La trilogie SCARECROW (2002-2004)

Publié le par Ludo Z-Man

Histoire de marquer le coup, vous avez peut-être envie de vous faire une soirée film d’horreur, mais là se pose la terrible question : que voir ? En ce qui concerne les classiques, vous pouvez toujours vous reporter à ma note de l’année dernière : vous pouvez vous revoir le chef d’œuvre de Carpenter (voire oser le comparatif avec la nouvelle version de Rob Zombie) ou vous retaper la saga des morts-vivants de Romero ou la trilogie Evil Dead, mais franchement, que c’est banal, et puis vous connaissez tout ça par cœur ! Alors, c’est avec espoir que vous fouillez dans les bacs à DVD et le rayon horreur de votre vidéo club, et là vous tombez sur Scarecrow, visiblement un bon direct to video avec un épouvantail en guise de boogeyman. Mieux encore, vous découvrez qu’il s’agit d’une trilogie qui débarque comme ça chez nous en DVD, 3 films sur ce nouveau mythe du cinéma d’horreur, rien que ça, on en salive d’avance, après tout pourquoi ne pas tenter le coup ? Scarecrow, c’est donc l’histoire de gens qui se réincarnent en épouvantail pour revenir assouvir une vengeance sanglante sur ceux qui leur ont pourri leur vie. Il y a de la légende ancienne, des teenagers, un campus et un tueur maléfique, bref, c’est du slasher pur et dur.


Taillé dans le marbre des plus beaux clichés du genre, Scarecrow nous projette dans un océan de poncifs tellement too much que c’en est trop beau pour être vrai. Ce premier opus nous raconte l’histoire d’un jeune homme simplet et débile forcément souffre douleur fétiche des autres garnements de son campus, délaissé par une mère dépravée et alcoolique, humilié par des professeurs cruels et qui va s’en prendre plein la gueule pendant environ un tiers du film. Seule Judy, une jolie fille du lycée (incarnée par une Tromette, la plantureuse Tiffany Shepis) qui le défend gentiment trouvera grâce à ses yeux. Mais le pauvre garçon sera tué accidentellement par l’amant de sa mère, un beauf obsédé sexuel avec une horrible fausse moustache, et trouvera la mort auprès de l’épouvantail du champ de maïs du coin. La vengeance se prépare. Certes pas vraiment aidé par un doublage top niveau, Scarecrow fleure bon le nanar des les premières minutes (son interminable générique de début) et sa mise en place riche en situations poussives, en personnages caricaturaux et en répliques idiotes. Mais c’est au moment ou le héros revient en épouvantail pour se venger que Scarecrow prend sa réelle dimension, car en effet, de manière totalement inattendue, le débile timide et frustré se réincarne en un croque-mitaine exubérant qui débite des vannes avant de trucider ses victimes en faisant « mouahahahah !! », fait des cabrioles à la Super Inframan quand il est content, fait du kung-fu et décapite à coups de faux, massacre à coups de poêle dans la gueule et même d’épis de maïs !!!! Devant une telle générosité, on cède vite au plaisir coupable de la chose même si le film est plus cheap que cheap (la lumière est franchement moche parfois), ce qui trahit des délais de tournage assez serré (huit jours en tout). Le cinéaste Emmanuel Itier, ancien journaliste français parti aux Etats-Unis, en a fait un slasher discount qui se révélera néanmoins être le plus rigolo de la saga.   


Car la société The Asylum dont nous avions déjà brièvement parlé et qui s’est spécialisé dans les clones de blockbuster (Transmorphers, The Da Vinci Treasure…) a sans doute vu ici l’occasion de jouer au grand en créant sa propre saga dédiée à l’épouvantail tueur. Du coup, un an plus tard, on remet le couvert avec Scarecrow Slayer de David Michael Latt et qui se paye comme guest star Tony Todd, le Candyman en personne, ici dans un rôle de fermier revanchard parfaitement anecdotique qui va tuer accidentellement un jeune garçon qui avait fait le pari de lui voler son épouvantail. Après une scène de réincarnation sans doute en hommage au cinéma de Tsukamoto (avec son montage épileptique et ses plans en animation image par image), on s’attend à une reprise bête et méchante du premier opus. Eh bien, non, les auteurs ont tenté de renouveler la franchise. Fini l’épouvantail farceur, le tueur est en quelque sorte humanisé (il ne trucide plus de manière bourrine) et le récit se voit enrichi en toile de fond d’une bluette adolescente particulièrement pesante (c’est sa petite amie qui essaie de le stopper). C’est dans le dernier tiers que Scarecrow Slayer retombe dans le gros Z qui tache en y mêlant un groupe de marines qui tente d’éliminer le tueur et surtout dans une scène finale ou l’épouvantail affronte dans un combat acharné un autre épouvantail. Malgré ce dénouement mouvementé, on s’ennuie quand même pas mal à la vision de ce slasher bas de gamme qui tente une approche un peu plus premier degré que dans le film original mais n’est qu’un produit calibré pour le marché des chaînes câblées. C’est donc l’épisode le plus barbant de la saga. Mais ce n’est pas une raison pour se refuser une troisième mouture écrite et réalisée en 2004 par Brian Katkin, Scarecrow Gone Wild. Cette fois-ci, une expérience de bizutage tourne mal pour un groupe de teenagers qui laisseent un de leurs camarades dans le coma, après l’avoir attaché comme un épouvantail dans un champ de mais. L’épouvantail tueur arrive alors pour assouvir sa vengeance. Débutant comme un fait divers vansantien en mode rural, le film semble emprunter la voie du second opus, quand soudain nos héros décident de partir en vacances, et là c’est une riche idée, Scarecrow Gone Wild devient un beach movie !!! Ca gratouille de la guitare au coin du feu, ça joue au beach volley sur la plage, les filles font du monokini, Brian Katkin a tout compris. Seulement voilà, il se croit obligé de développer les histoires sentimentales de ses héros lors de longues scènes bavardes et l’ensemble paraît des plus longuet. Malgré quelques meurtres sympathiques et une accélération du rythme à la fin, le résultat, mis en scène approximativement, demeure affreusement routinier et on finit la saga en étant relativement satisfait que cela s’arrête.

Soyons francs, malgré son avantage économique (on trouve les trois films en DVD dans les bacs à soldes à des prix défiant toute concurrence), Scarecrow vous promet un Halloween quand même très Z, plutôt destiné à une soirée entre amis dans une atmosphère détendue et conviviale.   

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