Le cinéma bis italien s’avère souvent surprenant à découvrir car il repose, exploitation oblige, sur des schémas éprouvés auquel pourtant des cinéastes à la carrière labyrinthique, zigzaguant sans cohérence apparente d’un genre à un autre, arrivaient à apporter toujours un élément atypique, voire personnel. Aldo Lado, comme pas mal de cinéastes italiens de cette époque, aligne une filmographie moins prolifique que certains de ses contemporains mais déjà bien hétéroclite bien que dominée par le giallo au début de sa carrière. Sorti en Italie en 1975 puis chez nous trois ans plus tard assorti d’une interdiction aux moins de 18 ans et dans une version considérablement raccourcie (et la découverte de cette version intégrale est des plus déroutante puisque l’on s’aperçoit que ce sont essentiellement des scènes de dialogues qui ont été sacrifiées et non des séquences controversées qui aurait été censurées car jugées trop violentes, alors que chez nos amis anglais, le film fut interdit et classé comme video-nasty), Le dernier train de la nuit connu de surcroît une palanquée de titres alternatifs (le film s’appelant tout d’abord La bête tue de sang froid mais il fut aussi exploité en vidéo avec des titres comme Le train de l’enfer ou Le train de la mort se rapprochant ainsi du titre anglais Night Train Murders). Des titres plus ou moins explicites qui expriment dans un sens l’aspect inclassable de cette œuvre.
Ca commence par une chanson de Demis Roussos… non, ne partez pas, je sais, mais bon, c’est comme ca, d’entrée, Demis Roussos, donc. Alors, forcément, dit comme ça, on s’attend à un grand moment de splendouilletterie (copyright Devo) et voilà donc que le générique nous sert une série d’images prises sur le vif On est à Munich et à la manière d’un vulgaire reportage, Lado filme la banalité la plus absolue : les gens qui se baladent, les décorations de Noël, les étalages de charcuteries dans les magasins. Les plans très courts se succèdent et on ne se rend compte qu’au fur et à mesure que des personnages qui n’aurait pu n’être au fond que des figurants vont être en fait les héros du récit à venir. C’est comme si au fond les personnages étaient arbitrairement tirés au sort dans la foule pour être les protagonistes d’une histoire qui va les emmener là où ils ne pensaient sans doute pas aller. Il en émane déjà ce sentiment qu’à chaque moment, il se passe quelque chose ailleurs (hors champ) qui détermine le futur des personnages, sans que ceux-ci n’aient conscience qu’une mécanique inéluctable est en marche. Mais il ne s’agit pas pour Lado de rabaisser tout le monde au rang de victimes, y compris par ailleurs le spectateur forcé de contempler des le générique le spectacle d’une agression tristement banale (un type déguisé en père Noël se fait dépouiller par deux loubards). Un des personnages secondaires apparaissant très tardivement dans le film symbolise parfaitement cette ambiguïté dans le sens où il passe par tous les stades : il sera voyeur, puis complice du crime à venir puis enfin délateur tout en s’en sortant en toute impunité. Il n’y qu’un pas à franchir pour y voir en quelque sorte une métaphore de la position du spectateur (la position du voyeur est fréquente dans le film, on assiste souvent à une scène à travers les yeux d’un personnage qui regarde par une vitre ou une fenêtre).
L’histoire est la suivante : deux jeunes étudiantes résidant en Allemagne vont passer les fêtes de fin d’année en Italie chez les parents de l’une d’elle. Elles décident de faire le voyage en train, or dans ce train montent aussi les deux loubards qu’on a croisé pendant le générique ainsi qu’une étrange femme, élégante et un peu énigmatique (jouée par Macha Méril qui la même année interpréta le rôle de la voyante assassinée dans le Profondo Rosso de Dario Argento) dont on ne connaît à ce stade guère le rôle. La construction du récit se fait alors sur un resserrement progressif du cadre du film. L’espace mais aussi le nombre du protagoniste va se restreindre au fur et à mesure que les rapports de force entre eux se dévoilent. Et dans la longue première partie du film (le premier tiers qu’on pourrait appeler « le premier voyage »), Lado passe de la foule bigarrée du début à une vision compartimentée du monde et il est clair que tous les contacts entre des personnages de fonction sociale différente aboutissent sur un conflit. On note ce moment où l’un des deux voyous raillent une bande d’extrémistes fachos qui font des saluts nazis dans leur compartiment (l’ombre du nazisme planant sur le film de manière diffuse mais certaine). Le seul personnage qui semble s’échapper de ces conventions et donc pouvoir se permettre la transgression (voire la photo pornographique qui s’échappe de sa valise) est celui de cette femme trouble jouée par Macha Méril. Et cette ambiguïté ne se résout guère dans la scène ou enfin elle entre en jeu, cette séquence de sexe brutal dans les toilettes du train avec un des jeunes voyous, sorte de viol où l’on ne sait lequel des deux protagonistes est la réelle victime.
