L’ETRANGE CREATURE DU LAC NOIR de Jack Arnold (1954)

Publié le par Ludo Z-Man

Dans la série « je fais le mec qui s’y connaît mais j’ai même pas vu les grands classiques », j’ai découvert récemment ce fameux film de Jack Arnold, l’un des artisans les plus mythiques de la série B américaine des années 50. C’est tardivement que j’avais vu en salles ce qui semble être sa plus brillante réussite, L’homme qui rétrécit, film qui demeure d’une efficacité assez remarquable grâce à des effets spéciaux qui ont vraiment bien résistés à l’épreuve du temps et au script intelligent de Ray Bradbury. L’étrange créature du lac noir vient tardivement s’ajouter au bestiaire des monstres qui ont hanté les productions Universal dés l’age d’or du cinéma d’épouvante dans les années 30. Conçue comme une pure série B, le film deviendra au fil des années un classique connu pour plein de raisons très diverses. Un de ses titres de gloire est de toucher la corde sensible de Marilyn Monroe dans la scène la plus mythique d’un autre grand classique du cinéma, Sept ans de réflexion de Billy Wilder. Chez nous, le film de Jack Arnold est célèbre pour avoir donner lieu à la première expérience de diffusion en 3D à la télévision française dans la défunte émission de Patrick Brion et Eddy Mitchell, La Dernière Séance. Son succès commercial fut suffisant pour motiver la mise en route de deux suites tournées respectivement en 1955 et 1956.


Le point de départ du récit est une expédition en Amazonie qui aboutit sur la découverte du fossile d’une patte d’un animal inconnu. Une autre expédition est alors organisée avec plusieurs prestigieux scientifiques, mais l’opération tourne au cauchemar quand l’équipe découvre que les autochtones chargés de garder le camp ont été tous sauvagement massacrés. Le groupe de scientifiques se retrouve donc en milieu hostile et ils vont affronter un monstre particulièrement dangereux. Même s’il amène le postulat du monstre aquatique, L’étrange créature du lac noir respecte en tous points les codes du genre hérités en somme de King Kong en délivrant au spectateur sa dose d’exotisme, d’aventures, d’érotisme et de terreur. Le lieu de l’action reste quasiment le même du début à la fin du film enfermant les protagonistes dans un coin de jungle, où le monstre rode et peut apparaître à n’importe quel moment. Si sa présence est suggérée pendant le premier tiers du film, il apparaît vite au grand jour, devenant un personnage à part entière, par le biais d’une apparence suffisamment soignée pour ne pas verser dans le ridicule. Le développement du récit et des personnages reste assez classique, doublé d’une sous-intrigue sentimentale autour du seul personnage féminin de l’équipage interprétée par Julie Adams qui en se promenant en tenue légère à certains moment assure l’indispensable quota de sensualité nécessaire à l’ambiance moite du film. Notre homme-poisson lui-même n’y sera pas insensible, on s’en doute bien, ce qui nous emmène là aussi vers le terrain bien connu du monstre attiré par une charmante créature que nos héros devront sauver en allant la chercher dans la tanière du méchant mutant.


Avec ses scientifiques aventuriers, sa demoiselle en détresse et son monstre sauvage, le film de Jack Arnold demeure d’un classicisme absolu mais qui prouve malgré tout le savoir-faire technique imparable de son réalisateur. Comme je m’en étais déjà émerveillé sur L’homme qui rétrécit, je ne pouvais que constater ici l’efficacité de la mise en scène qui impressionne encore aujourd’hui. Outre le soin apporté aux décors et aux costumes comme je l’ai déjà mentionné, l’ingéniosité technique des scènes sous-marines est stupéfiante et ces morceaux d’anthologie riches en suspense et en action sont d’un réalisme étonnant et qui n’a franchement pas pris une ride. Il manque malgré tout à l’ensemble pour moi le petit grain de folie qui en ferait un chef d’œuvre et qui me toucherait plus directement (par exemple, la noirceur et l’émotion de L’homme qui rétrécit qui atteignaient leur paroxysme dans un dénouement des plus déconcertants). Peut-être trop prévisible pour être aussi marquant aujourd’hui, sans doute aussi victime d’avoir inspiré tant de films depuis (pas forcément meilleurs par ailleurs, je pense au Continent des hommes-poissons de Sergio Martino par exemple, franchement kitsch lui), L’étrange créature du lac noir mérite quand même assez bien sa réputation de classique du genre, de série B solide et habile, troussée par un faiseur talentueux.

