SPIDER BABY de Jack Hill (1964)

Publié le par Ludo Z-Man

Réjouissons-nous, il nous reste encore bien des films et des cinéastes à (re)découvrir dans le monde étrange du cinéma bis. Difficile, par exemple, de ne pas entendre un jour parler de Jack Hill, cinéaste paradoxalement discret à la carrière relativement éphémère, qui pourtant a marqué l’age d’or du cinéma d’exploitation américain. Le bonhomme provient en plus de l’écurie Corman (décidément) et c’est grâce à lui qu’il débuta sa carrière dans un certain anonymat, il faut le dire, il réalisa d’ailleurs des séquences du fameux The Terror, opus bien particulier de la carrière de Corman car si ce dernier est bien crédité comme réalisateur, le film fut tour à tour mis en scène par Jack Hill mais aussi par Francis Ford Coppola, Monte Hellman et même Jack Nicholson, bien que ce ne soit pas précisé au générique. Cela dit, si d’autres cinéastes de l’école Corman connurent la carrière que l’on sait, Jack Hill, lui, resta un artisan de la série B, avec beaucoup de succès par ailleurs, surtout en pleine explosion de la blaxploitation ou il signe un de ses films les plus célèbres, Coffy la panthère noire de Harlem, polar violent avec la volcanique Pam Grier (j’en reparlerais sans doute prochainement). Spider baby est un des premiers films totalement personnels de Hill, ce qui ne fut pas sans problème pour lui. Bien content et surpris que des producteurs lui accordent un budget de 65000 dollars et douze jours de tournage pour filmer ce petit film d’horreur dont le titre initial était Cannibal Orgy, or The Maddest Story Ever Told (ça en jette, y’a pas à dire !), il ne se doutait guère que leur société ferait faillite et que le film se retrouverait dans des cartons, attendant quatre années avant d’atterrir dans les salles sous le titre Spider Baby. 

Dans une vieille maison en ruine, une étrange famille composée de deux jeunes filles délurées et de leur grand frère attardé vit depuis des années, sous la tutelle d’un chauffeur, Bruno, qui prend soin d’eux depuis la mort de leurs parents. Leur vie paisible agrémentée de jeux enfantins, des fantaisies de leur age en somme comme narguer le facteur du coin pour le tuer ensuite, est bientôt perturbée par l’arrivée inopinée de membres lointains de la famille et d’un avocat qui voudraient bien récupérer la propriété. Ce qui frappe d’abord dans Spider Baby et qui fait qu’on rentre très vite et très agréablement dans le film, c’est la manière dont Jack Hill installe rapidement et très efficacement une atmosphère macabre totalement réussie. Cette maison paumée dans un trou perdu dégage un climat d’épouvante gothique, merveilleusement mis en valeur par le noir et blanc, et dans lequel on plonge avec délice. Mais là où le film surprend et tire son épingle du jeu, c’est comment le récit se teinte vite d’un humour noir particulièrement étonnant qui permet alors d’échapper au sérieux un peu guindé du fantastique classique pour aller vers quelque chose de bien plus insolite. Bien qu’ayant tout du film d’épouvante typiquement sixties (Spider Baby ne verse jamais dans le gore par exemple), il apparaît d’un ton très moderne à la fois complétement étrange et très ironique. Les moments les plus jouissifs sont ceux où justement le rire côtoient l’angoisse et où l’univers du film semble contaminé par une vraie folie, ce qui donne lieu à quelques scènes joliment barges et effrayantes (je vous en laisse la surprise car certaines idées valent vraiment le coup de laisser le charme de la découverte intact). L’épilogue permet aussi de détourner un dénouement somme toute tout ce qu’il y a de plus classique pour en faire une pirouette finale à l’humour mordant.

L’interprétation est aussi un des points forts du film, Jill Banner, Beverly Washburn, Sid Haig (futur génialissime Capitaine Spaulding dans les deux premiers films de Rob Zombie) et Lon Chaney Jr. s’en donnent à cœur joie quand il s’agit de donner vie à cette famille de dégénérés furieux qui vous l’aurez compris en a depuis inspirés bien d’autres. Vous lirez sans doute souvent que Spider Baby traîne une réputation de film culte et ça tient sans doute au fait qu’on a un peu l’impression de voir avec le recul une œuvre matricielle, dont beaucoup d’idées se retrouvent dans des classiques du cinéma d’horreur moderne que le genre recycle aujourd’hui ad nauseam. Ce n’est pas forcément un avantage pour le film qui peut aussi dégager une certaine impression de déjà-vu à posteriori si vous voyez ce que je veux dire. Les défauts du métrage en sont d’autant plus flagrant, comme par exemple ce gros ventre mou en milieu de film qui plombe un peu le rythme de l’ensemble avant le final. Il ne faut peut-être pas s’attendre non plus à un chef d’œuvre méconnu où à un OVNI cinématographique génial (comme le fascinant Carnival of Souls sorti il y a peu en DVD). Mais que cela ne vous décourage pas de visionner ce Spider Baby, véritable curiosité et petit plaisir fort recommandable.     

Publié dans série bis

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