LES BRULANTES (99 FEMMES) de Jess Franco (1969)

Publié le par Ludo Z-Man

Il me tardait de retrouver la filmographie de ce bon vieux Jess Franco afin de découvrir une œuvre que je ne connaissais pas, 99 Women, ni plus ni moins que le tout premier WIP de son auteur, ce qui est quand même quelque chose. Vous ferais-je l’offense, cher(s) lecteur(s), de vous rappeler que le Women in Prison, le film de prison de femme, avec son cortège de clichés et de fantasmes crapoteux, fut l’un des sous-genres les plus sulfureux de l’histoire du cinéma d’exploitation. Or, ce film de Franco fut carrément l’un des précurseurs par un cinéaste qui en suite retrouvera le genre assez souvent. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que 99 femmes contient tous les ingrédients nécessaires : un groupe de jeunes femmes est donc enfermé dans un camp de travaux forcés dirigé d’une main de fer par une patronne machiavélique et sadique qui sert la soupe à un gouverneur pourri jusqu’à l’os qui n’hésite pas à se servir de certaines prisonnières pour assouvir ses petites envies. Ce couple diabolique voit malgré ses agissements tempérés par l’arrivée d’une enquêtrice envoyée par le gouvernement, alerté par la mort suspecte de plusieurs des prisonnières.


Pour comprendre un peu l’évolution de Franco, il faut aussi voir grace à qui il réussit à tourner selon les périodes de sa carrière. En l’occurrence, en 1969, Franco travaille avec le producteur Harry Alan Towers, qui bossait beaucoup pour la télévision mais qui fit plein de films de série B dans les années 60 (en particulier la série des Fu Manchu) et ce fut une période faste pour Franco, Towers ne donnant certes pas dans la superproduction mais les budgets étaient confortables et les co-productions internationales permettaient des castings prestigieux. Rien à voir avec les séries Z fauchées que Franco tourna en France au début des années 80. 99 Women bénéficie donc de moyens raisonnables, ce qui permet à Franco de nous offrir un spectacle soigné mais presque sans surprise. C’est aussi sans doute pour cette raison que ce n’est absolument le film d’exploitation crasseux et sordide qu’on peut attendre quand on voit un WIP, ici nous avons à faire à une série B extrêmement classique, avec sa dose d’action, de violence et d’érotisme, le tout solidement emballé pour viser l’efficacité avant tout. Le décor aride permet à Franco de créer une ambiance « western au féminin » tandis que la toute fin, une longue course poursuite en foret assure le quota d’aventure et d’action. Très premier degré, le casting s’en donne à cœur joie. Deux monstres, Herbert Lom (le chef de Peter Sellers dans La Panthère Rose) et Mercedes McCambridge, en font des tonnes dans leurs rôles de méchants autoritaires et sadiques. Maria Rohm (qui était l’épouse d’Harry Alan Towers et qui tourna dans d’autres films de Franco) apporte sa blondeur au personnage de Mary, l’héroïne innocente et courageuse, tandis que l’actrice espagnole Eliza Montes, belle brune se baladant souvent en bas sexy dans sa cellule (!!!), incarne l’inévitable personnage de la prisonnière sensuelle, sauvage, ambiguë et rebelle.


En fait, s’il incarne le stéréotype du film d’exploitation, avec tous les éléments d’un genre typique de l’age d’or du cinéma bis, 99 Women est dans la carrière de Franco un film un peu bâtard, un film de transition entre la veine la plus classique de son cinéma et sa future période plus folle et expérimentale. Sans doute sous la contrainte d’un budget plus important, Franco tourna à cette époque des projets ambitieux mais qui aboutirent sur des films finalement assez sages (c’est aussi ce que je reproche à son film suivant Les Nuits de Dracula avec Christopher Lee qui m’avait paru assez académique). Dans 99 Women, il y a une scène de flash-back où soudain le style de Franco semble reprendre le dessus, le passé du personnage d’Eliza Montes nous est raconté en une longue séquence muette, prétexte à une succession de visions érotiques, noyées dans des couleurs criardes et des flous vaporeux, rythmée par la musique lancinante et soyeuse de Bruno Nicolai (très belle BO par ailleurs) et là, on dirait déjà du Vampyros Lesbos. Mais attention, vous avez du vous demander pourquoi j’ai laissé comme titre de cette chronique Les Brulantes au lieu de 99 femmes, en général le titre sous lequel ce film est le plus connu. Que ce film ait été diffusé sous plusieurs titres, cela ne vous étonnera guère, mais ce n’est pas par pure racolage que j’ai laissé celui-là, c’est tout simplement que j’ai vu le montage français de ce film qui sortit effectivement à l’époque dans nos salles sous le titre Les Brulantes, et je pense que vous aurez compris qu’il s’agit là d’un remontage du film originel de Franco, truffé pour l’occasion d’inserts pornographiques. Ce n’est pas le seul film de Franco qui a subit ce genre de charcutage opportuniste qui consistait à transformer un film traditionnel en porno afin de le ressortir sous un autre titre dans les salles spécialisées. En plus, la pornographie n’est pas incompatible avec le cinéma de Franco, il en a lui-même réalisé, époque oblige. Pourtant, au delà de l’expérience de pouvoir contempler une telle aberration qui est vraiment le summum du cinéma d’exploitation, force est d’avouer que le résultat s’avère vite complètement irregardable. Je donnerais pas de détails sur les scènes en question, toutes laides et ridicules, avec des acteurs dont on ne montre pas les visages afin d’essayer de cacher que ce ne sont pas les mêmes que ceux qui jouent dans le film, bref, c’est risible cinq minutes, mais au bout d’un moment c’est juste n’importe quoi. Donc, un conseil, si vous voulez découvrir ce film qui reste un Franco mineur malgré tout, évitez cette version comme la peste.

Publié dans série bis

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