Publié dans série bis

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ninik 26/01/2008 03:17

Moi je l'aime bien, le retour de la créature du lagon. Bon, rien à voir avec la géniallisime bd, mais niveau nanardise c'est assez énorme je trouve (le duel de monstres par exemple, les dialogues tout ça !)

Dr Orlof 19/12/2007 19:58

Euh, je parlais du remake de "l'étrange créature du lac noir" : je devrais relire mes commentaires avant de les poster!

Ludo Z-Man 20/12/2007 10:15

Cela dit, le film de Wes Craven est moins un remake de celui de Jack Arnold que l'adaptation de la bande dessinée Swamp Thing, un comic crée dans les années 70 par Len Wein et Berni Wrightson chez DC comics. Le Swamp Thing de Wes Craven aura même droit à une suite bien pourrie, Revenge of Swamp Thing, réalisée par l'impayable Jim Wynorsky, dont j'avais chroniqué ici-même l'épouvantable Cheerleader Massacre.

Dr Orlof 19/12/2007 19:57

Pas vu ce film mais Tarantula est effectivement assez amusant sans valoir le chef-d'oeuvre d'Arnold : L'homme qui rétrécit. Par contre, l'es pèce de remake  (Swamp thing) réalisé par Wes Craven est assez calamiteux!

mariaque 16/12/2007 15:17

Directe, naïve et économe, modeste et efficace à la fois, pleine certes de tous les tics de la SF d’époque (que ce soit dans le fond (benoîts et fauchés scientifiques frappés d’enthousiasme aigu contre chasseurs volontiers inconscients) ou dans la forme (hors-champs, effets sommaires et répétitifs)) mais enrobée en retour d’une poésie certaine (ainsi que d’un évident sens érotique et vénéneusement émouvant) pas si étrangère à celle des Tarzan première manière, la pépite de Jack Arnold, pièce culte de l’Histoire de la Télévision Française (remember la 3D de La Dernière Séance ?), jalon quasi-fondateur pour les plus prolifiques artisans du genre futur (Stephen King, Joe Dante,…), ne sait décidément pas prendre la moindre ride (idem de sa Tarantula ou de son Homme Qui Rétrécit). Y sont pour quelque chose sans doute ce prodigieux N&B, net et lumineux, servant avec précision des décors opérants et fichtrement immersifs (les plans sous-marins sont tout bonnement renversants), mais aussi cette patine un rien coloniale (bêtement rassurante) et le vent chargé de désirs qui fait naître et bruire tant de grisantes vaguelettes sur cette trouble Amazone, théâtre aquatique d’une version plus ouvertement sexuée - et aqueuse donc - qu’à l’accoutumée d'un King Kong amphibien !
Une perle indémodable, pittoresque et volontiers kitsch (le lagon en question, donné pour noir, est en réalité un véritable eden hollywoodien hygiéniste fort peu réaliste), dominée par une Julia Adams plus hypnotique encore que l’étrange bébête (inspirée par une statuette d’Oscar et d’obédience résolument anti-gothique) - sur laquelle Marilyn Monroe s’apitoie d’ailleurs dans 7 ans de Réflexion (avant que sa robe ne s’envole pour la postérité !) -, assumant un revivalisme vaguement conandoylien matiné d’inquiétude écolo so 50’s, et de refoulement –donc- total-freudien. Rien que ça.

Ludo Z-Man 19/12/2007 16:57

J'essayerais de combler les lacunes en voyant Tarantula et aussi Le météor de la nuit qui m'intrigue beaucoup...