C’est alors que cette femme va en quelque sorte contaminer tout le film et son caractère mystérieux (est-elle le Mal incarné ? ou doit-elle son pouvoir à sa manière d’utiliser le sexe et l’argent pour dominer autrui ?) précipite le film dans le fantastique et l’horreur et c’est lors du « second voyage » en train, la deuxième partie du film que le drame se noue. A ce titre, la mise en scène d’Aldo Lado se révèle d’une étonnante efficacité. Il y a à la fois quelque chose de complètement ostentatoire et de très sophistiqué dans la manière dont il construit son film. Le réalisme apparent de la première partie (esthétique du reportage, montage fluide et alerte) cède peu à peu la place à une mise en scène plus baroque évoquant inévitablement le giallo (on note la belle photo de Gabor Pogany et notamment son travail sur les couleurs et la lumière dans le passage progressif du film vers une ambiance nocturne puis la belle scène des « sandwiches de Noël » dans des teintes quasiment sépia avant que les ambiances se fassent définitivement plus agressives). Le montage se fait lui aussi plus chaotique, jouant aussi sur la désynchronisation progressive de la bande son, littéralement envahie par le bruit répétitif du train et le motif musical d’Ennio Morricone qui semble ici pasticher son thème de l’harmonica d’Il était une fois dans l’Ouest, introduisant une note westernienne qui est loin d’être hors sujet. Car c’est bien une vengeance de western qui va succéder à cet éprouvant cauchemar où le train de nuit remplace la diligence. Mais la référence qui saute aux yeux n’est malheureusement pas celle là, en effet le dernier tiers du film achève de faire du Dernier train de la nuit un quasi-remake de La dernière maison sur la gauche, cet ultime acte reprenant en effet à l’identique le déroulement du film de Wes Craven. L’exploitation reprend pour ainsi dire le dessus et ce dernier tiers s’avère, outre l’impression de déjà vu, bien moins percutant à tous les niveaux, plus prévisible logiquement mais aussi moins original dans son exécution.
Ce n’est donc pas le moindre des paradoxes de ce film, qui, loin de sa réputation de film d’horreur hardcore, est un objet bizarre oscillant le fait divers réaliste, le cauchemar fantastique et la fable sociale, même si sur ce dernier point, Aldo Lado semble aujourd’hui avoir un peu trop tendance à plaquer une interprétation univoque au film (en gros, en faire un brûlot anti-bourgeois) comme pour justifier la part sulfureuse de son contenu (un peu comme aujourd’hui, il est de bon ton de limiter les films de Romero à leur sous-texte politique comme si c’était le seul moyen de justifier le talent réel du cinéaste), là où l’ambiguïté reste pourtant une des ses plus grandes qualités.
« Ah, oui, quand même ! » se dit le bisseux blasé qui pensait avoir tout vu et tout entendu. Car ce bon vieux roublard de Charles Band a beau utiliser ici des méthodes maintes fois éprouvées dans la grande tradition de la série Z à l’ancienne, là on frôle le coma éthylique et l’électroencéphalogramme plat. Comme le sidérant Petrified dont nous avions causé, le machin sort en DVD zone 2, un cadeau incontournable pour vos amis insomniaques. Cela dit, contrairement à Petrified, le menu paraîtra moins épicé : le scénario de Ghost Poker (dont le titre original est quand même Dead Man’s Hand : Casino of the Dead, ce qui laisse rêveur) avec son histoire de casino hanté par des fantômes suite à un règlement de comptes entre mafieux ne laisse guère augurer quelque chose de bien passionnant. En effet, pas de momie extraterrestre ni de nymphomanes surexcitées à l’horizon. Bien décidé à tester la résistance de son spectateur, Charles Band, fort de la seule et unique idée de son scénariste (un slasher dans un casino vide), peine alors à se renouveler quand il s’agit d’atteindre péniblement les 90 minutes. La scène d’introduction donne le ton, deux acteurs nous font faire le tour du propriétaire du seul et unique décor du film (si on excepte une chambre d’hôtel au début) en attendant désespérément de se faire trucider hors champ, ce qui arrive, croyez-moi, bien trop tard, tant cette séquence paraît durer une éternité.
