foudre après avoir manifester tous seuls devant leur campus.

 

Un micro-trottoir avec un nain (en fait l’acteur Billy Curtis vu dans Le Magicien d’Oz et surtout c’était le héros de The Terror of Tiny Town !!!) qui se fait tirer les oreilles par un des passants.

 

Une leçon de roulage d’un joint à l’effigie du drapeau américain.




















Se terminant sur un plaidoyer pour la légalisation du cannabis, Aphrodisiac ! est un spécimen hilarant de mockumentary (car tout ici est clairement bidonné) involontairement parodique, en fait, ce que l’on appela à l’époque les mondos, un des sous-genres les plus racoleurs et les plus croustillants du cinéma d’exploitation.   

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Bruce Kraft 13/11/2009 20:43


Salut!! Encore un adepte de cinéma que je ne connaissais pas!! Ayant apprécié la qualité (et la quantité d'infos!!) de ton blog, j'aurais aimé avoir ton blog dans ma communauté (une semaine et déjà
24 membres!!): "Cinéma et culture alternative" que tu peux retrouver en lien sur mon site (en bas à gauche!!).

A bientôt j'espère!!


parloir 04/10/2008 22:35

"Heureusement, quelques années plus tard, le cinéma d’exploitation prouva qu’il pouvait se montrer bien plus progressiste voire subversif."
Bah, je pense pas que les réalisateurs de ces pseudo-docs des années 60 ou même 30 se prenaient vraiment au sérieux, tu sais - à quelques exceptions près. Après la mise en place du code hays dans les années 30, il était quasi-impossible de montrer le moindre nombril sans avoir à se justifier. Les réalisateurs devaient rivaliser d'ingéniosité pour contourner la censure. Le genre du pseudo-documentaire qui précède les films d'exploitation était une bonne excuse pour montrer quelques filles dénudées ("c'est pour mettre en garde le téléspectateurs"), quelques joins, et puis du Jazz ! Avez-vous idée des ravages que faisaient cette musique diabolique sur la jeunesse de l'époque. :D Ce qu'il y a de bien avec ces films c'est que beaucoup sont dans le domaine public, maintenant. J'en avais vu un hilarant sur la syphillis.

Dr Orlof 18/04/2008 19:02

Alors là, c'est assez amusant car je jure n'avoir pas lu ta note avant de faire la mienne et j'évoque aujourd'hui même les "educational films" et les inéffables "Hygiene pictures" ! Je parle même des fameux "Schulmadchen report" malheureusement très difficiles à dégotter. Même les gloupitants extraits qui subsistaient sur Dailymotion ont été évincés!Très belle note, sinon, qui donne envie de voir les films...