série bis

Mardi 7 février 2006

Pour la naissance de ce blog cinéma, je me suis dit qu’au lieu de commencer par une lourde note d’intention qui ennuierait tout le monde et dont la substance se résumerait en une phrase : « Bienvenue dans un énième blog noyé dans le grand océan de la blogosphére où un anonyme du net va vous parler des films qu’il aime ! » révélant du même coup le cruel manque d’originalité de ce site, je préférais rentrer dans le vif du sujet sans préliminaires superflus. Et de me dire que le choix du film pour la chronique inaugurale servira en quelque sorte de manifeste : Joe D’Amato à l’honneur !

Joe D’Amato, donc, Aristide Massaccesi de son vrai nom, né en 1936 et mort en 1999, n’est malheureusement connu de la majorité des téléspectateurs français que par ses quelques films que la chaîne M6 diffusait le dimanche soir à l’époque où la fin de week-end  se voulait vaguement coquine. Pour les cinéphiles, D’Amato reste un des papes de la grande époque du cinéma d’exploitation italien des années 70, carrière foisonnante qui débute dans les années 60 et se termine dans le monde du porno une trentaine d’années plus tard.

 

D’Amato est un cinéaste très typique de son époque car il a assumé son statut de suiveur de modes. Il commence dans le western spaghetti, puis au milieu des années 70 dérive dans l’érotisme avec la série des Emanuelle, qui surfe ouvertement sur le succès de la saga franchouillarde initiée par Just Jaeckin. Sous la caméra de D’Amato, Emanuelle perd un « m » histoire d’éviter le procès pour plagiat et devient une sorte de version féminine et délurée de Tintin qui part à l’aventure un peu partout : en Orient, en Amérique, autour du monde, et même « chez les filles de Madame Claude » ! Notre Emanuelle, c’est Laura Gemser, brièvement aperçue dans le Emmanuelle 2 de Francis Leroi, une très belle mentisse d’origine indonésienne qui deviendra l’égérie du cinéaste.


Venons en donc à cette rencontre au sommet entre notre journaliste coquine et les cannibales, sortie en 1977 sous le titre croustillant de Viol sous les tropiques. En reportage incognito dans un asile psychiatrique, Emanuelle est troublée par une patiente hystérique qui tente de dévorer une des infirmières. Sur son corps, un étrange tatouage, symbole d’une tribu de cannibales réputée disparue. Et si ces cannibales vivaient encore, cette pauvre jeune fille ayant été leur victime ? Le cocktail est savoureux : un prétexte de film d’aventures, de l’érotisme teinté d’exotisme, le tout pimentée d’horreur cannibale.

Si cet épisode de la saga Emanuelle est un sommet, c’est pour cette synthèse de divers genres aussi improbable que jouissive que réussit le film. Évidemment, on se vautre allégrement dans l’opportunisme, surfant sur la mode du film de cannibale (depuis Le dernier monde cannibale réalisé en 1976 par Ruggero Deodato) mais si ce genre tirait sa parenté du Mondo(1), D’Amato en fait plutôt une sorte de serial déviant, sans prétention et tout à fait divertissant. Le résultat est d’autant plus plaisant que la réalisation est correcte, et que le rythme est plutôt soutenu. Les scènes érotiques sont gentiment désuètes (voire l’intermède saphique tendance Tahiti Douche) et les trouées gores d’un mauvais goût absolu (comme ce moment sympathiquement kitsch où un des personnages est attaché et coupé en deux). Mieux encore, il y a dans le cinéma de D’Amato, une sorte de désinvolture énergique qui rend le rend irrémédiablement sympathique jusque dans ses pires clichés.