Mais ce n’est rien, comparé au reste du métrage, où il ne se passe pour ainsi dire absolument rien. Car, dénué de la présence d’un quelconque monstre, d’une intrigue
réellement débile et surtout beaucoup moins libidineux qu’à l’accoutumée (les dialogues ont beau tourner souvent en dessous de la ceinture, le film lui demeure très pudique en matière
d’érotisme), cette production Full Moon ressemble vite une mauvaise sitcom, voire un show de télé-réalité où des jeunes s’ennuient en attendant que « la prod » leur dise quoi faire. Ca
bavarde donc pendant presque une heure (soit les deux tiers du film quand même !), ce qui permet au couple de héros de roucouler dans de longues scènes romantiques, d’apprendre à jouer au
black-jack, mais aussi de traiter de thèmes plus délicats comme lors du coming-out de la geekette timide et binoclarde ou des scènes de ménage entre la bimbo blonde ultra-sexy et le beau gosse
blessé dans sa virilité à cause de ses pannes sexuelles et de répondre à des questions essentielles comme « vous croyez aux fantômes, vous ? » ou « est-ce bien raisonnable de
péter à table ? » (comme vous pouvez le constater, c’est du subtil, du sur mesure !). L’amateur du genre souffre devant un film aussi à côté de la plaque, d’autant que pour nous
donner envie de rester, Charles Band tarde un maximum à abattre ses cartes, deux guest-stars dont on ne sait pas vraiment si on est content de les retrouver là, Sid Haig, le capitaine Spaulding
des films de Rob Zombie et Michael Berryman, le méchant dégénéré de La colline a des yeux. Arrivant à l’improviste dans le dernier tiers en truands zombies, ils font mumuse avec nos jeunes gens, en
trucident quelques uns avec la collaboration d’une hôtesse du genre castratrice et de croupiers tueurs du plus bel effet.


Des croupiers de train fantôme particuliérement ridicules !!!
Heureusement, le couple de tourtereaux finira par gagner une partie de poker contre les méchants fantômes en leur faisant le coup de Negreanu au Bellagio en 96 et les spectres mafieux repartiront aussi vite qu’ils étaient venus. Et nous, on ne peut pas s’empêcher de penser qu’on s’est quand même fait un peu arnaquer. Ah, mais non, on me signale que dans le jargon du poker, on appelle ça du bluff.
Good call, Charles, good call !
On colle décidément à l’actualité DVD (pour une fois) puisque ce Petrified débarque dans nos bacs en zone 2 chez Seven 7 dans une édition soignée avec même quelques bonus. Quand je vous disais que des fois, on sort vraiment n’importe quoi (bien que j’imagine qu’un tel DVD sera bien vite bradé à 3 euros sur le net), je vais vous le prouver avec ce futur cauchemar des video-clubs. Mais c’est aussi l’occasion de parler d’un des derniers nababs de la série Z que je n’ai jamais cité sur ce blog et pas des moindres puisqu’il s’agit du fabuleux Charles Band, ici auteur complet du film qui nous intéresse. Pour Charles Band, le cinéma est un métier de famille puisque son propre père Albert Band fut lui-même producteur et réalisateur de quelques séries B dont les fameux I Bury the Living en 1958 et Zoltan, le chien sanglant de Dracula en 1978. Débutant comme cinéaste, Charles Band décide sous l’impulsion de l’explosion du marché de la vidéo de fonder sa propre compagnie et part en Italie créer la firme Empire qui produit quelques petites perles de la série B des années 80 grâce aux réalisations de Stuart Gordon (le grand classique Re-Animator mais aussi Dolls ou encore From Beyond). Malgré tout, la boite va couler lamentablement, mais Charles Band, très ambitieux et surtout complètement mégalo, décide de récidiver en créant Full Moon Features, une compagnie se cantonnant bientôt exclusivement au marché de la vidéo. Charles Band se fera vite spécialiste des séries à rallonge, les plus emblématiques de la firme restant la saga des Puppet Master inaugurée en 1989 par David Schmoeller et qui compte désormais une bonne dizaine de suites, celle des Subspecies, une série vampirique de cinq films tournés en Roumanie par Ted Nicolaou et celle des Witchouse réalisée par un autre habitué de la firme, le sympathique David DeCoteau. Band se diversifie et crée un tas de firmes parallèles comme Moonbeam, spécialisée dans les programmes familiaux ou Torchlight (devenue Surrender Cinema) un label exclusivement consacré aux films érotiques soft.
