ERRANCES ET EGAREMENTS VIDEOPHILES DU WEEK END vol. 4 : le jour du retour du massacre de l’île des zombies contre les vampires

Publié le par Ludo Z-Man

Mon petit plaisir télévisuel de cet été, je le dois à Didier Allouch, journaliste que vous connaissez sans doute si vous lisez Mad Movies et envoyé spécial de Canal aux States, qui présentait pendant toutes les vacances une émission sur le cinéma hollywoodien. Rien de bien transcendant, si ce n’est une rubrique consacrée à la série B horrifique, peu étonnant quand on connaît l’affection du bonhomme pour le genre. Pour ses interviews de David De Coteau, Fred Olen Ray, David Sterling et autres réalisateur de films de genre aux budgets microscopiques comme les gars de la firme The Asylum qui ont produit Transmorphers, un avatar bis et fauché du blockbuster estival de Michael Bay, à consommer directement chez soi en DVD, on n’arrête pas le progrès, bref, pour ces portraits de producteurs roublards et de cinéastes souvent passionnés, merci à lui.


Le Direct to Video (ou to DVD, comme vous voulez) c’est bien aujourd’hui l’équivalent des films que Série Bis commente quand il plonge dans la mémoire de la culture drive-in. Aujourd’hui, ce cinéma là, ces films de genre commerciaux, produits avec peu d’argent atterrissent directement dans les étagères des video-clubs. Chez nous, en Amérique, on en produit beaucoup, et on en exporte même à l’étranger, comme on peut le voit tous les ans au Marché du Film à Cannes, vous savez ce festival dans ce pays qu’on appelle France, pays bizarre puisque là bas, ce cinéma là, ils connaissent pas, les films d’horreur, directement conçu pour la vidéo, sans subvention du CNC, c’est même pas concevable (les horreurs tout court, subventionnées en plus, qui sortent en salles, ça marche assez bien par contre). Sur un canevas classique et connu, le film de série B se construit en général sur une série de micro-variation, où peuvent se glisser dans les creux accélérations jouissives et idées délirantes, ce qui peut dans certains cas laisser entrevoir une vraie originalité, voire du style, c’est ce qu’on trouve chez des cinéastes comme Bryan Yuzna ou Frank Henenlotter qui ont fait avec une poignée de dollars des choses superbes. Mais il y aussi le cas où la série B la joue pour ainsi dire en mode mineur et l’amateur du genre, rodé aux joies du « fantastique du samedi soir » (à voir à plusieurs si affinités, pour plus de convivialité), traquera alors, pour trouver satisfaction, le moindre dérèglement, fut-il volontaire… ou pas.


PROGRAMME POUR UNE NUIT ZOMBIESQUE :


Ingrédients :

4 DVD,

une platine DVD,

une télévision,

un pack de bières et des pizzas.


 

C’est en se réjouissant par avance de son très net parfum eighties que l’on se plonge dans Zombie Island Massacre réalisé par John N. Carter en 1984, film qui malgré son titre on ne plus alléchant, jouit pourtant d’une assez sale réputation (une brève recherche Google vous en convaincra). Tout d’abord, ce long métrage s’affiche sous la bannière Troma, tiens, ça fait longtemps qu’on n’avait pas croisé la célèbre firme de Lloyd Kaufman ici, mais cela dit, Troma ayant racheté ce petit film d’horreur pour le distribuer, ne vous attendez pas à un délire foutraque et potache dans l’esprit d’un Toxic Avenger, et même si la scène d’introduction particulièrement vulgosse et ridicule peut porter à confusion, la suite nous offre une série B on ne peut plus classique. Mais surtout, Zombie Island Massacre est réputé pour être une arnaque complète mais contrairement à d’autres sites, je relève ici le défi (au cas ou vous n’auriez pas vu le film) de ne pas vous prévenir et donc de ne pas vous révéler le pourquoi du comment. Je vous touche quand même quelques mots de l’intrigue : un groupe de touristes participent à un voyage organisé dans les caraïbes. Un raid « découverte » les emmène se balader dans la forêt où ils vont côtoyer des indigènes et même assister à un troublant rite sacrificiel à base de vaudou. Mais au moment de repartir à la maison, leur guide les abandonne sur place et ils vont devoir se débrouiller tous seuls. Ambiance de la brousse, attention les secousses, le massacre peut commencer. Le film va avancer à un rythme de slasher (les victimes tombent à un rythme métronomique), ce qui colle bien avec le style années 80. La mise en scène est anonyme, voire même franchement passable avec un montage assez approximatif. Comme je le disais, le film se révèle assez premier degré mais en VF, les doubleurs ont clairement déconné et les dialogues sont souvent particulièrement ridicules. Reste le twist final qui dévoile donc le fin mot de l’affaire. Et oui, on peut penser qu’on a été légèrement pris pour des cons. Mais c’est rigolo aussi dans un sens. Donc, je parie sur le fait que si vous me lisez, c’est que vous êtes un petit peu pervers, alors peut-être que ça vous fera rire aussi.


