HOSTEL CHAPITRE 2 de Eli Roth (2007)

Publié le par Ludo Z-Man

C’était quasiment à chaud à peine quelques jours après sa sortie en salles (à l'époque ou votre serviteur pouvait encore mettre son blog réguliérement à jour sans que des occupations plus terre à terre ne l'en éloigne) que je commentais à l’époque Hostel, le second film de Eli Roth après un Cabin Fever qui n’avait suscité chez moi à l’époque qu’un ennui poli. C’est donc bien tardivement que je me décide à chroniquer ce second volet qui pourtant s’imposait après sa vision en salles comme l’un de mes films d’horreur préférés de l’année 2007. Il apparaissait alors qu’à l’instar de son grand pote Quentin Tarantino que Eli Roth et son personnage de « petit malin » (voire la très marrante promo orchestrée pour le film sur le Net) cachait en fait peut-être l’un des rares réalisateurs à proposer un film de genre réellement singulier pour ne pas dire personnel à une époque où les cinéastes les plus en vogue du moment ne s’avèrent être au mieux que d’habiles faiseurs. Il s’en est fallu de peu pour que Hostel soit mis au même niveau que l’insupportable et bruyante saga Saw, dont la longévité reste un mystère. Seulement voilà, Eli Roth se régale à brouiller les pistes et si c’est un vrai plaisir de se laisser berner, il faut pourtant éviter le malentendu. A ce titre, alors que pas mal de cinéastes contemporains nous servent un cinéma ultra-référencé quasiment dominé par l’exercice du remake (qu’il soit officiel ou officieux), chez Eli Roth, les références agissent plus comme une toile de fond, en sourdine, et c’est vraiment un pur hasard de visionnage qui m’a fait constater à quel point Hostel 2 était un hommage évident au Dernier Train de la Nuit d’Aldo Lado. Les caméos clins d’œil accentuent évidemment cette filiation au cinéma d’exploitation transalpin (Ruggero Deodato fait une apparition mais aussi et surtout Edwige Fenech, à laquelle le blog du Dr Orlof consacra recemment quelques chroniques !!!!). En fait, Eli Roth nous fait un film d’exploitation à 100% assumé. La preuve, c’est une suite et elle reprend en tous points le canevas de l’original. Il en profite même pour nous donner dans les premières minutes l’épilogue du premier volet et c’est avec cette conclusion abrupte que Roth enchaîne paradoxalement très fluidement avec l’histoire de ce second volet. 

 

Comme dans le premier film, le programme touristique se fait en compagnie de trois personnages, mais cette fois-ci, ce ne sont plus des ados attardés tout droit sortis d’un reportage MTV sur le Spring Break, mais trois demoiselles américaines qui font leurs études en Italie. Encore une fois, Eli Roth fait ici preuve d’une certaine capacité à brosser avec efficacité des personnages qu’on cerne très vite, grâce à une écriture qui va à l’essentiel, un réel sens de la caricature mais aussi de bons choix de casting. Les personnalités des trois filles sont vite cernées, tout en mettant quand même en jeu un processus d’identification plus évident. Alors le fait que ce soit des filles a-t-il une importance ? Eh, bien comment dire, ce qui saute aux yeux, ce n’est pas uniquement ce changement de sexe, mais surtout le fait que ce Hostel 2 joue non seulement sur l’identification mais aussi et surtout sur la séduction. Et ce n’est pas pour rien que le récit s’ouvre sur une scène de séduction : Axelle, cette sublime jeune femme (Vera Jordanova) qui vient poser nue devant les étudiants en arts et le travelling avant sur Beth qui révèle son trouble, un quasi-coup de foudre. Et c’est principalement à cause de cette attirance de Beth pour Axelle que nos trois jeunes filles se retrouveront en Slovaquie. Le piége est tendu. Et la donne change pour nous, spectateurs, car après tout ces trois héroïnes sont déjà pour nous bien plus « attirantes » que pouvait l’être les gugusses du premier volet et puis surtout, on le verra, cette fois-ci, c’est une facette plus pittoresque (dont plus fascinante, voire plus romantique), plus proche de la carte postale que l’on découvrira de la Slovaquie. Certes, le contact avec l’étranger reste toujours chargé d’une certaine brutalité, mais même la condescendance (la scène des bonbons donnés aux gamins) apparaît plus comme une forme de naïveté que comme une manifestation de bêtise crasse. Ces filles ont des atouts, en ont conscience et savent s’en servir. La séduction donc (Whitney idéalement campée par Bijou Phillips en représente l’aspect le plus sexy) mais aussi l’aspect financier car on l’apprend au détour d’une réplique, Beth, l’héroïne, pourrait « se payer la Slovaquie à elle toute seule ». La manipulation se joue à un niveau plus raffiné, si j’ose dire, mais ce jeu de séduction subtile se joue essentiellement entre femmes (et pourtant c’est bien un film d’homme, à vous de voir si Eli Roth laisse ici plus ou moins consciemment s’exprimer une certaine misogynie).  