Mais n’étant jamais mieux servi que par soi-même, Band continue régulièrement de mettre la main à la pâte en passant derrière la caméra et l’un de ses derniers méfaits se nomme Petrified. Depuis le très fauché Castle Freak signé par un Stuart Gordon au fond du trou (mais qui depuis semble avoir repris du poil de la bête), on sait que Band affectionne les films de monstres et la principale attraction de cet opus est cette fois-ci une momie extraterrestre du plus bel effet, dont la confection a sans doute engloutie la totalité du budget du film. Cette méchante momie, qui pétrifie et transforme en statue toute personne par le simple pouvoir de son regard (et aussi d’un effet vidéo particulièrement moche), surgit régulièrement, mettant le film sur les rails bien routiniers du slasher le plus banal. Le génie absolu du scénario étant de concentrer l’action dans un seul lieu et pas des moindres, accrochez-vous, tout le récit se déroule dans un étrange hôpital, en fait un asile ou on interne et on soigne… les nymphomanes !!! L’équilibre précaire entre le slasher sous Prozac et la gaudriole matinée d’érotisme soft précipite le film dans le grand n’importe quoi et en fait une véritable série Z de compétition. Tout y est : le jeu désastreux des acteurs, la mollesse de la réalisation, la débilité absolue des dialogues, la désinvolture du scénario et la léthargie du rythme (renforcée par une bande son merveilleuse, une sorte de soupe synthétique omniprésente du plus bel effet). Proche du néant filmique et quasiment irrécupérable, Petrified sent pourtant bon l’artisanat Z old school, débarrassé des effets de modes racoleurs et de la moindre once de prétention qu’on trouve régulièrement dans ces produits « direct to DVD » qui voudraient se faire passer pour des films hauts de gamme, et c’est ce qui rend ce Petrified au fond assez amusant.
Peut-étre alors peut-on bien rigoler devant ce bricolage Z au scénario digne d’une bonne BD Elvifrance et qui fourmille de personnages aberrants et d’idées idiotes. Et là en fait, je ne sais même pas par où commencer. Les deux inspecteurs façon Mulder et Scully qui au lieu d’enquêter sur les meurtres de la momie papotent de tout et de rien et se balancent des vannes idiotes. Le gardien de l’hôpital qui profite de la « maladie » des patientes pour se faire plaisir. Quelques jolies jeunes filles toujours prêtes à se balader en petite tenue quand le rythme du film se relâche (elles ne sont pas nymphomanes pour rien). Et surtout le savant fou, Horatio Von Gelder qui nous gratifie de l’un des dialogues les plus débiles entendus depuis des lustres (avant de se bagarrer contre un gant trois scènes plus tard, je vous jure j’invente rien !). Et plutôt que de dénaturer ce grand moment d’écriture, je vous offre l’extrait audio de l’un des morceaux de bravoure de ce bijou.
Voilà, et c’est de ce niveau là pendant 67 minutes. Avouez que ça fait envie. Et pour une fois, c’est théoriquement trouvable dans tout bon vidéo club qui se respecte.