Par contre, il faudra une sacrée résistance pour assumer la vision de Vampires VS Zombies qui lui aussi flaire bon l’arnaque mais l’amène vers des sommets inattendus d’incongruité. Si Zombie Island Massacre et son twist final tentent de donner une cohérence globale à son récit, Vampires VS Zombies fait régner la gratuité et l’incertitude quitte à nous laisser sur le carreau, hagard et dubitatif. Visiblement, une invasion de zombies a eu lieu et c’est un peu le bordel, puisque les zombies traversent sur les autoroutes et qu’il n’y pas de panneau pour prévenir les automobilistes. Un père et sa fille se baladent dans la campagne en jeep. Au bord de la route, ils croisent une étrange femme qui leur confie sa fille nommée Carmilla. Et là, vous avez compris, la jeune fille est une vampire. On l’a vu au générique, le cinéaste Vince D’Amato prétend s’être inspiré du célèbre roman de John Sheridan Le Fanu, le mythe de Carmilla ayant inspiré nombre de cinéastes avant lui, dont des chouchous de Série Bis, Jean Rollin et Jess Franco (1). Spécialisé dans les productions à petit budget distribuées en DVD, il signe en 2004 cette adaptation assez « libre » qui s’avère en fait être une sorte de road-movie quasi-immobile qui semble avoir été filmé entièrement dans la même portion de route. Visuellement, le film est ultra-cheap avec une mise en scène indigente, des acteurs peu convaincus et des effets spéciaux fait maison. Là où il surprend, c’est dans son ton qui semble osciller entre le fantastique sérieux voire ambitieux (adapter Le Fanu comme l’annonce le générique) et le gore potache pour nous faire pouffer entre amis sur notre canapé entre deux bières. Le mélange des deux s’avère détonnant tant il sert un scénario dont la cohérence et la logique rappelle celui du mythique film de Bernard Launois, Il était une fois le Diable que j’aime beaucoup. Bref, entre errances forestières, cauchemars, flash-backs, intermèdes saphiques et décapitions de vampire, on n’y comprend vite absolument plus rien. Vince D’Amato, auteur complet de son film, a aussi fondé la société Creepy Six Films, spécialisée dans la série B fantastique tournée avec des moyens proches de l’amateurisme (un budget de 100000 dollars environ) et basée à Vancouver. En fait, le film s’appelait simplement Carmilla mais racheté par la compagnie Asylum, il fut retitré Vampires VS Zombies, ce qui était sans doute plus vendeur pour une sortie DVD. Sur le site de la boite, on nous le vend comme un mélange de gore punk et de mystère lynchéen (!!!), c’est plutôt osé. Mais bon, le gars est fan de Jess Franco (il tient un joli blog sur le cinéaste ici) alors on lui accordera le bénéfice du doute. Reste que je ne sais toujours pas si j’ai eu à faire à un canular filmé ou à la naissance d’un « véritable auteur ».