Un morceau d’anthologie choisi au hasard : accompagné d’un petit groupe, notre Emanuelle est recueillie par un couple d’aventuriers qui vivent depuis longtemps dans la jungle hostile, et ce malgré la menace cannibale. Après quelques péripéties classiques (poursuites, attaque de serpents), la nuit arrive. Et là, les intentions de ce couple se révèlent suspectes. Autre détail essentiel (!) : l’épouse est très excitée et se caresse voluptueusement sur son lit de camp. En fait, on comprend que son cher mari ne la contente pas. Cette dernière ira alors assouvir ses pulsions grâce aux coups de boutoirs de son serviteur black, qui lui bien sur, est du genre bien monté (j’accentue volontairement sur le cliché limite raciste de cette scène(2), mais j’avoue en avoir plutôt ri). Le mari, contraint à les regarder, supporte mal tant de frustrations, au point qu’il tentera de violer une des membres de l’équipe, la pauvre et juvénile Monica Zanchi. En fait, nos deux aventuriers sont là par pur intérêt, dans l’espoir de retrouver des diamants. Traqués par les cannibales, ils arrivent enfin à mettre la main sur leur trésor. Et là, tandis que le danger est à son comble, nos deux personnages tombent les vêtements et se mettent à copuler furieusement au détriment de toute logique scénaristique. Et le mari a alors cette réplique fabuleuse : « Maintenant qu’on a retrouvé ces diamants, j’ai aussi retrouvé ma virilité ».

Comment ne pas être euphorique devant un cinéma aussi joyeusement racoleur et décomplexé ? 

(1) Docu-fiction sensationnaliste qui sous des prétextes ethnologiques et sociologiques douteux, ne sert qu’a flatter notre voyeurisme en l’abreuvant de séquences choc, le plus souvent bidonnées malgré leur style documentaire

(2) Sur le coup, j’ai pensé au Manderlay de Lars Von Trier, ceux qui ont vu le film comprendront.

Par Ludo Z-Man
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Mardi 7 février 2006

«Les nazis surfeurs doivent mourir». Un titre pareil, c’est tout un programme !

 

Le challenge de cette production Troma(1), c’était de tourner un film dans quelques kilomètres carrés d’une plage de Californie en plein hiver (car en été, y’a trop de monde !). Voilà le concept : on est dans un futur apocalyptique. En effet, trois figurants se battent en duel dans un décor en flamme. Des gangs tout droit sortis d’un mauvais remake d’Orange Mécanique font régner la terreur sur les plages. Des gangs de surfeurs évidemment. Il y a les surfeurs karatékas, les surfeurs gothiques, les surfeurs skateurs (fallait le trouver !) et donc les surfeurs nazis commandés par une grande endive entichée d’une moustache mal fixée, qui porte un tee-shirt avec une grosse croix gammée dessinée au marqueur rouge et qui se fait évidemment appeler Adolf.

Il a aussi une copine, Eva et un partenaire, Mengele qui bricole des armes super-dangereuses comme des surfs à lames rétractables (?). Et donc, ce sont les plus forts.

Pendant ce temps, une mémé black est mise en maison de retraite par son fils et s’y ennuie en attendant le scénario. L’attente va être longue ! Visiblement tourné avec un budget anémique, Surf nazis n’a même pas les moyens de mettre en scène les quelques moments forts qui pourraient rehausser l’intérêt du récit. Et du coup, il faut combler pendant une heure et demie.

Alors bon, là, des minots sur la plage crient « Vive les nazis surfeurs » ! Puis Adolf fait un discours édifiant de 5 minutes et arrive à la conclusion que « ce sont les plus forts ». Puis ils errent sur la plage et regardent les cascadeurs figurants faire du surf (visiblement, on se retape plusieurs fois les mêmes plans).

Pendant ce temps, la mémé black joue au poker à la maison de retraite. Au moins elle s’occupe !

Les nazis vont à une réunion entre gangs. On pense que ça va dégénérer en baston générale mais en fait non.

La grand mère qui commence sérieusement à se faire chier, taille les arbres du jardin à la tronçonneuse.

Les nazis se baladent sur la plage. Re-séquence de surf.

On entend crier : « Non, Adolf, pas comme ça ! » Eva fait sa mijaurée mais Adolf ne se laisse pas faire. On a droit à un « plan nichon » et à une scène un peu chaude. Et sous les yeux d’un autre surfeur nazis qui semble enfin concerné par ce qui passe dans le film.

Re-re-séquence de surf.

Enfin le scénariste décide un truc : les méchants vont tuer le fils de la black. Mais attention on montre pas la scène, ça coûterai trop cher ! Donc voilà on n’a rien vu, mais le fils s’est fait buté par Adolf et sa bande et la mémé, elle n’est pas contente. Elle décide que ça doit bouger un peu car, quand même, on approche de la fin du film. Elle va s’acheter un flingue et des grenades et décide d’aller casser du nazi !

