LA VENGANZA DEL SEXO de Emilio Vieyra (1967-1971)

Publié le par Ludo Z-Man

A la fin des années 60, le cinéma bis s’encanaille joyeusement et partout dans le monde. A la fois excentriques et délirants mais aussi complètement désuets, les sexploitation de cette époque bénie valent parfois leur pesant de cacahuètes. Et tenez-vous bien, car voici aujourd’hui un avatar sud-américain du genre, sorti de l’esprit dérangé du cinéaste argentin Emilio Vieyra. Si je connais (très) mal le cinéma d’horreur argentin, il semble que le bonhomme ait généreusement œuvré dans le genre pendant les sixties avec des titres alléchants comme Placer sangriento (The Deadly Organ) ou encore Sangre de vírgenes (Blood of the Virgins). La carrière de cette Venganza del Sexo est néanmoins obscure puisque visiblement le film fut racheté par un distributeur américain opportuniste et sans aucun scrupule et distribué en 1971 dans une version doublée en anglais retitrée The Curious Dr. Humpp et caviardée de nombreuses scènes érotiques tournées pour l’occasion. Il ne fait aucun doute que c’est cette version plus chaude que j’ai eu le plaisir de visionner, même si pour le coup, je ne me serais sans doute guère aperçu de ce bidouillage crapuleux si mes quelques brèves recherches ne m’avaient renseigné sur le sujet.

 

L’ouverture du film est parfaitement hypnotique : un monstre grotesque à la démarche hésitante erre dans une voiture, s’arrêtant occasionnellement pour kidnapper des gens. Tous sont pris en flagrant délit de débauche, puisque après s’en être pris à un jeune couple qui se bécotait dans les bois, notre monstre enlève aussi un couple de lesbiennes, une danseuse exhibitionniste, une nymphomane qui s’adonne à la masturbation et une bande de hippies adeptes de l’échangisme. Les scènes érotiques se succèdent, interrompues par l’irruption du monstre, et ce pendant une bonne dizaine de minutes, rythmées sur une musique psychédélique complètement splendouilette. Il en faut peu pour éveiller les soupçons de la police et surtout les ambitions d’un courageux journaliste qui va enquêter sur cette série d’enlèvement. Le suspense n’est guère entretenu très longtemps puisque les victimes sont amenées dans un lugubre manoir pour être l’objet d’expériences scientifiques dirigées par un savant fou (qui s’appellerait le Dr. Zoide dans la version originale) et son épouse et qui voudrait contrôler et canaliser l’énergie sexuelle des êtres humains afin de satisfaire ses fantasmes mégalos. Il a alors cette réplique devenue culte : « Sex dominates the world ! Now, i dominate sex ! » Ben, voyons ! S’il est difficile de voir à quel point le métrage original a pu être trafiqué, il semble qu’il était à la base déjà bien délirant.

 

Bien que visuellement très cheap, le film est néanmoins photographié dans un joli noir et blanc qui lui confère une atmosphère relativement soignée et un charme indéniable. On sent en tous cas une volonté de faire bien voire de faire beau, sans que cela minimise le côté complètement délirant du film. Le montage est déjà plus inégal, voire carrément foireux par certains moments, et c’est dans ces instants là qu’on sent clairement le charcutage. Les premières minutes que j’ai décrites plus haut, sont à ce titre calamiteuses. Ca se calme ensuite. Le rythme n’est pas trop mou, mais le métrage est inutilement allongé par les ajouts. Ca pourrait aisément durer un peu moins. On s’amuse surtout du fourre-tout joyeux que constitue le film. Sorte de démarquage érotique des Yeux sans visage, La Venganza del Sexo flirte avec le gothique, la science-fiction, la bande dessinée : les robots du savant fou rappellent les personnages masqués et costumés des séries B mexicaines, le docteur Humpp suit les conseils avisés du cerveau de son mentor maintenu vivant grâce à une machine, le monstre finira même par tomber amoureux de la plantureuse danseuse au point de désobéir à son maître pour la protéger. On nage dans un joyeux délire. Et l’ensemble est somme toute très amusant, à défaut d’être du grand cinéma. C’est en fait très réjouissant à regarder au premier degré et comme je suis gentil, je joins à cette chronique la bande-annonce dénichée sur YOUTUBE, tout à fait à la hauteur de cette rareté.

 

 

N’hésitez pas, c’est bon, mangez-en.

 

 

Publié dans série bis

Commenter cet article

Filomeno 21/05/2007 16:00

Vieira, apellido gallego