ERRANCES ET EGAREMENTS VIDEOPHILES DU WEEK END vol. 5 : Motos-psychos, born to be wild !

Publié le par Ludo Z-Man

Bien avant que les bikers deviennent les symboles de la liberté triomphante et des idéaux peace and love du cinéma de la fin des années 60 grâce à Easy Rider, les bad boys en motos avaient plutôt une réputation sulfureuse que le cinéma d’exploitation ne manqua pas d’immortaliser. Evidemment, LE film ultime sur le sujet, ce reste de toute façon le Scorpio Rising de Kenneth Anger, documentaire halluciné sur l’univers des motards, le fétichisme des machines chromées sur fond de svastika et d’imagerie blasphématoire. C’est d’ailleurs une introduction idéale à toute la mythologie des bikers que tant de séries B ou Z exploiteront par la suite, non sans outrepasser très largement les limites du ridicule. Après le précurseur Motor Psycho (1965) de Russ Meyer où des motards sèment la panique dans un coin paumé des Etats Unis rempli de bouseux arriérés et de créatures plantureuses, c’est Wild Angels (1966) de Roger Corman avec Peter Fonda qui lance la mode du genre grâce à un gros succès commercial.


C’est en 1957 que Sonny Barger fonde à Oakland en Californie le Hell’s Angels Motorcycle Club dont l’un des faits d’armes sera tristement immortalisé au cinéma dans le documentaire Gimme Shelter, retraçant le tragique concert des Rolling Stones au festival d’Altamont en 1969 qui vit la mort d’un des spectateurs, poignardé par un des Hell’s Angels qui avait été engagé par les Stones pour assurer le service d’ordre. Auparavant, le leader des Hell’s Angels apparaîtra dans deux longs métrages de fiction surfant ouvertement sur le succès du Wild Angels de Roger Corman. Hell’s Angels 69 de Lee Madden raconte l’histoire de deux frangins pétés de thunes qui décide de tromper leur ennui en commettant un casse à Las Vegas, comme ça, pour la beauté du geste. Ils décident de s’infiltrer dans le gang des Hell’s Angels afin d’exploiter leur complicité pour réussir le casse. Curieusement, le film n’exploite jamais vraiment son idée de départ, à savoir l’opposition intéressante entre ces deux héros assez antipathiques en fait, venus d’une classe sociale aisée et qui se confrontent à une bande de marginaux dont les valeurs sont radicalement opposées. Au lieu de ça, nous assistons à un film curieux, avec d’abord une histoire de casse, puis une course poursuite dans le désert qui solde la revanche des bikers. Jamais suffisamment haletant et surtout souffrant d’un rythme assez mou, Hell’s Angels 69 ne m’a du coup guère captivé et ne semblait trouver son intérêt que dans l’aspect documentaire lié à l’idée de filmer de vrais Hell’s Angels et de les faire jouer leur propre rôle. Sur cet aspect là, Hell’s Angels on Wheels réalisé en 1967 par Richard Rush (oui, oui, celui qui a réalisé Color of Night, film pour lequel certains de mes lecteurs les plus pervers auraient une petite affection) s’avère d’ailleurs plus sympathique, la quasi-totalité du métrage, toujours placé sous le parrainage de Sonny Barger qui fait une apparition au tout début, est consacré aux activités essentielles d’un Hell’s Angels, boire, faire la fête, se bastonner dans les bars et foutre la zone dans les fêtes foraines. Autant dire malgré tout que les agissements sulfureux de ces motards ont perdu de leur impact tant, même si l’un d’eux commet un meurtre à un moment du film, ils n’ont l’air tout au plus qu’une bande de joyeux drilles et l’ambiance gentiment psychédélique du film, rythmé par la bande son groovy de Stu Phillips, n’arrange rien à l’affaire. Plus fun encore, le héros non initié qui va entrer plus ou moins malgré lui dans la bande des bikers, c’est quand même un certain Jack Nicholson, periode pré-Easy Rider, c’est plutôt amusant de le voir ici dans le rôle du Poète, une espèce de loser un peu paumé, qui fuit son boulot ennuyeux de pompiste pour s’embarquer avec la bande des bikers, un rôle pas si éloigné que celui qu’il aura dans Five Easy Pieces de Bob Rafelson. Il faut le voir un peu ahuri lors d’une scène de fête où les motards s’essaient au body-painting sur une jolie fille toute nue. Malheureusement, l’intrigue, un triangle amoureux entre le Poéte, le chef de la bande et une jeune femme, tourne court, jusqu’à un dénouement abrupt qui laisse perplexe. Assez kitsch et somme toute assez gentillets, ces films ne sont donc que des petites curiosités auquel l’atmosphère sixties confère un charme malgré tout bien futile.       