Re-re-re-séquence de surf, juste comme ça en passant !

Et enfin, ça charcle un peu : Mengele se prend une grenade en pleine poire, Eva est découpée en morceau sous les pales d’un moteur de bateau (la location du bateau représente sans doute les 2/3 du budget) et Adolf se fait exploser la tête. La grand-mère est contente et s’en va en hurlant sur une moto, à fond les manettes ! C’est Easy Rider revisité par le Cosby Show !

Rythme léthargique, budget système D, scénario Weight Watchers, réalisation aberrante, Surf Nazis Must Die fait reculer les limites de l’électroencéphalogramme plat. Il ne se passe rien. Mais alors rien de rien. C’est LE film-concept ultime : Surf nazis must die. Vous aurez des surfeurs, des nazis et ils mourront. Tout était dans le titre.

Le film, lui, est presque accessoire.

 

 

 

(1) On reparlera de Troma, forcément.

Par Ludo Z-Man
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Mardi 7 février 2006

 

Voilà un drôle de film dont, il y a encore quelques mois, je ne soupçonnais même pas l’existence. Pour tout dire, cette série B, la seule et unique de son cinéaste (qui travailla par la suite pour la télévision) demeurait inédite en France. Plutôt mal accueillie lors de sa sortie, c’est une œuvre assez singulière, qui est en fait surtout un film de scénariste. En effet, il bénéficie d’un script tout à fait astucieux et gonflé de Barry Gindoff (scénariste débutant lui aussi) qui fait dériver les codes du cinéma d’exploitation vers le polar roublard et iconoclaste.

Le point de départ est déjà croquignolet : trois jeunes apprenti-truands à la petite semaine décident de commettre un enlèvement dans l’espoir de demander ensuite une rançon. La victime est une jeune lycéenne qui n’a rien demandé à personne. Le plan est sordide : la pauvre gamine sera enterrée vivante en attendant que sa famille se manifeste. Or la famille est plutôt du genre dysfonctionnelle : une mère alcoolique et défoncée, un père volage qui ne pense qu’à aller voir sa maîtresse. Quand celui-ci apprend la disparition de la fille, non seulement il décide de ne rien faire mais en plus, il le cache soigneusement à la mère. En fait, pour une raison que je ne vous dévoilerais pas, ça a même l’air de l’arranger, toute cette histoire !

Comme vous le constatez, le scénario de Barry Gindoff fait preuve d’un cynisme particulièrement étonnant : si l’on devine que nos kidnappeurs amateurs ne sont pas bien doués, la réaction inattendue de la famille de la victime accentue la noirceur du tableau. Lâches, veules, violents et cupides, les motivations des personnages ne sont guères glorieuses et le film appuie, non sans une certaine méchanceté sur leurs défauts. On se doutent alors que le plan va tourner très mal et le reste du récit adopte alors la politique du pire, chaque catastrophe en entraînant une autre. Au delà de la simple série B, on pense alors au futurs films noirs des frères Coen (en particulier, Blood Simple ou Fargo) qui donneront, à travers leurs récits mi-polars mi-faits divers, une vision à la fois ironique et très noire de la bêtise humaine.

En effet, vu l’époque de sa réalisation, on pourrait apparenter The Candy Snatchers à un shocker tant le calvaire de la pauvre victime (incarnée par la jeune Susan Senett) enterrée vivante, puis exhumée, brutalisée et même violée évoque celui des héroïnes de La dernière maison sur la gauche(1) de Wes Craven (1972). Pourtant, au lieu de se complaire dans le réalisme glauque, le récit se teinte d’un humour noir bienvenu : preuve en est cette scène où les kidnappeurs, décidant de couper un membre de la jeune fille pour l’envoyer à ses parents en guise d’avertissement, se révèlent incapables de la mutiler et préfèrent aller récupérer le membre d’un cadavre dans une morgue, ce qui donne lieu à un petit intermède macabre. Mais l’idée la plus culottée et la plus jubilatoire du film, c’est ce personnage d’enfant, un gamin de huit ans qui assiste à l’enterrement de la lycéenne. De par son statut de voyeur impuissant et de témoin unique du méfait, il a tout de suite l’adhésion du spectateur. Confronté à la stupidité de parents qui le maltraitent, muet de surcroît, il semble pourtant être le seul personnage capable de débloquer la situation. Mais le scénario est bien plus pervers que cela : très vite, le suspense concernant l’espoir que le gamin puisse sauver la jeune fille vacille sous l’impression perturbante que son air angélique ne dissimule pas forcément de bonnes intentions. Ou peut-être est-il justement trop innocent (stupide ?) pour mesurer les conséquences de ses actes ?

