RECTUMA de Mark Pirro (2004)

Publié le par Ludo Z-Man

Je passe une petite annonce officielle : si un jour, un lecteur sympa qui passe par là a la possibilité de rentrer dans l’antre du Marché international du film de Cannes et qu’il se sent une âme charitable de m’y incruster, qu’il me contacte, je lui en serais reconnaissant pour longtemps. C’est fait pour moi, le Marché du Film, un jour un ami me dit : « j’ai vu une bande annonce, tu vas adorer j’en suis sur, c’était à Cannes au marché, un film avec un cul géant ». Vous apprécierez au passage la réputation que je me tape auprès de mes proches. Le film en question, c’était Rectuma, film dont plus personne n’a osé parlé depuis, sans doute terrifié à l’idée de relever le défi impossible de commenter cette œuvre sans verser dans les excès de langage déplacés et dans les plaisanteries scatologiques douteuses. Amis du bon goût qui se seraient égarés là par hasard, par avance, désolé pour vous.


Rectuma s’ouvre sur un générique musical où deux lilliputiennes (sans doute en hommage aux jumelles de Mothra contre Godzilla) nous chantent que l’histoire qu’elles vont nous raconter est parfaitement authentique et si nous ne les croyons pas, nous avons qu’à aller nous faire f… mais pas de grossièreté s’il vous plait. Cette histoire, c’est celle de Waldo, qui lors d’un voyage au Mexique avec sa femme, se fait violer sur la plage par une grenouille sodomite, une espèce locale donc, ce qui lui laisse d’étranges séquelles dont des crises de flatulences malvenues. Son proctologue, ayant diagnostiqué une inquiétante hypertrophie de la prostate, lui conseille de se faire soigner par un savant japonais spécialisé qui tente de le guérir avec une sorte de substance radioactive introduite sous forme de suppositoire vert fluorescent. Manque de pot, le traitement à des effets secondaires, Waldo va voir son postérieur muter en un monstre radioactif dont les premières victimes seront l’épouse de Waldo et son amant. En suivant la traînée de matière fécale laissée sur les lieux du crime, deux détectives retrouvent bientôt la piste de Waldo. Mais la vérité sera plus dure à avaler. Voilà, maintenant que vous avez lu ce résumé (fidèle au film et pourtant garanti sans grossièretés ni jeu de mots douteux), posez-vous cette question : est-ce que ça vous a donné envie de voir ce film ? N’hésitez pas à me répondre dans les commentaires, je suis du genre curieux.


Tourné en vidéo avec un budget anémique, Rectuma est une parodie conceptuelle de films de monstres dont le seul mérite est d’oser tout et n’importe quoi avec un aplomb sans faille pour un résultat qui laisse souvent sans voix. Alors que le gag aurait pu prendre la forme d’un canular sous forme de faux trailer balancé sur YouTube pour épater la galerie, Mark Pirro a osé en faire un film de 90 minutes, le genre de mauvaise idée typique transformée en longue blague pas drôle. Visant un registre humoristique qui ferait passer une production Troma pour du Lubitsch (même la bite tueuse du récent Pervert ! sorti récemment en DVD chez Neo Publishing ne fait pas le poids), Rectuma se paie le luxe d’être non seulement assez hypnotique dans son genre et même honteusement, d’arriver à faire fonctionner nos zygomatiques à l’usure en quelque sorte. Alors que je ne m’attendais même pas à une plaisanterie digne d’un sourire, je me surpris à rire à cette idée sympathique qui consiste à doubler le dialogue du personnage de l’expert japonais de manière volontairement désastreuse et jamais synchrone. Ca devient amusant quand on constate que les autres personnages se rendent compte eux aussi de la mauvaise synchro et le regardent tous bizarrement pour essayer de comprendre pourquoi il parle quand même alors que sa bouche est encore fermée et inversement. Cet humour parodique est pratiqué tout du long avec une balourdise certaine (toute la partie du film qui parodie Le silence des agneaux est incroyablement navrante), tandis que le film bat des records de mocheté sur le plan visuel, à coups de raccords douteux et d’incrustations immondes qui constituent une véritable agression pour les yeux. En arrivant à un niveau de débilité ou sa vision devient une expérience traumatique à part entière, cet hymne ultime à la régression au stade anal, ce prototype unique de kaiju-eiga prout-caca s’impose assez facilement comme l’un des films les plus vulgaires jamais conçus.


Sur ce, bonne année 2008 !

Publié dans série bis

Commenter cet article

ninik 24/01/2008 02:22

Eh ben ! Ca donne envie quand même !Pervert ! aussi est génial...

Dr Orlof 07/01/2008 18:56

Voilà le genre de film qu'on rêve de voir. Mais comment faire pour se le procurer???

Ludo Z-Man 08/01/2008 14:28

Pas de DVD francais pour l'instant mais peut étre des éditeurs se dévoureont car quand on voit les étrons qui sortent parfois, Rectuma ne ferait pas si tache que cela...Vou pouvez admirer la bande annonce ici-même :