Après la découverte de l’éprouvant Rectuma, je pensais faire une pause dans cette quête éperdue des films les plus cons de la planète, mais c’était sans compter ces farceurs de chez Mad Movies qui viennent de sortir en DVD, Burger Kill, film obscur réalisé par deux illustres inconnus (dont c’est visiblement le premier essai). Avec un titre pareil, on pouvait fantasmer une énième merveille sur le thème du gore culinaire (une grande tradition du genre de Blood Feast à Blood Diner) mais c’est bien à un slasher auquel nous avons à faire, sous-genre qui fait aujourd’hui figure de parent pauvre du cinéma d’horreur, submergé par la mode envahissante du survival (tout ça pour dire que le slasher mériterait un petit coup de jeune, vous ne trouvez pas ?). Alors en plus avec Burger Kill, on est en plein dedans, ça teenmovise dans tous les coins et un tueur masqué se balade au milieu de tout ce beau monde, histoire de faire le ménage des que le scénario l’exige (ou pas).
Et ça ne commence pour ainsi dire pas très bien. Passons d’entrée sur la sublime version française proposée sur le DVD, les doubleurs ont clairement déconnés à plein tube et dés la première scène, on est au bord de l’hilarité. Ca se calme ensuite, même si les dialogues demeurent souvent joliment vulgaires (les punchlines du tueur sont assez gratinées). Donc, une bande de djeuns (deux types et leurs petites copines) se baladent en voiture et décident, afin d’assouvir une petite faim au milieu de la nuit, de faire un détour au fast-food du coin. La voix du haut parleur du drive commencent à taquiner nos lascars (mais on est loin de la cultissimme scène du fast food chinois dans l’inoubliable Eh mec, elle est où ma caisse ?) qui finissent par s’énerver et par pénétrer dans le restaurant pour régler son compte à ce petit farceur. Manque de pot, le farceur en question n’est autre qu’une sorte de version très énervée et pas sympathique du tout de Ronald Mc Donald (quoique le vrai Ronald peut faire aussi très peur, à ce propos, vous avez déjà vu Mac et Moi ?), armée d’un hachoir à viande et qui va les trucider sauvagement. Vous avez donc compris le concept, le tueur est un clown de fast-food, pourquoi pas après tout ? Sauf que tout cela est horriblement mal foutu. La scène d’introduction donne le ton, c’est filmé approximativement (avec des cadrages obliques idiots), c’est monté n’importe comment et ça ne s’arrangera guère par la suite, les scènes de meurtres regorgeant d’idées débiles (effets de ralenti, accélérations et montage épileptiques rythmé par le même morceau de métal balancé à fond les manettes à chaque apparition du clown). Le rythme patauge franchement dans la seconde moitié. C’est pas la joie.
Le scénario est effrayant de connerie, c’est évident, mais ce n’est pas le problème. En fait, on finit vraiment par se demander ou les deux cinéastes veulent en venir. Le film par exemple semble aligner les références et jouer brièvement sur un détournement pour le coup assez usé des clichés du slasher (ce que faisait Craven dans Scream) mais tout cela tombe bien vite à l’eau tant le film paraît au final terriblement académique. L’humour potache s’intègre aussi très mal à l’ensemble de même que les excès gore de nombreuses scènes (notamment ce morceau de bravoure où une pauvre fille se fait griller la tête dans un micro-ondes sur le gymnase de son campus !!!). N’espérez pas non plus y déceler une sous-texte satirique quelconque. On hésite alors à trouver le film soit incroyablement prétentieux soit totalement opportuniste. L’accumulation de clichés douteux, en particulier dans l’écriture des personnages et les dialogues, est assez significative. Bénéficiant à vue de nez d’un budget à priori raisonnable (attention ça reste une série B), les deux lascars ont voulu manger à tous les râteliers et se sont copieusement plantés. Non seulement Burger Kill n’a pas la débilité décomplexée qui fait les meilleurs nanars horrifiques, mais encore moins la malice ou la folie des meilleurs artisans du genre (le Satan’s Little Helper de Jeff Liebermann par exemple, c’était autre chose quand même) ni même le savoir-faire des vétérans qui permet des fois de faire décoller un film pourtant sans grande ambition. Sous ses dehors de détournement de l’imagerie de la culture fast-food, Burger Kill a tout de la restauration rapide bas de gamme, un menu insipide et sans saveur. Pour un galop d’essai, ce n’est vraiment pas concluant.
PS : Le prochain DVD Mad Movies, ce sera Les Trois Visages de La Peur, le trés beau film de Mario Bava que je vous conseille fortement.