Jouant de manière très sadique avec l’identification du spectateur, Guerdon Trueblood signe donc une série noire grinçante et totalement surprenante. La fin, que certains jugeront peut-être un peu too much, a le mérite d’être totalement inattendue et d’aller au bout de la logique d’une œuvre qui flirte plus avec la comédie noire qu’avec le film d’exploitation ultra-violent.

A découvrir.

(1) Le premier long de Wes Craven où deux jeunes filles sont kidnappées par une bande de psychopathes sadiques. Encore aujourd’hui, le film surprend par sa violence malsaine et complaisante.

Par Ludo Z-Man
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Mardi 7 février 2006

 

Tiens, un film australien ! Ca fait longtemps qu’on avait plus eu de nouvelles du cinéma de genre australien, jadis révélé par les films de Peter Weir et par quelques séries B sympathiques au début des années 80 comme Patrick de Richard Franklin ou Turkey Shoot de Brian Trenchard-Smith et même Razorback de Russel Mulcahy qui a fait Highlander ensuite. Dans les années 2000, on avait vu Cut, un slasher calamiteux qui tentait de surfer sur la vague post-Scream. Puis après il y a eu le fantastique néo-zélandais avec bien sur, le tonitruant Peter Jackson mais aussi des perles méconnues comme l’excellent The Ugly de Scott Reynolds et son huis-clos flippant en asile psychiatrique. Je n’ai d’ailleurs jamais vu les autres films de ce cinéaste qui paraissait prometteur.

Wolf Creek, c’est un film d’horreur qui s’est frayé un chemin sur nos écrans grâce, chose étonnante pour un pur produit de genre, à sa présentation au dernier festival de Cannes. C’est le deuxième de son auteur après un ICQ (2001) resté inédit chez nous à ma connaissance. Le Wolf Creek, c’est un cratère, le plus grand du monde que trois jeunes randonneurs sympas (deux filles et un garçon) décident d’aller traverser ensemble. Ils apprendront à se connaître pendant le voyage. Après une introduction inquiétante plaçant le récit sous le signe du fait divers mystérieux, le film sombre dans une décontraction insouciante. Les personnages sont sympathiques, et la mise en scène joue à fond la carte du dépliant touristique, ce qui donne lieu à quelques jolis plans de paysages australiens.

Wolf Creek est, à l’instar du Hostel d’Eli Roth, un des films qui bénéficie chez les goreux de ce qu’on appelle un buzz : en gros, sa réputation flatteuse en faisait une sortie attendue. En même temps, quelques détracteurs déçus avait ici et là fustiger le film et notamment son rythme languissant. En effet, pendant sa première moitié Wolf Creek s’apparente à un simple road-movie paisible. McLean veut jouer sur le sentiment de quiétude et la fascination générée par les lieux traversés afin de signifier l’absence apparente de danger. De plus, il cherche clairement un effet de réel, une volonté d’authenticité : ainsi les personnages ne sont pas des héros de slasher paumés là par hasard, mais vraiment des marcheurs qui aiment ça. Même si il n’échappe pas à certains clichés (discussions entre filles du genre « il est mignon, tu trouves pas ? » ou l’inévitable scène de flirt), le film demeure étrangement prenant, alors qu’il ne s’y passe pas grand chose d’intéressant. Bref, je ne me suis pas ennuyé.

Et puis, enfin, les détails inquiétants surviennent, et là McLean est assez malin, car si son film se voulait réaliste et de plus, inscrit dans une logique de faits divers, les premières manifestations inquiétantes sont d’ordre fantastiques. Montre arrêtée, bagnole qui ne démarre plus, décor de fin du monde, l’ambiance d’étrangeté fonctionne. Puis soudain, la menace va prendre visage humain, et là on va verser dans le survival le plus classique. Rien de bien original donc, mais McLean semble assumer ce respect absolu des codes : plutôt bien vu, la manière dont il déjoue les attentes du spectateurs sur ce qui devient la question centrale du récit « qui va périr/survivre et quand/comment ? ». Étrange pourtant que le film demeure assez conventionnel, au point qu’alors qu’il se veuille parfaitement sérieux et « premier degré », c’est un trait d’humour noir et un clin d’œil parodique au film Crocodile Dundee (rapport au look du tueur) qui donne lieu à la scène la plus percutante.

