ZE CRAIGNOS MONSTERS : bilan du week-end.

Publié le par Ludo Z-Man

C’est pas tous les jours qu’on peut aller voir en salles de bonnes vieilles séries B à l’ancienne, du vrai cinéma bis digne de ce nom, et comme je vous l’avais dis, je ne pouvais manquer la programmation Ze Craignos Monsters organisée au sein des Rencontres du 9éme art d’Aix en Provence.

Bref, ça change des sorties ciné mainstream plutôt déprimantes en ce moment. Ce samedi, je passais donc la journée en compagnie des monstres et j’eus le plaisir de découvrir quatre films dans des copies plus ou moins belles, mais j’imagine qu’il fallait un peu indulgent vu la rareté des films en question.

 

LA CHOSE D’UN AUTRE MONDE de Christian Nyby (et Howard Hawks, 1951)

 

Je n’avais donc jamais vu ce classique de la SF américaine des années 50 qui avait inspiré à John Carpenter son fabuleux The Thing (1982), échec commercial à sa sortie, devenu ensuite un classique culte. Je connais mal la petite histoire du film qui pourrait permettre de savoir pourquoi on va jusqu’à attribuer le film à Hawks, alors que cette série B est atypique dans sa carrière et qu’il n’est crédité au générique que comme producteur. Il faut aussi replacer le film dans son contexte politique qui l’inscrit dans cette période ou la science fiction exploite la paranoïa anti-communiste, la scène finale sonnant comme un avertissement au peuple américain. Bon, disons le, j’ai été plutôt déçu par ce film qui, à mon sens, a pris un sacré coup de vieux, et surtout dévoile à quel point le remake de Carpenter était d’une complexité et d’une profonde intelligence (dont il ne reprend en fait que le thème et le fameux générique en lettres brûlées). Outre le sous texte politique, le film développe une réflexion sur les dérives de la science qui paraît aujourd’hui bien dépassée. Quelques scènes demeurent intrigantes (la découverte de la soucoupe sous la glace ou l’apparition brutale du monstre quand ils décident de l’incendier) mais la mise en scène, malgré un parti pris de réalisme et un choix pour les longs plans-séquences, reste un peu trop sage pour faire monter la tension (malgré la belle idée sonore du compteur Geiger qui annonce la menace). Bon, voilà, j’avais peut être trop en tête la modernisation de Carpenter, mais l’efficacité de ce film s’est quand même considérablement amoindrie en comparaison avec le Body Snatcher de Don Siegel ou Le village des damnés de Wolf Rilla.

 

INVASION PLANETE X d’Inoshiro Honda (1965)

 

Bien que son titre ne le dise pas, c’est le sixième volet des aventures de Godzilla, le monstre atomique et le cinquième film réalisé par son créateur, Inoshiro Honda. Le premier Godzilla (1954), longtemps connu chez nous dans une version remontée à la sauce américaine, est dans son montage originel un sommet du film de monstre, très bien réalisé, et d’une fureur apocalyptique saisissante où plane le traumatisme d’Hiroshima et de Nagasaki. Par la suite, le succès aidant, les séquelles se multiplient et de nouveaux monstres viennent côtoyer Godzilla. La saga montre un Japon où les monstres sommeillent dans des contrées cachées. Les monstres deviennent clairement des héros d’un monde quasi-féerique et ils s’humanisent peu à peu. Loin de la noirceur terrifiante du premier volet, Honda déploie dans un Scope couleur flamboyant un fantastique kitsch et naïf dont l’esthétique marquera durablement. Invasion planète X s’inscrit dans cette lignée d’une science fiction délirante où se côtoient humains, monstres, soucoupes volantes et extra-terrestres. Honda cherche clairement à séduire un public plus large et vise à l’exportation en mettant en scène un duo de cosmonautes composé d’un Japonais et d’un Américain. Ca commence donc par un voyage interstellaire sur la planète X ou le monstre Ghidorah (méchant du précédant volet de la saga) terrifie la population. En fait les extraterrestres veulent se servir de Ghidorah pour conquérir la terre et contrôler deux monstres terriens Godzilla et Rodan (autre vedette de la série). Outre l’esthétique sympathiquement colorée de l’ensemble (mais moins poétique que celle du célèbre Mothra contre Godzilla), quelques scènes de combat, annonciatrices des fameuses séquences de fight entre créatures (plus tard transposées en jeu vidéo dans King of Monsters sorti sur Neo Geo) qui firent le bonheur des amateurs de kaiju eiga, nous sortent d’une soudaine torpeur, due à une certaine mollesse du rythme. L’ultime épisode de la saga réalisé récemment par Ryuhei Kitamura (Godzilla Final Wars) reprendrait en partie le scénario de cet épisode-ci.

