Une fois n’est pas coutume, Série Bis colle un petit peu à l’actualité puisque ce sont deux des films sélectionnés lors de la carte blanche de la Cinémathèque dédiée à Jean Pierre Bouxyou que notre drive-in a décidé de vous présenter.
Deux séries Z sanglantes qui nous proposent une plongée cauchemardesque et éprouvante dans une Amérique profonde peuplée de fermiers sadiques et de hippies dégénérés.
WE WARN YOU : Don’t eat before you see this show and you’ll have nothing to lose !!!
Même chez nous, à Ploucland dans cette bonne vieille Amérique, le danger est partout. Une paisible discussion au comptoir du bar à boire sa quatrième bière de la matinée, tandis que la femme du patron fait le ménage au son d’un juke-box fatigué n’augure rien de bon. Un pauvre homme agonisant entre soudainement en hurlant, se convulse à terre et meurt dans une flaque de sang. Quel mystère se cache derrière cette mort tragique ? Tout le village est terrifié. Seul avantage : l’acteur qui joue la victime étant très mauvais, on est au moins débarrassé de lui des la première minute du film. Mais ne nous faisons pas d’illusions : le plus horrible reste à venir. Une pauvre jeune fille meurt à petit feu en se vidant de son sang, pompé par une étrange machine. C’est l’œuvre de deux fermiers peu recommandables qui kidnappent des jeunes gens afin de récupérer leur sang. En effet, ils sont au service d’un certain Sontag, membre d’une secte qui conserve dans son repère le corps de la reine des ténèbres en attendant de la ressusciter. Mais voilà, le professeur Andersson et son assistant vont s’en mêler, surtout quand les deux rednecks sadiques vont s’en prendre à la fille d’Andersson afin de la sacrifier en l’honneur de la reine. Voilà en gros, l’histoire sans queue ni tête de cette série Z tournée en trois week-ends pour un budget de 25000 dollars (d’après la légende, les figurants furent payés avec des packs de bières !).
C’est le seul et unique film de Ed Adlum et il suffit à nous prouver l’incompétence absolue du bonhomme tant le résultat est désastreux à tous les points de vue. Certes le scénario n’aide pas, car malgré un argument complètement délirant, il se perd dans un développement inutilement compliqué et laborieux (un long passage à vide au milieu ou les personnages passent leur temps à se téléphoner, au total dix scènes de coup de téléphone en une demi-heure de film, ce qui pourrait presque faire croire à un gag de répétition au bout d’un moment) et ne recule devant aucune invraisemblance. Le potentiel comique doit beaucoup au jeu des acteurs qui assument la niaiserie de leurs personnages avec beaucoup d’enthousiasme. Tous en font des tonnes, comme celui qui joue le fermier qui massacre les gens avec sa canne (et aussi le chien de la fille du professeur). En plus c’est rigolo, parce qu’il tue que des gens qui n’ont rien à voir avec l’intrigue principale (genre un couple de jeunes mariés dans un hôtel dont on n’avait jamais entendu parler). Mais comme souvent, c’est la mise en scène qui va précipiter le film dans le grotesque le plus total : visiblement tourné dans l’urgence, Invasion of the Blood Farmers sent l’amateurisme à plein nez. Mais le film ne serait sans doute rien sans la collaboration de Roberta et Michael Findlay qui passaient par là pour filer un coup de main et Ed Adlum devait d’ailleurs les remercier en produisant un de leurs films quelques années plus tard, l’alléchant Shriek of the Mutilated. Pourtant, Michael Findlay, qui signe ici le montage, livre un travail catastrophique : faux raccords à gogo, rythme hasardeux, plans de coupe insérés contre toute logique, séquences mêlant allégrement des plans de nuit et de jour. Entre le monteur et le metteur en scène, difficile de savoir qui était le plus incompétent des deux.
Vu comme une bande d’horreur trash, Invasion of the Blood Farmers est une apocalypse totale. Il faut alors plutôt le voir comme une expérience : prenez une caméra, quelques bouteilles de sang, quelques techniciens qui ont un week-end à perdre, partez vous balader en voiture. Une fois que vous êtes tombés en panne dans le village le plus paumé possible, allez au bar du coin, annoncez aux habitants que vous allez tourner un film d’horreur avec des fermiers maléfiques et faites votre casting. C’est un peu le dogme selon Ed Adlum.