Après des années d’absence, nos amis zombis ont fait un retour en force sur le marché du DVD, suite sans doute au come-back fulgurant de Romero et à un certain anoblissement du genre (le zombie, c’est gore, c’est chic, c’est politique). Mais tout cela est bien loin des préoccupations de certains producteurs qui y voient l’opportunité de surfer sur la mode de ce genre aussi codifié qu’inépuisable. Plane Dead de Scott Thomas, sorti récemment en DVD chez nous, est un excellent exemple, s’avérant être un mélange improbable entre le téléfilm catastrophe tel qu’on en voit des dizaines et la série B gore la plus basique, la seule originalité du machin étant de se servir de l’espace de l’avion comme n’importe quel autre décor d’un film de zombie, du coup, les zombies émergent du bas de l’avion comme s’ils sortaient de terre. Encore plus prévisible, Rave from the Grave, en fait Le Retour des Morts Vivants 5 est donc la suite directe du quatrième volet de la saga, Necropolis, que nous avions jadis chroniqué et qui nous avait guère emballé. Ellory Elkayem, déjà coupable du précédent opus, rempile ici, puisque les deux films ont sans doute été tournés dans la foulée. Preuve en est, le cameo au début de Peter Coyote qui cachetonnait déjà dans l’autre film et qui se fait rapidement supprimer ici. La surprise du film, c’est la débilité, cette fois-ci, complètement assumée du scénario dont l’argument à base de shit radioactif, transformant une rave-party en carnage zombiesque, fait penser à une potacherie tout droit sortie de l’écurie Troma. Probléme : même au huitième degré, on sourit très peu et on ne s’amuse que très rarement dans ce film longuet et désespérément fade, dénué de la moindre idée un tant soit peu délirante qui puisse le faire décoller. Déjà, le parti-pris de l’humour potache est souvent une facilité dans le genre, destiné à viser de manière racoleuse un public adolescent, mais bon quand celui-ci est soutenu par des idées intéressantes, pourquoi pas ? Là c’est juste le calme plat. Mais l’ennui distillé par cette triste comédie horrifique n’est rien face à l’agacement ressenti lors de la vision de Day of the Dead 2 : Contagium de Ana Clavell, qui affiche par le biais de son titre une parenté directe à l’un des opus de la saga romerienne. Ca commence par un long prologue dans un centre militaire en 1969 ou une expérience sur un virus tourne mal. S’ensuit une longue scène d’action, pas spécialement originale et surtout visuellement assez pauvre malgré des effets gores soignés. Trente ans plus tard, le centre militaire est devenu un hôpital psychiatrique ou un docteur expérimente sur des malades des techniques peu orthodoxes. Lors d’une sortie organisée, l’un des patients ramène à l’hôpital un étrange objet, abandonné jadis par les militaires après le massacre. Ce minuscule flacon va libérer dans l’établissement le terrible virus et les patients contaminés vont se mettre à muter. L’idée du film, c’est de jouer sur le fait que les évènements narrés dans le film sont à l’origine d’une invasion de zombie inévitable. Nous sommes donc du côté des premiers contaminés et nous suivons jour par jour l’évolution du virus et ses conséquences. Le scénario semble avoir pour volonté de développer la psychologie des personnages afin de leur donner une certaine densité. C’est assez raté, tous en restant au stade du cliché, le tableau de cet hôpital dépeint comme une institution répressive et autoritaire apparaît terriblement caricatural, au point qu’on se croirait dans le mythique T’aime, le chef d’œuvre d’art brut de Patrick Sebastien. Evidemment, le scénario affiche ses intentions sérieuses (ahh ! les monologues métaphysiques du héros en voix off !) et ses références cinématographiques à grands coups de coude dans les côtes du spectateur mais des qu’il s’agit de faire du cinoche, y’a plus personne. Que le budget soit limité, peu importe (même si le film ne serait pas si fauché que cela, ce qui laisse perplexe quand on voit le résultat), que le film cherche à viser un public de fans ou même qu’il joue la carte de l’exploitation, pourquoi pas (on sait que la production de Taurus Entertainment se serait débrouiller pour racheter les droits du film d’origine, celui-ci étant proposé comme bonus dans l’édition DVD française, afin de pouvoir porter le titre Day of the Dead 2 et attirer le chaland), mais quand on voit l’ampleur de la catastrophe, on se demande vraiment comment des gens qui se réclament être des fans de l’œuvre originale peuvent emprunter le titre d’un film qu’il respecte pour refourguer leur daube (le mot est lâché), ce Contagium, loin du manque d’ambition gentiment navrant ou de la potacherie complaisante mais inoffensive des films commentés plus haut, affichant une prétention particulièrement aberrante et agaçante. Depuis les même lascars auraient commis un Creepshow 3 et ça fait peur.


(1) L’ami Rollin dont la notoriété dépasse les frontières, sait-il que récemment la série télévisée américaine The L Word lui rendait hommage en le citant explicitement dans un dialogue sur la mythologie du vampire lesbien, l’épisode se terminant sur un extrait de la musique de Vampyros Lesbos de Franco, un clin d’œil amusant et respectueux à nos amis Rollin et Franco dans une série télé mainstream, nom de nom, c’est pas en France qu’on verrait ça.

Publié dans série bis

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Dr Orlof 14/09/2007 20:21

A propos de Rollin, je pense que tu l\\\'as déjà vu mais si tu tapes "Bouyxou" sur Dailymotion, tu trouveras un interview du grand historien du cinéma en compagnie de l\\\'auteur de la vampire nue. Un grand moment immortalisé par l\\\'excellent Stéphane du Mesnildot (qui a arrêté son blog et c\\\'est bien dommage...)

Ludo Z-Man 19/09/2007 15:37

Oui, je l'avais vu, je voulais mettre ca en ligne et faisant une note sur Le viol du vampire justement, mais j'ai pas eu le temps. Je mets quand même le lien ici sur la page Dailymotion de Stéphane du Mesnildot que je remercie encore pour les avoir mis en ligne :http://www.dailymotion.com/sadakobanana/1