THE TOOLBOX MURDERS de Tobe Hooper (2004)

Publié le par Ludo Z-Man

La dernière fois qu’on a causé de Tobe Hooper sur Série Bis, c’était pour en dire du bien, lui qu’on considère comme le cinéaste d’un seul film (mais quel film ! donc du coup difficile de pas avoir une certaine sympathie pour lui), on avait reparlé de son Massacre à la tronçonneuse 2 et même s’il n’est pas à la hauteur de son illustre prédécesseur, et bien, on a rappelé que c’était quand même très bien. Mais ça n’allait pas durer, car la dernière fois qu’on croisé Tobe Hooper, c’était à l’occasion de sa participation à la collection des Masters of Horror et le moins qu’on puisse dire, chers amis, c’est que c’était pas la joie, deux épisodes, deux plantades en beauté, malgré des sujets intéressants à chaque fois (une sorte de cauchemar apocalyptique pour le premier et pour le second un script de Richard Matheson sur une malédiction qui s’abat sur une petite ville des Etats Unis), Hooper nous a servi une bouillie innommable, d’une lourdeur indigeste. Si son dernier film, Mortuary, avait échoué par hasard dans nos salles, son précédant, ce Toolbox Murders ne trouvera guère preneur et attendra ainsi trois ans avant de sortir direct en DVD, on appelle ça les aléas mystérieux de la distribution des films de genres en France (vous connaissez le refrain…).


Car au fond, en voyant les premières secondes de ce Toolbox Murders, on pense immanquablement à Mortuary, avec son look de pur produit de série B qui semble dénué de toute ambition. Et pour Toolbox Murders, c’est encore plus flagrant quand on sait qu’il s’agit là d’un remake d’un obscur slasher homonyme de 1978 inédit chez nous, datant de cette divine époque où les scénaristes trouvaient leur inspiration dans les rayons de Mr. Bricolage en imaginant cette histoire d’un tueur à la boite à outils, le mec c’est Castorama à lui tout seul, sauf que le marteau ou la foreuse ont une toute autre utilité. Le film originel, je ne l’ai certes pas vu, mais vous avouerez que de là à en faire un remake, il y a sans doute plus original comme projet. Peu importe : notre ami Tobe Hooper s’y colle, ce qui est comique quand on sait que le producteur de l’original avouait à l’époque ouvertement vouloir exploiter le succès de Massacre à la tronçonneuse. Nell et son mari emménagent dans un vieil immeuble immense et un peu glauque prés d’Hollywood parce qu’ils n’ont pas l’air d’avoir trouvé mieux. Tandis que le jeune homme gagne sa croûte en travaillant comme un forcené à l’hôpital, Nell reste à la maison s’occuper de l’emménagement, mais très vite l’endroit et la solitude la plonge dans un état de malaise. Elle se met à voir des choses étranges partout et tout le monde la prend pour une folle. Pourtant le spectateur sait qu’un tueur rode. En fait, il y a quelque chose d’assez amusant déjà dans le scénario, car le tueur intervient bien de manière régulière, ses apparitions scandant le film comme dans tous slasher qui se respecte. Mais au fond, le film s’avère être un thriller en appartement, l’immeuble devenant un personnage à part entière dont notre héroïne va découvrir les nombreux mystères, se précipitant vers le danger comme pour tromper sa solitude. Les personnages secondaires n’ayant au fond que peu de consistance, les meurtres ne sont que comme un pur programme qui structure l’intrigue, le mystère fait autour de l’identité du tueur n’étant que pure foutaise (même si ça donne lieu à une pirouette rigolote vers la fin). 


Alors on pourrait dire aussi que tout cela n’est pas génialement bien écrit, mais surprise, la manière dont Hooper emballe son film, en injectant par à coups de la tension dans la grande carcasse décharnée qui sert de colonne vertébrale au récit, s’avère payante. Le rythme est fluide, la topographie de l’immeuble est plutôt bien mise en valeur (je ne suis pas fan par contre de la photo verdâtre, c’est un peu trop attendu genre « voyez comme c’est glauque ») et des que nous pénétrons dans les endroits secrets du lieu, Toolbox Murders retrouve au fond l’horreur carnavalesque qui donnait déjà à certains des meilleurs films de Hooper les allures d’un grand tour de train fantôme où le mouvement et la vitesse importe plus qu’un récit qui comme l’immeuble du film n’est qu’un puits sans fond où les cadavres émergent des placards et les monstres surgissent de derrière les murs. A ce titre, le choix d’Angela Bettis pour jouer cette héroïne qui passe pour une folle dans cet appartement peuplé de freaks est un très bon choix. Outre que je l’aime bien, elle dégage pas mal d’énergie et de douceur et son physique pas banal, pas toujours très belle mais jamais vraiment laide non plus, fonctionne assez bien. Sheri Moon Zombie se fait trucider au début et on croise en voisine de palier un autre physique bizarre, Juliet Landau, la fille de Martin Landau, je me souvenais d’elle parce qu’elle jouait dans le Ed Wood de Tim Burton. Il est donc étonnant de constater que sur un produit aussi peu ambitieux et personnel que celui-là, Hooper signe non seulement un film de très honnête facture mais même un de ses meilleurs films récents, qui arrive à transcender un matériau limite Z, pour nous laisser espérer peut-être qu’un jour il retrouve les fulgurances de Fun House ou de Poltergeist.     

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Raskolnikov 17/01/2008 17:08

Bonjour,

Juste une petite précison concernat les Masters Of Horror. C'est le premier épisode réalisé par Hooper qui est adapté de Richard Matheson, celui avec Robert Englund, mais pas le Matheson de Je suis une légende, son fils, Richar Christian. Voili voilou.

Ludo Z-Man 18/01/2008 18:08

Oui, c'est Matheson fils en effet, merci, Raskolnikov, pour cette interessante rectification, et il a aussi participé à l'écriture de l'autre épisode (The Dammed Thing) bien que cette histoire ne soit pas basée sur une de ses nouvelles.

Mariaque 10/01/2008 09:02

Partagerais aussi votre enthousiasme modéré mais réel devant ce titre. Me suis d'ailleurs permis de vous mettre en lien sur ma récente chronique d'icelui.

Dr Orlof 03/01/2008 13:08

Bon, Ludo, ce n'est pas tout ça mais il va falloir s'y remettre!!Bonne année à toi et à très bientôt...

Ludo Z-Man 05/01/2008 16:16

Merci à toi !