Et maintenant, on va parler d’un film que j’aime tout particulièrement, I Drink your Blood de David Durston, exploité chez nous en vidéo sous le titre Buveurs de sang (la VF serait d’ailleurs assez gratinée). Célèbre pour avoir été classé X lors de sa sortie en salles aux USA en 1970, ce film est un sommet du cinéma d’exploitation qui n’hésite pas à jouer sur deux tableaux. D’un côté, le film est un démarquage évident de La nuit des Morts Vivants de George Romero sorti à peine quelques années plus tôt mais s’inspire aussi plus ou moins explicitement des agissements de la bande de Charles Manson, alors dans toutes les mémoires, en nous montrant une bande de hippies, adeptes de la sorcellerie et du satanisme, semer la terreur dans un petit village peuplé d’Américains moyens et gentils. L’opportunisme du film pourrait paraître franchement douteux, si le scénario ne sombrait pas bien vite dans un délire absolu, tellement jouissif, qu’on ne peut faire la fine bouche. La bande de hippies est particulièrement haute en couleur avec entre autres, un chef indien totalement barge incarné par un certain Bhaskar, une nymphomane délurée, une exotique geisha nommée Sue-Lin et une jeune fille muette interprétée par la jolie Lynn Lowry, beauté frêle et juvénile dont c’était la première apparition à l’écran (on la reverra plus tard chez Romero et Cronenberg). Evidemment, pas de « Peace and Love » ici, ils sont tous très méchants, ils sacrifient des animaux, violent des filles, mangent des rats quand ils n’ont pas de quoi se nourrir, se droguent, boivent du sang et vénèrent Satan. Mais chose inattendue, les habitants du coin ne sont pas mal non plus, en particulier le gamin du village (forcément tête à claque) qui décide de venger son papy que les méchants satanistes ont forcé à prendre du LSD : il a alors une idée parfaitement stupide, se servir du sang d’un chien enragé pour confectionner des tartes qu’il donnera en cadeau à manger à ses voisins hippies.
Et c’est ainsi que dans la deuxième partie du film, la rage contamine peu à peu tout le village, plongeant ce coin tranquille dans une véritable folie meurtrière menée par un groupe d’illuminés se baladant la bave aux lèvres ! Bien que son réalisateur David Durston se soit renseigné sur les effets du LSD et de la rage pour donner un certain réalisme à son film, I Drink Your Blood, sans doute sous l’impulsion de son producteur Jerry Gross, reste une pure série B ou la volonté explicite de choquer côtoie une telle hystérie joyeuse, tout est tellement outrancier, tellement too much, que l’ensemble se regarde avec un grand sourire réjoui. Du coup, bien que bricolé avec un budget limité (environ 100000 dollars selon Durston), le film tire justement son charme de son look cheap tout en restant par ailleurs tout à fait regardable. Et surtout, il demeure assez dynamique et suffisamment rythmé, une heure et demie durant, pour ne jamais ennuyer, ce qui est assez inhabituel pour être souligné. J’adore aussi tout particulièrement la partition de Clay Pitts qui nappe le film d’une bande son électronique truffée de bruitages synthétiques stridents et kitschs et qui achève d’établir un climat très insolite. Toujours à la lisière du ridicule et d’un mauvais goût hallucinant, le film baigne dans une atmosphère de folie furieuse étrangement très prenante. Bizarrement, Durston aurait coupé au montage quelques scènes comiques mais aussi et surtout une scène finale qui donnait lieu à une conclusion tragique. En l’état, I Drink Your Blood oscille entre le délire sanglant et une certaine noirceur et c’est ce qui en fait une vraie bizarrerie.
Faute à son classement X par la MPAA, I Drink Your Blood fut l’objet de quelques coupes à sa sortie mais son producteur Jerry Gross profita d’un succès de scandale, proclamant avoir produit le film d’horreur le plus outrageant de tous les temps. C’est lui aussi qui choisit le titre, I Drink Your Blood, et il racheta un petit film d’horreur réalisé en 1964 par Del Tenney, Voodoo Blood Bath et qu’il distribua sous le titre de I Eat Your Skin ! Le double-programme I Drink Your Blood / I Eat Your Skin reste l’un des plus célèbres du genre et fit les grandes heures des Grindhouse Theaters.
Le drive-in de Série Bis vous remercie de votre visite et espère vous revoir bientôt !


Aujourd'hui, deux films terrifiants avec des types dans un costume de gorille, des gens tout nus, des reptiles en pâte à modeler et d'autres surprises réjouissantes.
Garez-vous, rapprochez-vous de votre petite copine (ou de votre petit copain) : le spectacle va démarrer.
And now, our feature presentation !
