ERRANCES ET EGAREMENTS VIDEOPHILES DU WEEK END vol. 3 : les femmes fatales twistent dans le désert avec des zombies !

Publié le par Ludo Z-Man

C’est à un petit compte rendu de mes derniers visionnages que je vous convie aujourd’hui, à travers quatre films sélectionnés totalement au hasard, loin des cinémas plébiscités ce week-end lors des cérémonies des Césars et des Oscars.


On commence avec L’invasion des femmes-abeilles, une étrange série B réalisée en 1973 par Denis Sanders qui nous raconte comment une petite ville des Etats Unis est victime d’une vague de crimes étranges, que des hommes retrouvés morts après avoir eu des rapports sexuels pour le moins intenses. La police et les scientifiques s’y cassent les dents jusqu’à ce qu’on découvre qu’un groupe de femmes énigmatiques y est sans doute pour quelque chose. Ces prédatrices séduisent leurs victimes dans un intérêt bien particulier. Le principal intérêt de ce film provient évidemment de son scénario qui joue ouvertement la carte du délire absolu sans se prendre vraiment au sérieux comme en témoignent de nombreuses touches d’humour qui imprègnent certains dialogues. On pourrait aussi y lire un commentaire ironique sur une époque de libération sexuelle et d’émancipation des femmes mais le film joue surtout la carte du cinéma d’exploitation dont l’argument surréaliste est prétexte à de nombreuses scènes dénudées à l’érotisme très kitsch. La très étonnante partition baroque et psychédélique du compositeur Charles Bernstein contribue à donner au film une atmosphère étrange et insolite qui font le charme des meilleures scènes comme celle qui montre la transformation des femmes en prédatrices mutantes, un joli moment de fantastique débridé et presque anachronique. Cela dit, le scénario de Nicholas Meyer n’est pas tout le temps au même niveau de délire et même si son côté « fourre-tout » a un certain charme, le résultat est inégal. La mise en scène de Denis Sanders en plus d’être assez anonyme, manque aussi un peu de rythme. Mais cette curiosité est suffisamment amusante et barrée pour intriguer durablement, sans jamais nous faire sombrer dans l’ennui profond.(1)

Toutes aussi tordues, les deux voisines de Next Door, un huis clos norvégien réalisé par Pal Sletaune en 2005 et entrevu à l’Etrange Festival, entreprennent de séduire un pauvre type qui vient de se faire larguer par sa copine. Après avoir plus ou moins séquestré le garçon chez elles, l’une d’entre elles va l’entraîner dans un jeu érotique à tendance sado-masochiste particulièrement pervers. Avec des références très claires, Sletaune donne sa version du thriller en appartement à la Polanski. Filmé en Scope, avec une photo soignée aux couleurs verdâtres, le film impose une ambiance glauque et dépressive qui enferme les personnages dans l’espace. Espace très vite filmé comme une projection mentale de l’esprit du personnage, à la manière du Repulsion de Polanski, un modèle évident. Les deux actrices qui jouent les voisines allumeuses y vont à fond les ballons tandis que l’acteur principal est fade au possible, mais c’est voulu. Le mystère est bien entretenu, car on joue habilement sur la suggestion et l’ambiguïté. On se laisse facilement prendre jusqu’au premier gros climax, LA scène marquante du film, une scène de sexe franchement déviante et gratinée. Après, la narration se fait plus labyrinthique, tiraillée entre le besoin d’entretenir le mystère et des flash-back explicatifs. Au fur et à mesure que le cauchemar prend ampleur, on le sent arriver, ça va twister !! Vous l’aurez compris, donc, Next Door est un thriller à twist, c’est à dire un rebondissement final, ici relativement prévisible d’ailleurs. Mais le problème est ailleurs : à partir de la seconde moitié, on bascule dans un univers ou réalité et hallucination se mêlent, la limite entre les deux se brouillent définitivement. Le récit se mord la queue, fait volontairement du surplace. Pourtant, tout est beaucoup trop structuré, verrouillé pour arriver à susciter le trouble et l’angoisse. C’est comme si on voyait un peu trop les rouages, les mécanismes. Il en découle une forme de frustration accentuée par la durée très courte du film : on se rend compte à quel point l’argument est ténu, presque digne d’un court métrage. Alors certes, on ne s’ennuie pas, car tout cela est efficacement emballé, mais cet exercice de style trash et morbide m’a aussi un peu laissé sur ma faim.