Par la suite, d’autres films tenteront de renouveler le genre, on en reparlera peut-être mais pour vous allécher, je vous laisse saliver sur des titres tels que She Devils on Wheels de Herschell Gordon Lewis, une version féminine du genre avec des bikeuses pas contentes, Satan’s Sadists d’Al Adamson, The Black Angels de Laurence Merrick, une version blaxploitation comme il se doit et même Werewolves on Wheels de Michel Levesque, un sacré concept que ces loups-garous bikers, franchement il fallait oser.

Parmi les avatars très dégénérés du film de motards, on trouve par exemple un très curieux The Undertaker and His Pals réalisé en 1966 par T.L.P Swicegood et qui nous raconte les atrocités commises par un gang de motards en cuir noir qui se balade en ville la nuit pour perpétrer des crimes barbares. En fait, la vraie curiosité de cette bande grand-guignolesque est d’être un des tout premiers avatars de la vague gore lancée par le Blood Feast d’Herschell Gordon Lewis. Les psychopathes s’en donnent en effet à cœur joie puisque de frêles créatures meurent tour à tour poignardées, empalées et/ou découpées en morceau, les premières effusions de sang étant mises en valeur par un passage du film du sépia à la couleur. Mais le plus étrange reste la claire tonalité comique donnée au film et qui fait basculer le métrage dans le n’importe quoi le plus total. Si les films de Gordon Lewis témoignaient déjà d’une certaine forme d’autodérision (plus ou moins volontaire diraient les mauvaises langues), ici on patauge dans le burlesque poids lourd qui égaye les péripéties macabres de cette histoire pour le moins surréaliste, où l’on croise un croque-mort sans scrupules, un détective qui se prend très au sérieux et des restaurateurs qui expérimentent de drôles de recettes à base de chair humaine. Si certaines touches d’humour font vaguement sourire, cette orientation burlesque très marquée finit par alourdir un film qui, vous vous en doutez, reste quand même une série Z aux qualités cinématographiques plus qu’approximatives avec des acteurs totalement en roue libre. Paradoxalement, la volonté de tirer le récit vers la comédie rend le film bien moins sympathique que ceux d’Herschell Gordon Lewis, auxquels une désinvolture goguenarde apportait un certain charme. Par contre, la bande annonce est assez amusante, je vous laisse apprécier.


Mais on frise carrément l’accident de moto avec l’effroyable
Wrong Way réalisé en 1972 par Ray Williams, shocker minable à base de motards pervers et de hippies défoncés, qui évoque une version foireuse du Last House on the Left de Wes Craven. Une bande de pervers s’acoquine avec des bikers pour trouver de la drogue et prennent en otage deux gentilles filles, tombées en panne alors qu’elle partaient en balade, afin de leur faire subir les derniers outrages. On nage ici dans les abysses du sexploitation avec cette série Z crapoteuse et glauquissime dont le point d’orgue demeure une aberrante scène de gang-bang pratiquée sur le bord d’une route de campagne et qui occupe à elle seule le tiers du métrage. Quasiment impossible à regarder à vitesse normale (et dotée d’une des BO les plus inaudibles que je connaisse), Wrong Way porte pourtant merveilleusement bien son titre car il nous réserve une ultime audace qui est celle de changer d’intrigue à un quart d’heure de la fin (un couple de loubard qu’on avait jamais vu jusqu’alors deviennent brusquement les personnages principaux du film) avec pour seule raison apparente de nous gratifier d’une ultime scène érotique dans un motel miteux. La scène où les deux pauvres filles, après avoir été violées et brutalisées de toutes les manières possibles, demandent à leurs bourreaux de les ramener chez elles, parce que bon, c’est salaud de les laisser comme ça au milieu de nulle part et qu’elles vont être en retard pour le souper, dépasse toutes les limites de la débilité. Le cinéaste Ray Williams reste inconnu au bataillon et dans un sens, cela vaut mieux pour vous.

Publié dans série bis

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