The Beast That Killed Women 1965
Vidéo envoyée par ludozman
Mon gorille chez les nudistes…
Au début des années 60, les contraintes imposées par le fameux code de censure du ministre Will Hays, le dadais aux grandes oreilles, est toujours en vogue, proscrivant ainsi la nudité dans le cinéma américain. A cette époque, le réseau des salles et des drive-in n’est pas encore monopolisé par les grandes majors et les petites maisons de production, spécialisées dans la série B ou Z peuvent se permettre de distribuer des films sans passer devant le couperet de la commission de censure. En plus, on produit un film pour une poignée de dollars, et ça sort dans quelques salles dans une grande ville et dans deux ou trois états, le temps de rentrer dans ses frais, ce qui ne pose pas de problème si le producteur est malin. Après le succès de The Immoral Mr Teas, le premier film de Russ Meyer (1959), petite comédie coquine sur un type qui voit tout le monde tout nu, d’autres cinéastes s’engouffrent dans la brèche de ce nouveau genre, le nudie : on a déjà parlé de certains d’entre eux, ce sont Doris Wishman, Robert Lee Frost ou encore Herschell Gordon Lewis et leurs producteurs, Harry Novak, Dave Friedman et Barry Mahon.
Stakhanoviste du genre, Barry Mahon produit et réalise tout au long des années 60 nombre de nudies, à l'exception notable d'un Wonderful Land of Oz en 1969, visiblement destiné aux enfants et dénué de tout érotisme, version que je n'ai malheureusement pas vu (jamais sortie en France, je crois), qui sait, peut-être le chaînon manquant entre le classique de Victor Fleming et l'étrange Return to Oz, suite réalisée quarante ans plus tard par Walter Murch ! Revenons à nos nudistes puisque le générique de The Beast that killed woman affiche un casting composé des « Miami Beach's most lovely nudists » et je n'invente rien ! Ca commence par un pauvre gars qui patiente dans un hôpital, puis un flic arrive pour l'interroger. Il lui raconte son histoire en flash-back : un matin, son épouse et lui prennent le petit déjeuner dans le jardin. Seulement, la femme aurait bien envie de se déshabiller, c'est vrai, c'est toujours un peu chiant de porter des fringues. Et si on allait à la plage propose-t-elle ? Ca tombe bien car nos deux amoureux sont nudistes. C'est parti pour une journée de détente et de jeux avec des gens sympas qui vivent eux aussi tous nus.
A la lisière du reportage sociologique tendance cinéma vérité (pas de mise en scène, son direct), on assiste ébahi à une apologie du nudisme ou des vacanciers en tenue d’Eve ou d’Adam s’adonnent à toutes sortes d’activités de plein air : natation, volley-ball, tennis, excursion en foret et papotage prés du distributeur de Coca, le tout sur une musique d’ascenseur indescriptible (la BO est merveilleuse). Deux nanas tentent d’attraper une serviette accrochée à un mur, Deux autres filles réfléchissent pour savoir qui va prendre le lit du haut dans la chambre. Une jolie danseuse en bikini improvise une chorégraphie prés du feu sous le regard ravi des autres vacanciers. C’est passionnant ! Ce qui est assez fabuleux, c’est l’absence totale d’une quelconque ébauche de narration (hormis l’intrigue principale sur laquelle nous allons revenir) histoire de faire que cela tienne sur la durée (pourtant très courte, une heure tout juste). En fait donc, un gorille (un type dans un costume quoi !) débarque un soir dans le camp et tue une des filles sans qu’on sache trop comment d’ailleurs (il l’étrangle ???). Le lendemain, tandis que nos deux amoureux rentrent dans leur cabine, le même gorille les attaque, envoie valdinguer le mari dans le lac (c’est pour ça qu’il se retrouve à l’hôpital en fait avec un régime à la gelée de fraise !) et s’en prend à son épouse. Les pensionnaires du camp sont terrifiés (c’est le gag récurrent du film, la fille qui a pris le lit du haut, morte de trouille, rejoint sa copine dans le lit du bas, rassurez-vous, rien de bien sulfureux !).
Le patron appelle la police, embêté que tout le monde déserte son établissement. Le plan des flics, c’est de se servir d’un de leurs agents féminins comme appât (à un moment, je me suis demandé si ils allaient la déguiser en nudiste…). Evidemment, pas besoin de vous préciser que tout se terminera bien, et le camp pourra retrouver sa tranquillité de jadis, véritable coin d’Eden pour les vacanciers. Monument de vide cinématographique radical, The Beast that killed woman est un exemple sidérant d’un cinéma absolument désuet et dont l’érotisme apparaît comme totalement naïf et inoffensif. On est loin des œuvres plus osées et aussi plus violentes de Doris Wishman ou de Russ Meyer. Le nudie avait d’ailleurs plusieurs variantes de la plus soft nommée le nudie-cutie à celle flirtant avec la SF, le space-nudie ou avec le fantastique : le monster-nudie. Barry Mahon arrêta sa carrière dans les années 70. Il avait un autre titre de gloire : ancien prisonnier de guerre, il aurait inspiré le personnage de Steve McQueen dans La Grande Evasion.
Et maintenant, l’entracte.
