PSYCHO BEACH PARTY de Robert Lee Smith (1999)

Publié le par Ludo Z-Man

C’est une petite sélection de saison que vous propose Série Bis, dans la moiteur de l’été, le doux son des vagues dans les oreilles, avec Psycho Beach Party, film inspiré d’une pièce de théâtre jouée à Broadway et ici portée à l’écran par Robert Lee Smith, sorti chez nous en 2001 et passé pour le moins inaperçu. Il s’agit d’une petite production indépendante qui se place dans le genre du pastiche, hommage tardif à un genre plus ou moins disparu (enfin pas tant que ça si on en croit le mythique cinéaste Fred Olen Ray que j’entendais récemment déclarer que son seul moyen de gagner sa croûte à Hollywood était de faire des films avec des bimbos se baladant en bikini du genre Bikini a Go-Go ou Bikini Girls on the Lost Planet !), le film de plage, le Beach Movie, ancêtre estival de nos teen-movies d’aujourd’hui, visant à séduire un public adolescent en célébrant le charme des amourettes de vacances, se faisant le témoignage d’une jeunesse baignant dans une culture pop insouciante, ou les jeunes hommes et les jeunes filles se prélassaient sur la plage en écoutant de la surf music ou le dernier album des Beach Boys. C’est Samuel Z. Arkoff, le fondateur de la American International, qui va rentabiliser le filon au début des années 60, Beach Party tourné en 1963 par William Asher, étude sociologique des comportements amoureux des jeunes Américains en vacances fait du comédien Frankie Avalon (tout droit sorti des studios Disney) et de la starlette chantante Annette Funicello de vraies vedettes auprès des adolescents. Les deux tourtereaux tourneront par la suite Muscle Beach Party et Bikini Party. C’est à ce sous-genre franchement méconnu chez nous que Psycho Beach Party rend un hommage clairement affectueux.


Pour le lecteur assidu de Série Bis et pour le cinéphile averti, la complicité qui s’établi avec le film passe par la sensation d’être ici chez soi, des la scène d’ouverture, une scène de meurtre dans un drive-in, tellement caricaturale qu’on en jubile, avec en fond sur l’écran, une série Z en noir et blanc sur un jeune gringalet amoureux d’une serveuse de coffee-shop qui se révèle être un horrible monstre à trois têtes (un classique du genre souvenez-vous La chose à deux têtes, une autre production AIP), bref, on s’y croirait. Robert Lee Smith connaît ses classiques. Voyons maintenant ce que le film a dans le moteur. Visiblement tourné avec des moyens assez modestes, Psycho Beach Party tente de restituer d’une manière évidemment pas du tout réaliste l’ambiance d’époque (le film se passe en 1962) grâce une direction artistique soignée qui nous plonge dans un univers aux intérieurs cheap, aux couleurs vives, aux effets visuels volontairement ringards (les transparences lors des scènes de surf), d’une totale artificialité. Le casting réunit de nombreux jeunes comédiens de séries télé (Nicholas Brendon vu dans Buffy, Lauren Ambrose, inoubliable Claire Fisher dans Six Feet Under) qui jouent tous à fond les ballons dans une outrance forcée plus ou moins bien dirigée. Mais le plus décevant, c’est la mise en scène, là c’est vraiment le calme plat, c’est même un peu bâclé par moment et c’est dommage. Robert Lee Smith s’est contenté de filmer platement le scénario adapté de la pièce par son auteur, Charles Busch. L’histoire mélange les genres : Florence, jeune adolescente propre sur elle, tente de rentrer dans une bande de surfeurs, mais ces derniers sont vite soupçonnés par la police quand une vague de meurtre s’abat sur les adolescents des alentours. Plutôt bien écrit, le scénario réserve pas mal de bonnes idées, des personnages amusants et quelques dialogues tout à fait succulents (sur le sous-texte féministe des films de filles géantes notamment !). Ne vous attendez pas à une parodie délirante à la ZAZ, ici la relecture du genre se fait à travers une écriture gentiment absurde, qui fait se lézarder cet univers aseptisé et asexué sous le surgissement brutal et burlesque de la sexualité et de la violence. Ce que les Beach Movies des années 60 ne pouvaient au mieux que sous-entendre, Psycho Beach Party le laisse exploser, la schizophrénie matinée de trauma enfantin de l’héroïne transformant la vierge effarouchée en séductrice torride au langage plutôt direct incarne le fonctionnement même du film. Cela dit, n’y voyez pas non plus une critique subversive d’un certain puritanisme américain, le scénario restant finalement assez sage, même dans une optique purement potache, où il apparaît bien moins osé comparé aux débordements libidineux et scatologiques des teen-movies contemporains du type American Pie.


Alors le problème majeur de ce genre de film, au fond, on en a déjà parlé, c’est de fonctionner en vase clos, uniquement en régurgitant de la référence, ce que les aigris qualifieront de « faux-film culte », de « sous-produit pop » et « d’opportunisme ». Bon, ok, je comprends ces reproches (que je lis sur certains blogs que j’aime bien), mais pour le coup, je serais indulgent, Psycho Beach Party me paraît faire preuve d’une légèreté amusante. Dommage qu’il souffre d’un certain manque d’audace (c’est un film de scénario quoi…), ce qui en fait un divertissement campy certes sympathique mais aussi un peu anodin. Mais rien ne vous empêche d’aller zyeuter du côté des originaux.

Publié dans série bis

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