LE RETOUR DE FRANKENSTEIN de Terence Fisher (1969)

Publié le par Ludo Z-Man

C’est en découvrant ce film et en décidant de le commenter ici que j’ai pensé qu’on n’avait jamais parler ni de la Hammer Film ni du cinéma de Terence Fisher alors qu’on a déjà abordé l’horreur gothique italienne. Quand en 1960, Mario Bava fait Le Masque du Démon, il livre un équivalent transalpin aux productions horrifiques britanniques de la Hammer qui permettront à Terence Fisher de concevoir de flamboyantes transpositions en couleur des grands mythes du fantastique classique, jadis portés à l’écran à Hollywood par Tod Browning et James Whale. Donc, voilà, Fisher et la Hammer, c’est emblématique, c’est un pilier du genre dans les années 60, c’est aussi l’arbre qui cache la forêt. A la Hammer, on faisait aussi des thrillers et de la SF (la saga des Quatermass) avant de faire de l’horreur et puis il y eut d’autres gens talentueux qui travaillèrent pour la firme (le scénariste Jimmy Sangster, les cinéastes Val Guest ou Roy Ward Baker), Fisher lui même travaillera un temps hors de la Hammer, Christopher Lee et Peter Cushing, les deux stars de la Hammer, iront même tourner pour une firme concurrente, la Amicus. Et puis la Hammer tenta de se renouveler plus ou moins maladroitement dans les années 70 (on se souvient des Sept Vampires d’Or, curieux mélange d’horreur et d’arts martiaux co-produit avec la Shaw Brothers) et déclina enfin. Le Retour de Frankenstein est un film de fin de carrière pour Fisher, qui retrouve ici le mythe crée par Mary Shelley, dont il avait donné une première version en 1957 avec son célèbre Frankenstein s’est échappé. Fisher donnera quatre suites à ce film. La compagnie en produira deux autres, The Evil of Frankenstein réalisé en 1963 par Freddie Francis et The Horror of Frankenstein écrit et réalisé par Jimmy Sangster et qui est une exception dans la saga puisque Peter Cushing n’y tient pas le rôle titre, ce film est d’ailleurs décrit comme un remake parodique du film originel de Fisher, je ne l’ai jamais vu mais je serais bien curieux de voir ce que ça donne.  


Dans le film qui nous occupe aujourd’hui, Frankenstein est donc en cavale car il est poursuivi par la police, ce qui le force à interrompre ses recherches. Réfugié sous un faux nom dans une pension tenue par un couple d’adorables tourtereaux, il va exercer un ignoble chantage envers le jeune homme et profiter de ses compétences de docteur pour en faire son assistant. En effet, ce dernier travaille dans un asile d’aliénés où est interné un ancien collègue du baron Frankenstein et le savant fou est bien décidé par le biais d’une opération chirurgicale très particulière à le ramener à la raison. Donc voilà, comme vous le voyez, le scénario de Bert Batt garde les bases du mythe (Frankenstein fait des expériences sur des cobayes humains) et ensuite on brode plus ou moins librement. D’ailleurs, avec un prologue assez brutal et sanglant, l’intrigue part sur une trame policière menée par deux personnages qui enquêtent sur les agissements troubles de Frankenstein (si on a vu les précédents films de la saga, on sait que des le début du deuxième épisode, le baron devient un hors-la-loi qui joue à cache-cache avec les autorités). Vous l’aurez compris, la particularité de la saga provient essentiellement de la manière dont Fisher caractérise le personnage du baron et ce des le premier film, prenant ainsi clairement une voie différente de celle de James Whale. Whale était intéressé par l’humanité de la créature face à une société qui le rejette. Chez Fisher, c’est l’humain qui devient le monstre, Frankenstein dans la peau de Peter Cushing se mue en une créature machiavélique et dénuée de toute morale, se moquant sans aucun scrupule des interdits d’une société figée et puritaine. Frankenstein est autant une figure archétypale du savant fou élevant la science au-dessus de tout mais s’inscrit aussi dans la tradition littéraire du libertin repoussant les limites dans un monde où Dieu est absent.


Rarement Fisher aura permis à Peter Cushing d’aller aussi loin dans la cruauté et la sauvagerie que dans ce film. Même si par ailleurs, Frankenstein must be destroyed ne verse pas vraiment dans le gore, il n’en fourmille pas moins de détails sordides et de quelques morceaux de bravoures franchement macabres (la scène de l’explosion de la conduite d’eau) qui en constituent les meilleurs moments. Frankenstein ira même jusqu’à commettre un viol dans une scène d’une violence parfaitement gratuite, si on en croit la légende (en tous cas, Cushing lui-même et surtout la comédienne Veronica Carlson n’était guère enthousiasmés à l’idée de la tourner), mais qui renforce le caractère de prédateur brutal du savant. La mise en scène s’avère d’un certain classicisme en fait, quelque chose de très sobre, de presque prosaïque, ce qui crée un certain contraste avec la direction artistique soignée et élégante qui fut la marque de fabrique de la firme. Le scénario reste néanmoins l’élément le plus faiblard de l’œuvre, en effet, s’il est riche et intéressant dans ses variations sur l’histoire originale, il pâtit d’une mise en place longue et inutilement bavarde que le rythme du film peine à compenser. C’est assez dommage, car la seconde moitié du métrage est tout à fait passionnante et le dénouement d’une noirceur bienvenue. C’est donc un excellent film pour plonger dans l’univers gothique et macabre de la Hammer et découvrir ce qui reste une des meilleures transposition du mythe à l’écran.

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Ludo Z-Man 05/11/2007 14:17

Trés heureux, cher Vincent, de te voir repasser par ici !

Vincent 04/11/2007 13:42

Je n' étais pas passé depuis un petit moment. Je suis ravi de trouver cette fois une note sur un film que j'affectionne. Je tiens cet épisode comme le meilleur des Frankenstein Hammer, plus tendu, plus sombre, plus émouvant avec le finale et cette façon de monter le baron comme au-delà de toute morale. Horror of Frankenstein est effectivement un très bon film, au rythme plus lent mais à la tonalité parodique agréable. La fin est d'un humour très anglais. J'espère que tu pourras le découvrir rapidement. Il faudrait aussi mentionner le dernier épisode de la série, toujours de Fisher, Frankenstein et le monstre de l'enfer à l'ambiance poisseuse, un poil décevant mais toujours réussi.

Ludo Z-Man 03/11/2007 13:33

Je crois que je n'ai vu qu'un seul film de Gilling et c'était La Femme Reptile, film de monstre assez classique somme toute. J'avais salivé à l'époque sur ta note sur son grand classique L'Impasse aux violences et depuis je ne l'ai toujours pas vu.

Dr Orlof 31/10/2007 19:08

Eh bien : nous n'avons pas le plaisir de te lire souvent mais lorsque tu t'y mets, tu ne fais pas les choses à moitié! Je viens aussi de parler de Fisher chez moi (mais de l'autre grand mythe fantastique, à savoir Dracula!) mais je n'ai pas vu ses adaptations de Frankenstein. Je persiste à penser que Fisher fut le plus talentueux des cinéastes de la Hammer mais tu as raison de citer Baker ou Guest: ce sont des cinéastes passionnants de la maison. J'aurais aussi ajouté  John Gilling. A quand une note sur ce cinéaste dans  Série bis?