Nous vous rappelons que des pop-corn sont en vente dans cette salle.
Révisons nos classiques maintenant avec ce film mythique et pourtant peu connu dans nos contrées (à quand un DVD ?), Robot Monster de Phil Tucker, légende de la série Z des années 50 qu’on se plait souvent à comparer au Plan 9 from outer space d’Ed Wood, autre indispensable du genre. Tourné pour 15000 dollars en quatre jours par un ex-marine originaire du Kansas qui tenta de se suicider suite à l’échec commercial de son œuvre (il s’agirait en fait d’une sordide légende, sa dépression n’étant pas vraiment liée au destin du film), Robot Monster présente d’étranges similitudes avec un autre classique du genre, Invaders from Mars (Les envahisseurs de la planète rouge pour le titre français) de William Cameron Menzies, sorti la même année : les deux films adoptant le point de vue d’un enfant confronté à une invasion extraterrestre mais se terminant de surcroît par une pirouette scénaristique similaire. Si le film de Menzies tenait quand même debout, constituant un ancêtre enfantin du Body Snatchers de Don Siegel, celui de Tucker aura vite fait de sombrer dans le n’importe quoi à force d’aberrations et d’incohérences en tous genres.
Essayons tant bien que mal d’en résumer l’argument : un gamin, Johnny, venu pique-niquer avec sa mère se promène prés d’une grotte et s’amuse avec son pistolet à se prendre pour un robot, ce qui semble faire rire tout le monde. Après une petite sieste, il se réveille et assiste à l’improbable, des éclairs, des lézards géants qui se battent et un monstre étrange qui sort de la caverne. En fait, l’humanité a été entièrement détruite par les aliens grâce à leur rayon cosmique. Pourtant, un groupe d’humains a survécu, Johnny et sa petite famille et ce sont bien les seuls. En fait, le papy scientifique et archéologue, très prévoyant, les a tous vaccinés contre le rayon cosmique (ben voyons !). Seulement voilà, le monstre de la caverne, chargé par son chef de faire le ménage sur Terre, est à leur trousse. Ce monstre, qui a fait la célébrité du film, c’est l’ineffable Ro-man, cyborg extraterrestre d’un ridicule inégalable, interprété par George Barrows qui avait dégoté un costume de gorille. Histoire de le faire ressembler à un robot, on lui a juste mis un casque de scaphandrier sur la tête et le tour était joué. A noter que le même costume est utilisé pour le personnage du chef de Ro-Man.
Comme vous pouvez l’imaginer à la lecture de ce résumé, Robot Monster est un film plutôt fauché. En fait, c’est pire que ça. On est devant un fleuron absolu du low-budget. En comparaison, le Plan 9 de Ed Wood est une super production. Tourné dans un coin de campagne avec sept acteurs, l’action se déroule dans deux décors : une façade de baraque en ruines et la grotte dont Ro-Man fait son quartier général. Les inserts de combat de lézards, dont on se demande encore la signification, sont des stock-shots fauchés à un film des années 40. Pendant la première demi-heure, le film se résume à des dialogues interminables pendant lesquels Ro-Man reçoit des ordres de son chef par le biais d’une liaison vidéo et discute avec la petite famille (eux aussi sont équipés en matériel haute technologie et même en électricité, si on en croit le bruit de fond insupportable qui sature la bande son) pour leur dire qu’il va les exterminer et que leur mort va être indescriptible. Ca dure comme ça pendant un bout de temps et personne ne bouge de son repère, ce qui fait que l’intrigue n’avance pas d’un iota et ce, même après l’entracte (eh oui, y’a une entracte !).
Tucker ne trouve rien de mieux que de nous infliger alors une amourette complètement incongrue entre les deux jeunes premiers du casting qui après une scène de flirt d’une niaiserie sidérante, décident d’annoncer leur mariage… et le scientifique d’exaucer leur vœu en improvisant une cérémonie dans un décor en ruines. Heureusement, c’est le prélude à un final délirant comme il se doit où soudain le scénario se précipite et accumule les moments les plus incongrus, comme cet épisode King-Kongesque ou Ro-Man kidnappe la mariée et tente de la violer. S’en suit une orgie d’éclairs, de bruitages bizarres et de stock-shots de lézards qui se prolongeront même après le happy-end, amené par un rebondissement final que vous aurez sans doute déjà deviné. A noter que Robot Monster fut à l’époque présenté en 3-D ! Est-ce que Ro-Man sortait de l’écran à la fin du film ? On a le droit d’en douter puisque à la fin, Tucker trouve une variation étrange du concept de la 3D… en répétant trois fois le même plan !!! C’est le système 3-D en somme…
Le drive-in de Série Bis vous remercie de votre visite et espére vous revoir bientôt !