 

Quand Eli Roth introduit enfin un point de vue masculin, il n’y va pas par le dos de la cuillère, car il nous présente deux personnages masculins qui pourraient être les clones adultes, rangés et embourgeoisés des lascars attardés du premier volet. Sauf que ceux-ci sont les bourreaux. Outre que cela permet à Eli Roth d’élargir le cadre dans une optique paranoïaque, nous faisant découvrir une société secrète dont les ramifications s’étendent sur toute la planète en utilisant les moyens technologiques de pointe pour assurer le fonctionnement de cette multinationale de la barbarie (tout en profitant des joies de la délocalisation car derrière les charmes du tourisme se dissimulent une économie locale parfaitement huilée qui prend racine dans les inégalités sociales les plus violentes, comme pour ce groupe d’enfant qui connaît le fonctionnement et sait déjà jouer au « maillon faible », quand il s’agit de sauver sa peau, ce n’est d’ailleurs pas pour rien que les enfants rejoindront Beth à la fin du film quand elle aussi aura compris « comment ça marche »), il nous force à suivre le trajet initiatique de deux américains venus là pour tenter l’expérience ultime et il y a intérêt à ce qu’ils en aient pour leur argent (bien que, détail intéressant, l’un des deux paye pour l’autre). La beauferie évidente de l’affirmation de leur virilité lors du trajet initiatique (« on va y arriver, on est des vrais mecs, on se fait tatouer comme des grands garçons ») dérape alors dans une effrayante revanche contre le fonctionnement d’une société occidentale ultra-civilisée (basée sur un système matriarcal) mais pour le coup complètement oppressante et terriblement violente (et ça Roth le dit en un plan quand il présente le personnage de Stuart joué par Roger Bart; en plus là encore, excellente idée de casting, il prend des acteurs de série télévisée, de soap, incarnant presque malgré eux cette image clean du citoyen des classes aisées des suburbs). Et c’est terrible parce que le film semble nous dire que le seul moyen de survivre reste pourtant de devenir un des maillons de la chaîne.

 

Comme dans le premier opus, les personnages deviennent de plus en plus réalistes et ambigus au fur et à mesure que le récit, lui, dérape dans l’épouvante et l’horreur absolue. Si le retournement se fait de manière ostentatoire lors d’une scène gore particulièrement atroce (et là, je vous préviens en toute honnêteté, la séquence est franchement dérangeante même pour un spectateur averti) qui débute d’ailleurs un plan de rotation à 360 degrés, la suite nous joue le tour de grand huit, car tout ce qui n’était que latent depuis le début explose mais le film prend alors l’allure d’une grande farce macabre où l’humour, loin d’atténuer la noirceur du propos, semble en révéler la folie. Loin de surenchérir dans le gore trash et le grand-guignol, Roth joue énormément de la suggestion et privilégie l’horreur comme une concrétisation cauchemardesque du discours satirique du film. L’élégance de son style tient au soin évident apporté à la lumière et au rythme qui s’avère fluide avec une vraie maîtrise dans la gestion de la durée. Eli Roth ne frime pas, chaque plan va à l’essentiel et il n’a pas peur du plan fixe et ne cède jamais à la mode du surdécoupage inutile, ce qui tranche agréablement avec pas mal de tics de cinéastes de sa génération. Comble de la malice, c’est dans un éclat de rire final que l’on se rend compte qu’au fond, on s’est fait très peur avec ce Hostel 2.

 

Commenter cet article

Norman Bates 13/03/2008 09:08

Excellent article, bravo !