 

SUPER INFRAMAN de Wa Saan (1975)

 

On avait déjà parlé ici de Bamboo House of Dolls, WIP survolté et débile produite par une Shaw Brothers décadente et prête à tout. Ce qu’il y a de beau avec les films de cette époque, c’est que la Shaw met quand même les petits plats dans les grands, et que cela donne de véritables aberrations comme ce superbe Inframan, mélange délirant de science fiction bigarrée et d’action frénétique, annonçant les séries télé de type Spectreman ou X-Or. Emballé dans un magnifique Shawscope, Inframan est une vraie pochette surprise, remplie de robots à tailles variables, de décors carton pâte, de monstres en caoutchouc, d’extraterrestres méchants aux costumes improbables, de savants barbichus, d’enfants en danger en général bien tête à claques… et j’en passe, vous l’aurez compris, c’est que du bonheur. L’ensemble nage dans une kitscherie sublime qui laisse loin derrière des sommets du genre comme le Flash Gordon de Mike Hodges ou le Starcrash de Luigi Cozzi. Là, pour le coup, on est gâté : ça pète des le début, comme dans un kaiju eiga (avec des explosions, des tremblements de terre et tout le toutim), puis ça enchaîne sur la conception de l’Inframan, interprété par un Danny Lee tout jeunot (vous le connaissez forcément, c’est le flic intègre et pote de Chow Yun Fat dans The Killer de John Woo) qui peut se transformer en un robot surpuissant qui fonctionne à l’énergie solaire. Il peut même changer de taille comme il veut (sans que ce soit expliqué dans le scénario mais on s’en fout) et aligner trois voire même quatre sauts périlleux d’affilée quand il est très content. Les monstres extraterrestres sont tout aussi sympas, bien qu’ayant des QI limités vu leurs dialogues affligeants. Pour le coup, le rythme est complètement hystérique et les combats s’enchaînent à toute allure, dopés par une bande son saturée de bruitages bizarres et ringards qui renforcent l’aspect hypnotique de l’ensemble. Pas le temps de souffler, donc, et soyons clairs, on en prend plein les yeux et les oreilles. Sourire béat.

 

SUPERMAN CONTRE LES FEMMES VAMPIRES (en fait SANTO CONTRE LES FEMMES VAMPIRES) de Alfonso Corona Blake (1962)

 

Et oui, parce qu’on a eu droit à une copie avec la VF d’époque et le générique en français, et en fait les distributeurs, misant sur le fait que le nom de Santo, le mythique catcheur mexicain n’attirerait pas les foules françaises, ils ont remplacés son nom dans le titre et dans le film, c’est complètement débile mais on l’appelle Santo un coup sur deux puis Superman les autres fois !!! Outre ce petit détail ridicule, c’est donc le premier Santo que je voyais. Je connaissais ce personnage pour le moins haut en couleur du « masque d’argent », véritable star du cinéma bis mexicain(1), mais je n’avais aucun de ses films. Et autant le dire, ce Santo contre les femmes vampires est formidablement sympathique. Ca commence comme un film de vampires assez classique dans un jolie noir et blanc, ou une horde de goules se réveillent dans le but d’aller posséder une jeune femme élue pour succéder à la reine des vampires. Le charme évident du film tient au soin apporté à l’atmosphère gothique qui baigne l’ouverture puis qui se barre en sucette dés l’arrivée tonitruante de Santo, super héros au secours de la jeune femme en danger. On a d’ailleurs droit à dix bonnes minutes de combat de catch sans rapport avec l’intrigue, filmé dans un style télévisuel, pour admirer le monolithique Santo dans ses exploits sous les applaudissements d’un public en furie. Tout ça bascule dans un gentil délire qui voit Santo affronter des catcheurs vampires en les poursuivant avec sa Santomobile. Le genre de rencontres parfaitement incongrues qui ravit tout amoureux de cinéma bis, qui récupère de manière assez réjouissante les aspects les plus kitsch des comics américain et des fumetti italien. Voilà ce qu’est Santo, une petite bande dessinée sans prétention, du divertissement populaire tout à fait plaisant. Ca m’a donné envie d’en voir d’autre, peut-être encore plus délirants.

 

Fin de cette longue journée de visionnage. Ce fut bien. Je suis content.

 

A bientôt pour d’autres perles du cinéma bis.

 

(1) On le croisait même dans le Spiderman turc alias 3 Dev Adam (Three Mighty Men, 1973), un grand moment de cinéma ou Spiderman devient un méchant poursuivi par un super flic qui l’affronte déguisé en Capitaine America (version turque donc) avec son pote Santo. Ca fait rêver, non ?

Publié dans série bis

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Commenter cet article

Dr Orlof 10/04/2006 17:03

Ouah, voilà un bien bel article sur un allêchant programme. Je n'ai vu que le film de Honda et je rêve également de découvrir des films de Santo (peut-être une rétrospective sur le câble un jour ! CînéClassic diffuse en ce moment des films de Nathan Juran et Virgil Vogel que je vais tenter de regarder).
Pour Honda, j'avoue que j'ai trouvé le premier "Godzilla" totalement emmerdant avec ses interminables plages pseudo-scientifiques et ces dialogues qui n'en finissent pas. Finalement, je préfère les films comme "Invasion planète X" ou "les envahisseurs attaquent" : là, les couleurs pètent, il y a plein de monstres improbables : c'est plus drôle !