LA COLLINE A DES YEUX d’Alexandre Aja (2006)

Publié le par Ludo Z-Man

Evacuons vite fait tout le débat sur la légitimité des remakes quels qu’il soient (rappelons juste qu’un remake peut aussi être meilleur que l’original : The Thing de John Carpenter en est l’un des exemples les plus brillants) ainsi que le constat sur un cinéma américain condamné au recyclage, ça aussi on en a déjà parlé dans l’article Une autre idée du cinéma. L’autre jour, dans Opération Frisson (sur Canal Sat), Yannick Dahan (1) très « vénère », avec sa verve pimentée d’accent toulousain, se lançait dans une diatribe furieuse contre un cinéma de genre français neutralisé par la frilosité des producteurs et des distributeurs et qui se traduit par le départ de certains frenchies à l’étranger. Parmi eux, Alexandre Aja, réalisateur d’un des rares films gores francais, Haute Tension, gros bide chez nous (Besson à la prod pourtant), excellent score à l’exportation. Et voilà, Aja, parrainé par Craven pour faire le remake de Hills Have Eyes, un des titres mythiques de l’horreur des années 70. On s’abstiendra de trancher afin de savoir si Craven agit ici par pur opportunisme ou pour vraiment parrainer un poulain, car depuis que le grand John Carpenter se retrouve à cautionner le remake (ignoble) de Fog, on peut s’attendre à tout.

 

L’histoire reste la même que l’original : une famille très typically américaine part en vacances en Californie en traversant le désert en voiture et caravane. Ils ont un accident, et perdus au milieu de nulle part, attendent les secours. Seulement, dans ce no man’s land, ils ne sont pas seuls. Pas besoin d’aller plus loin : ceux qui ne connaissent pas l’original auront la surprise de découvrir ce qui attend nos pauvres américains moyens. L’ouverture en fait, annonce bien la couleur : pas question pour Aja de jouer les cloneurs. Le jeune cinéaste préfère passer en force. Ce qui étonnera guère ceux qui avaient vu son Haute Tension qui fonçait à toute allure, quitte à se planter gravement à la fin. Après un prologue brutal (sur fond de faits avérés authentiques à la manière des films des années 70), un générique brillant et malin plante le décor à coups d’images d’archives d’essais nucléaires : en effet, le désert dans lequel vont échouer nos héros à servi jadis à des tests et a été ravagé par les retombées radioactives. La mise en place est assez classique : les personnages très fortement caractérisés, sont volontairement archétypaux, je dirais même, dans le portrait d’une famille aux parents conservateurs et aux enfants plus libéraux. La mise en scène colle aux personnages, privilégiant dans un premier temps plans serrés et lieux confinés. Et puis malgré les scories du scénario, le film prend de l’élan, de l’ampleur, comme le suggère le choix de Cinemascope, sa photo brûlée, qui inscrit les héros dans l’espace mythologique du western.

 

Ceux qui connaissent l’œuvre originale s’attendront sûrement à la scène dite de « l’assaut de la caravane » qui constitue le point d’orgue et le morceau d’anthologie du film de Wes Craven. Rythmé par une bande-son formidable (les fameux deux sons sourds, en forme d’alarme, qui reviennent comme un leitmotiv à ce moment, sont une excellente idée pour faire monter la pression) et un découpage énergique, c’est le premier climax du film, éprouvant, sauvage, et Aja s’en sort avec une aisance confondante. La deuxième partie du métrage capitalise les partis pris du début et précipite le récit vers le western horrifique. Bien que fortement référencée (la scène dans le village ravagé évoque le western italien), elle permet à Aja de se démarquer plus nettement de la première version. L’horreur y est traitée de manière extrêmement frontale, explicite, dans une outrance par ailleurs parfaitement assumée. Une outrance qui finit par alourdir le film plutôt qu’il ne le fait décoller. Si cette explosion gore et trash totalement décomplexée fait plaisir à voir en ce qu’elle va aux bouts de ses partis pris, elle finit par tomber à plat lors d’un final frustrant, presque bâclé. Cinéaste honnête, franc, doué, souvent brillant, Aja reste, à l’instar de son précédent film (bien qu’ici il ne s’en remette pas à une foireuse astuce de scénario pour le boucler), incapable d’insuffler de l’ambiguïté à son propos, à son style. Ambiguïté qui était l’une des forces du film de Craven, et ce, malgré ses évidents défauts. Reste un survival efficace, physique et viscéral, plus proche d’une super-série B plutôt qu’un vrai avatar marquant du genre. Cela dit, vu l’appétit et l’énergie de son jeune metteur en scène on peut conclure que cet essai hollywoodien est assez encourageant.

 

(1)   Je n’ai connu que très tard le personnage de Yannick Dahan, n’ayant jamais été un lecteur régulier de Mad Movies (eh oui…), ni spectateur de ses émissions sur le satellite (et pour cause puisque je ne les possède pas… sniff !). Il apparaît aussi dans la case horreur instaurée par Canal Plus. J’ai compris que le bonhomme avaient ses fans acharnés comme ses fervents détracteurs. Personnellement, le côté franc et non-aspetisé de son discours auraient plutôt tendance à me le rendre sympathique.

Publié dans série bis

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