On continue à twister en compagnie de cinq jeunes qui traversent le désert pour aller assister à une rave party, l’un d’entre eux ayant prévu les munitions en dérobant à un dealer assez louche un gros sachet d’ecstasy, de quoi défoncer un régiment. Voilà un point de départ fort honorable, bien que pas du tout original (mais soyons indulgent), pour un petit slasher intitulé Reeker, sorti sans grand succés dans les salles en juin 2006. Après avoir retrouvé le genre en découvrant récemment le très vulgaire et très rigolo See No Evil, voilà encore qu’un slasher, au programme à priori totalement balisé, me plonge dans des abîmes de perplexité et d’étonnement. Avec son look de série Z échouée dans les salles un peu par erreur (version française ad hoc, attention les oreilles !), le curieux film de David Payne rompt totalement avec l’hystérie très à la mode dans le genre actuellement. Reeker, au contraire, ne cesse de replier sur lui-même, se complaisant dans un rythme étrangement lent et syncopé, qui nous fait traverser le film dans un état mêlé d’ennui et de fascination hypnotique. La mise en scène n’a de cesse d’incarner ce paradoxe, travaillant ce tempo déroutant, à coups d’ellipses incongrues, tandis que le récit donne l’impression d’avancer au petit bonheur la chance. Puisque nous sommes dans un slasher, le tueur rôde et attend de passer à l’action mais son mode d’introduction ici est particulièrement étrange (et le parti pris esthétique qui l’accompagne encore plus, un effet numérique franchement moche par ailleurs) : David Payne se fout-il de notre gueule ou essaie-t-il de nous entraîner hors des codes du genre ? Il va même jusqu’à suggérer son twist longtemps avant la révélation finale, par le biais d’un bref dialogue (en même temps, le moment de la révélation proprement dîte m’a semblé assez réussi et surprenant). En sortant du film, je suis resté dubitatif. Pas un navet, mais un film raté sans doute. Loin du nihilisme régressif de See No Evil, une sorte d’épure à la limite de la léthargie, étrangement désinvolte.

Aucune expectative par contre face à notre dernier film, L’abîme des morts vivants de Jess Franco qui nous plonge des les premières minutes dans une consternation absolue à laquelle peut succéder selon l’humeur un ennui insoutenable ou une hilarité béate. Plutôt que de s’acharner sur le pauvre Jess, dont on a du mal ici à retrouver la patte de cinéaste(2), rappelons que certains éditeurs de DVD s’amusent depuis quelques temps à racler les fonds de tiroirs des productions Eurociné et c’est ainsi que cette pépite est sortie récemment au sein d’un coffret spécial « Zombie » de 5 DVD édité chez Opening où l’on a regroupé un peu n’importe comment des films de Franco, de Jean Rollin et de Bryan Yuzna. Ca commence (mal) par une scène grandiose ou deux touristes paumées, une fille et sa petite copine, partent pour un voyage romantique en plein milieu du désert et échouent dans un oasis hanté. Des zooms hasardeux insistent sur les détails étranges : ohhh ! un crane ! ohh ! une croix gammée ! ohhh ! un canon ! ohhh… euh… c’est flou, là ! la mise au point est toute pourrie, on voit pas ce que c’est ! Avec son histoire de lieu hanté dans le désert, suite à un carnage lors d’une bataille entre soldats français et allemands pendant la Seconde Guerre Mondiale, cette série Z a tout du potentiel délirant du roman de gare ou de la bande dessinée horrifique de seconde zone. C’est sans compter qu’on atteint le fond du bidon des stocks Eurociné comme en témoigne ce long flash-back entièrement composé de stock-shots empruntés à un vieux film de guerre, montés au hasard en insérant de temps en temps des prises de vues des comédiens du film. C’est sans compter le rythme léthargique, les ellipses grossières du scénario afin de limiter les contraintes techniques, les dialogues hallucinants de débilité des jeunes personnages (un groupe d’étudiants français qui partent à la recherche d’un trésor caché dans le désert), la bande son improvisée sur un clavier pourri, des maquillages grotesques des zombies et une réalisation sans doute bâclée dans l’urgence comme en témoignent des plans complètement ratés (genre un panoramique qui part en sucette et qui se termine sur un cadre totalement hasardeux) mystérieusement conservés au montage. L’attaque finale des zombies donne lieu à une scène complètement incompréhensible, plongée dans une fumée noire qui occulte toute visibilité. Même s’il n’atteint pas la folie burlesque du Lac des morts vivants de Jean Rollin ou de la sublime Revanche des mortes vivantes de Pierre Reinhard, cet Abîme des morts vivants est un sommet du Z à la française et une expérience éprouvante.

(1) On retrouve au générique parmi les femmes-abeilles une certaine Mary Sweeney, un nom qui n’est pas étranger aux cinéphiles avertis : c’est l’ex-compagne et collaboratrice fidèle de David Lynch. A moins que ce ne soit qu’un homonyme… ?

(2) Franco étant assez lucide sur une partie de son travail comme le rapportait mon camarade Nadjalover dans sa chronique.

Publié dans série bis

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Dr Orlof 03/03/2007 15:48

Comment, tu oses t"attaquer à Jess Franco, à notre maître à tous? Bon, en fait, je partage entièrement ton avis et cet Abîme des morts-vivants est sans doute l'un de ses plus mauvais films.
Pour les productions Eurociné, je viens de dégotter à 2 euros un incunable : Dr Orloff contre l'homme invisible de Pierre Chevalier. L'as-tu déjà vu?

Ludo Z-Man 04/03/2007 13:11

Hé hé ! oui, c'est pour cela que je n'ai pas trop chargé le pauvre Jess, il a fait tellement mieux. Et puis, cet Abîme des morts vivants est typique des bidouillages ignoblement rigolos de la maison Lesoeur. Ils avaient vraiment peur de rien. Je n'ai jamais vu ce Dr Orloff contre l'homme invisible, mais le titre est splendouillet et je comprends que tu ai craqué, pour deux euros, pas la peine de se priver !