Je passe une petite annonce officielle : si un jour, un lecteur sympa qui passe par là a la possibilité de rentrer dans l’antre du Marché international du film de Cannes et qu’il se sent une âme charitable de m’y incruster, qu’il me contacte, je lui en serais reconnaissant pour longtemps. C’est fait pour moi, le Marché du Film, un jour un ami me dit : « j’ai vu une bande annonce, tu vas adorer j’en suis sur, c’était à Cannes au marché, un film avec un cul géant ». Vous apprécierez au passage la réputation que je me tape auprès de mes proches. Le film en question, c’était Rectuma, film dont plus personne n’a osé parlé depuis, sans doute terrifié à l’idée de relever le défi impossible de commenter cette œuvre sans verser dans les excès de langage déplacés et dans les plaisanteries scatologiques douteuses. Amis du bon goût qui se seraient égarés là par hasard, par avance, désolé pour vous.
Rectuma s’ouvre sur un générique musical où deux lilliputiennes (sans doute en hommage aux jumelles de Mothra contre Godzilla) nous chantent que l’histoire qu’elles vont nous raconter est parfaitement authentique et si nous ne les croyons pas, nous avons qu’à aller nous faire f… mais pas de grossièreté s’il vous plait. Cette histoire, c’est celle de Waldo, qui lors d’un voyage au Mexique avec sa femme, se fait violer sur la plage par une grenouille sodomite, une espèce locale donc, ce qui lui laisse d’étranges séquelles dont des crises de flatulences malvenues. Son proctologue, ayant diagnostiqué une inquiétante hypertrophie de la prostate, lui conseille de se faire soigner par un savant japonais spécialisé qui tente de le guérir avec une sorte de substance radioactive introduite sous forme de suppositoire vert fluorescent. Manque de pot, le traitement à des effets secondaires, Waldo va voir son postérieur muter en un monstre radioactif dont les premières victimes seront l’épouse de Waldo et son amant. En suivant la traînée de matière fécale laissée sur les lieux du crime, deux détectives retrouvent bientôt la piste de Waldo. Mais la vérité sera plus dure à avaler. Voilà, maintenant que vous avez lu ce résumé (fidèle au film et pourtant garanti sans grossièretés ni jeu de mots douteux), posez-vous cette question : est-ce que ça vous a donné envie de voir ce film ? N’hésitez pas à me répondre dans les commentaires, je suis du genre curieux.
Tourné en vidéo avec un budget anémique, Rectuma est une parodie conceptuelle de films de monstres dont le seul mérite est d’oser tout et n’importe quoi avec un aplomb sans faille pour un résultat qui laisse souvent sans voix. Alors que le gag aurait pu prendre la forme d’un canular sous forme de faux trailer balancé sur YouTube pour épater la galerie, Mark Pirro a osé en faire un film de 90 minutes, le genre de mauvaise idée typique transformée en longue blague pas drôle. Visant un registre humoristique qui ferait passer une production Troma pour du Lubitsch (même la bite tueuse du récent Pervert ! sorti récemment en DVD chez Neo Publishing ne fait pas le poids), Rectuma se paie le luxe d’être non seulement assez hypnotique dans son genre et même honteusement, d’arriver à faire fonctionner nos zygomatiques à l’usure en quelque sorte. Alors que je ne m’attendais même pas à une plaisanterie digne d’un sourire, je me surpris à rire à cette idée sympathique qui consiste à doubler le dialogue du personnage de l’expert japonais de manière volontairement désastreuse et jamais synchrone. Ca devient amusant quand on constate que les autres personnages se rendent compte eux aussi de la mauvaise synchro et le regardent tous bizarrement pour essayer de comprendre pourquoi il parle quand même alors que sa bouche est encore fermée et inversement. Cet humour parodique est pratiqué tout du long avec une balourdise certaine (toute la partie du film qui parodie Le silence des agneaux est incroyablement navrante), tandis que le film bat des records de mocheté sur le plan visuel, à coups de raccords douteux et d’incrustations immondes qui constituent une véritable agression pour les yeux. En arrivant à un niveau de débilité ou sa vision devient une expérience traumatique à part entière, cet hymne ultime à la régression au stade anal, ce prototype unique de kaiju-eiga prout-caca s’impose assez facilement comme l’un des films les plus vulgaires jamais conçus.
Sur ce, bonne année 2008 !