Au final, Wolf Creek est une série B honnête, qui étrangement, pêche par un excès de respect des règles du genre, un film un  peu sage et trop appliqué. 

Par Ludo Z-Man
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Mercredi 8 février 2006

Après l’énorme succès du Ring d’Hideo Nakata, l’Asie a subi la grande vague de la mode du cinéma fantastique et la Corée du Sud et sa production très dynamique n’y a pas réchappé. Toute une série d’avatars ont surgi jusqu’à un remake local : Ring Virus réalisé en 1999. Phone, le film qui nous intéresse aujourd’hui s’inscrit clairement dans cette lignée. La séquence d’ouverture nous place en terrain balisé : une jeune femme rentre chez elle et prend l’ascenseur de son immeuble. L’ascenseur s’arrête et soudain son téléphone cellulaire sonne. Au bout du fil, une sorte de grondement strident et angoissant. Les néons se mettent à clignoter : la pauvre femme comprend qu’elle a pris un ascenseur pour l’enfer.

Avec une telle intro, c’est évidemment l’impression de déjà-vu qui assaille le spectateur. Ascenseur à la Dark Water, sonnerie de téléphone mortelle à la Ring, on nage en plein petit Nakata illustré. Le suspense est donc de savoir si nous avons affaire à un film de pur copiste ou bien si Phone va réussir à se singulariser vis à vis de son modèle. Voilà de quoi il en retourne : une jeune journaliste tente de se retirer après avoir reçu des menaces suite à un article compromettant dont elle était l’auteur sur un affaire de professeurs ayant des liaisons avec leurs élèves. Un jour, elle se met, elle aussi, à entendre des sons étranges dans son téléphone portable et à voir des apparitions fantomatiques. La petite fille âgée de 8 ans d’une de ses amies en vient à décrocher accidentellement le téléphone en question et change brusquement de comportement. Elle devient comme possédée.

A l’instar du Kairo de Kyoshi Kurosawa, le Mal passe ici par les objets technologiques du quotidien : cellulaires, ordinateurs. Très vite, on comprend que l’esprit frappeur du film se sert du téléphone pour transmettre sa malédiction. Après une mise en bouche très classique, lé récit prend la forme d’une enquête afin de reconstituer les pièces du puzzle. La mise en scène reste conventionnelle : le film baigne dans une atmosphère essentiellement nocturne servie par une photo bleutée plutôt soignée. Byeong-ki Ahn ne se singularise pas quand il s’agit de faire monter la tension : les apparitions fantomatiques restent banales malgré quelques jeux astucieux sur les reflets. Quant à la gamine possédée, rien de bien original non plus, si ce n’est ce détail troublant sur le fait qu’elle dit être « amoureuse » de son propre père. Une idée intéressante, un peu noyée par le jeu outrancièrement hystérique de la petite fille.

Puis, dans le dernier tiers, le récit recolle les morceaux à grands coups de longs flash-backs : en gros, une histoire d’amour contrariée qui aboutit sur une vengeance surnaturelle. Là aussi, on est dans la banalité la plus totale, renforcée par une narration lourdement explicative. On se souviendra avec quelle désinvolture et quelle rapidité Nakata expédiait les moments explicatifs de son Dark Water : c’était gonflé mais en fait très judicieux. Dans Phone, ça passe pour du remplissage, comme si le film n’avait, à ce stade là, plus grand chose à raconter. Le dénouement paraît alors plutôt bâclé : dommage car on a droit à un final avec un zombie assez réussi et joli à regarder. Mais c’est peu dire que la terreur reste aux abonnés absents, et le film tombe à l’eau lors d’un dernier plan totalement ridicule, qui achève de laisser le sentiment qu’on vient de voir un produit de série tout à fait banal et inoffensif.

Par Ludo Z-Man
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