JESUS CHRIST CHASSEUR DE VAMPIRE de Lee Demarbre (2001)

Publié le par Ludo Z-Man

Un peu à l’instar des Mikado, la petite faiblesse qui me perdra (comme disait le poète), c’est bien de ne pas savoir résister à l’appel d’un titre aussi alléchant que Jesus Christ Vampire Hunter. Voilà, on ne sait pas sur quoi on va tomber mais avec un titre pareil forcément, notre curiosité est fortement excitée. Le cinéphage averti n’étant pourtant guère à l’abri de fortes déconvenues, une fois le film visionné. Nous avons donc ici à faire avec un tout petit film canadien produit par Odessa Filmworks, modeste compagnie installée à Ottawa. Lee Demarbre a mis deux ans à tourner ce film avec un budget qu’on devine ridicule et montra son bébé au Festival de Slamdance (un de ces petits festivals parallèles du cinéma indépendant US se déroulant à la même période que celui de Sundance, devenu maintenant une véritable institution et un festival totalement mainstream) où il reçut un accueil chaleureux. Donc, oui, le titre ne ment pas sur la marchandise : Jesus Christ, JC pour les intimes, est appelé en urgence par deux membres éminents de l’Eglise, pour lutter contre une invasion de vampires. Le Vatican finira même par lui adjoindre l’aide d’un sidekick en la personne de Mary Magnum, charmante brunette et combattante en combinaison de cuir et histoire d’être vraiment sur de latter ces suceurs de sang, Santo, le catcheur, une vieille connaissance de nos services, sera aussi de la partie.


Encore plus série Z que système D, Jesus Christ Vampire Hunter joue à fond la carte du cheap en contraste avec l’incongruité de son sujet. Jesus, forcé de se balader incognito, finit vite par se raser la barbe et se couper les cheveux pour adopter un look de type cool et désinvolte, arborant même piercing et boucles d’oreille, ce qui ne choque plus vraiment, surtout dans un film où des vampires gothiques côtoient des prêtres punks. Comme tout cinéaste amateur, Demarbre filme à la maison et c’est ce qui fait une partie du charme de son film de potes avec ses séquences tournées au resto du coin, dans la boite du copain, dans un terrain vague ou à la volée dans la rue comme dans une scène de comédie musicale improvisée en ville au milieu des voitures (avec les passants ahuris autour qui doivent se demander qui sont ces tarés), ce qui est plutôt rigolo. Le film a clairement été tourné en 16mm, ce qui donne une image un peu cradingue et très granuleuse, mais que j’aime bien, enfin en tous cas, pour moi ça a toujours plus de charme qu’une image vidéo, surtout quand le cinéaste la retravaille beaucoup en post-prod, ce qui lui donne un aspect lisse et froid. Par contre, le son est catastrophique. Demarbre a sans doute conscience de cela, tout est post-sychronisé et parfois, on sent qu’il essaie d’en jouer, mais c’est surtout très laid et affreusement saoulant et répétitif. La musique forcément cheap n’arrange rien. Sans doute récréatif quand il est projeté dans l’ambiance festive d’un festival, Jesus Christ Vampire Hunter lasse pourtant au bout de quelques scènes. Au mieux, il aurait fait un sympathique court métrage, ce qui lui aurait évité d’être alourdi par des problèmes de rythmes évidents qui achèvent d’enterrer l’entreprise selon le lieu commun qui dit que les blagues les plus courtes sont les meilleures. 


Derrière l’aspect canularesque et potache (ce qui décidément est toujours sympathique mais est en fait rarement une qualité) d’un tel film, on peut s’interroger sur les intentions de son réalisateur qui, malgré tout, ne peut quand même pas ignorer que son film ressemble clairement à des dizaines d’autres et ce ne sont pas deux ou trois idées de scénario amusantes qui sauvent l’affaire. Sous son emballage underground, fut-il fabriqué ou simple preuve de naïveté, Jesus Christ Vampire Hunter veut malgré tout tellement paraître cool sans avoir l’air d’y toucher qu’il en perd paradoxalement toute spontanéité et neutralise la singularité de ce type de film, l’amateur du genre cherchant avant tout à découvrir un cinéma « autre », fut-il parfois douteux (comme je m’enthousiasme parfois ici sur des films tellement cataclysmiques qu’ils en deviennent jouissifs) et se retrouve forcément frustré devant un produit anonyme qui tente inlassablement d’être le nouveau nouveau Bad Taste. C’est embarrassant de penser, au fond, que des gens qui font comme ça des films tous seuls dans leur coin avec trois fois rien, sans doute avec implication, et parfois même avec sincérité, tombent dans les mêmes travers que ceux qui font ça avec opportunisme, se contredisant eux mêmes en fait, ne profitant ainsi pas du tout de la liberté totale qu’il leur est offerte de faire des films sans se soucier de plaire au plus grand nombre. 

Publié dans série bis

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