SEE NO EVIL de Gregory Dark (2006)

Publié le par Ludo Z-Man

 

Vous le savez, à Serie Bis, on est curieux de tout, toujours à l’affût de l’inédit qui tue ou du dernier concept accrocheur. Alors aujourd’hui, on va aller voir du côté d’un film de catcheur. Et là vous allez me dire, rien de nouveau, en plus, on est fidèle de ton blog, alors tu nous as déjà sorti du catcheur contre des vampires (voir Santo contre les femmes vampires) et même contre des zombies ( voir Zombie King and the legion of doom ). Et bien là les amis voilà un slasher avec un catcheur. Et ça à ma connaissance, ça n’avait jamais été fait. Et en plus, figurez vous, je ne sais pas pourquoi, mais un bon vieux slasher, j’en avais envie. Le slasher, je rappelle pour les non-initiés, c’est ce sous-genre assez basique du cinéma d’horreur où une bande d’ados sont là uniquement pour se faire décalquer la gueule par un tueur au look en général impressionnant (ou ridicule) sans autre forme de procès. Le slasher archétypal, c’est Vendredi 13. Pour tout sire, ça fait longtemps que je n’avais plus vu un slasher pur et dur. Le dernier en date pour moi, c’était Venom, je crois, avec l’actrice de The Woods et par le réalisateur de Souviens toi l’été dernier (pas une référence donc). Donc ici, l’innovation, c’est que le tueur est un catcheur, Kane alias Glen Jacobs et le film est même sponsorisé par la WWE, la fédération mondiale de catch, c’est rigolo.

 

 

 

L’histoire ? Accrochez vous : une bande de jeunes délinquants sont conviés à se consacrer à une journée de travaux d’intérêt public afin d’espérer une remise de peine. Ils devront participer à la rénovation et au nettoyage d’un hôtel labyrinthique, en ruine, dont les étages supérieurs ont été ravagés par un incendie. Seulement voilà, un catcheur (méchant) rode. Dit comme ça, c’est ridicule, mais il n’en faut pas plus pour un bon slasher : teenagers à la mode, ultra-stéreotypés, pas du tout crédibles en délinquants même à la petite semaine, unité de temps et de lieu, méchant monolithique et c’est parti. L’argument de départ étant tout en épure, le metteur en scène Gregory Dark (cinéaste dont la carrière s’est faite essentiellement dans le porno avant qu’il se mette à réaliser des clips pour… Britney Spears !!) y va franchement. Cadrage délibérément tape à l’œil, multiplication des axes, surdécoupage frénétique, orgie d’effets racoleurs comme ces changements brusques de mise au point (on a même droit à un plan à la Requiem for a dream avec la caméra fixée sur l’acteur), côté son, c’est encore moins subtil. Au bout d’un moment, on comprend très vite que le film est incapable ou alors ne cherche même pas à installer une atmosphère et donc une tension. Ce qui est déroutant, c’est que comme dans la plupart des slashers, ça patauge sérieux en début du film. Mais on le sait, en plus, c’est cohérent avec la mise en scène. On n’est pas là pour procéder en finesse. Bizarrement, on arrive à ne pas s’ennuyer.

 

 

 

Le cadre du film, le fameux hôtel, n’existe donc que par une accumulation de détails (vitres sales, gros plans de cafards et de rats, ustensiles usagés, tapisseries pourries, chiottes infectes) censé jouer la carte du glauque. Le reste du film est l’avenant, sacrifiant à la mode de l’horreur crade et du gore généreux qui tranche avec la timidité des slashers des années 90. Bourrin, le film l’est, nous plongeant à vrai dire dans une jubilation primaire et régressive qui au final sied très bien au genre. Et peut-être même avec un certain humour, assumé dans la violence outrancière et grand-guignolesque. Mais pas seulement. Et c’est là que le film est au fond le plus jubilatoire. J’avais envie de voir un slasher et si l’expérience a été si divertissante, c’est parce que le film était si ouvertement caricatural jusque dans ses limites d’ailleurs. Mais quand même, souvenez-vous de Vendredi 13, c’est ça aussi le slasher, ce genre où des ados crétins et libidineux sont punis pour leurs bêtises, ce fond moralisateur qui persiste derrière le spectacle immoral et profondément voyeuriste que constitue ce type de films. Ce qui est très drôle, c’est la manière dont See no Evil pousse les clichés jusqu’à son point extrême, presque en une mise en abyme du slasher. Kane, croisement entre Leatherface et Norman Bates dans le corps d’un golgoth bodybuildé, enfant torturé par une mère ultra-fanatique, devenu ange exterminateur d’adolescents décadents et qui finit par se masturber devant sa victime, c’est beau, c’est vulgosse, de la part d’un ancien cinéaste de porno, c’est assez croquignolet.

 

 

 

Et voilà, ça pourrait être juste bruyant et vain (à la Saw 3) mais c’est amusant, plein d’idées sympathiques, d’un mauvais goût finalement assez jouissif. Et jusqu’au bout en plus. Même pendant le générique de fin pendant lequel Gregory Dark, dans un dernier sursaut (un clin d’œil ?), nous fait un ultime bras d’honneur, avec le sourire. Le pire, c’est que quelque part, on a eu ce qu’on était venu chercher.

 

 

 

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Ludo 24/01/2007 22:52

Ouin Norman, j'ai lu ta chronique qui est trés bien d'ailleurs ! Drole de film que ce See No Evil !

Norman bates 24/01/2007 22:31

Tiens, j'en ai parlé recemment ! J'ignorais le passé du bonhomme, mais c'est vrai que le film est completement splendouillet !