LE DIABOLIQUE DOCTEUR Z de Jess Franco (1965)

Publié le par Ludo Z-Man

Continuons l’exploration forcément hasardeuse de la filmographie inépuisable du grand Jess avec ce film en noir et blanc de 1965 qui fut aussi dans nos contrées connu sous le titre Dans les griffes du maniaque (Miss Muerte pour son titre espagnol). Ne cessant de tourner à un rythme totalement frénétique (deux films en même temps parfois !), Franco voit sa carrière fluctuer au fil des modes mais aussi des producteurs avec qui il a l’occasion de travailler. Ici, c’est Serge Silbermann qui produisait aussi à l’époque les films de Luis Bunuel. Le diabolique docteur Z est une très classique série B comme en réalisait Franco à l’époque. L’histoire constitue une énième variation sur le thème du savant fou : le professeur Zimmer poursuit des études sur les mécanismes du cerveau. Un soir, un serial killer échappé de prison échoue dans sa propriété. Prêt à tout pour arriver au bout de ses recherches, il emprisonne le criminel et en fait le cobaye de ses expériences. Les résultats sont exceptionnels, mais lors d’un congrès de neurologie, personne ne prend ses recherches au sérieux. Accusé d’être un barbare parce qu’il a utilisé un cobaye humain, il est humilié et meurt d’une crise cardiaque. Mais peu de temps avant sa mort, il prie son assistante, en fait sa propre fille de reprendre le flambeau.


A propos de l’œuvre de Jess Franco, Stéphane du Mesnildot déclarait très justement qu’on pouvait voir ses films comme une multitude de chapitre d’un long serial, une sorte d’interminable feuilleton dont chaque opus serait une variation sur les motifs et les thèmes du fantastique populaire, puisant allégrement dans la galerie des personnages des romans de gare et des bandes dessinées pour adultes, une sorte d’anthologie de la culture pop. Le scénario du Diabolique docteur Z mêle allégrement les genres et accumule dans une intrigue rocambolesque meurtres, enquête policière, horreur chirurgicale, vengeance et une pointe d’érotisme. Et dans cet univers là, Franco est comme un poisson dans l’eau. Cette matière romanesque délirante, il la traite non seulement dans un premier degré absolu mais en plus avec un raffinement tout à fait délicieux (la grande force du cinéma de Franco, c’était non seulement l’affection qu’il avait pour ce cinéma populaire, mais l’absence de hiérarchie dans ses références esthétiques, il n’y pas pour lui de culture officielle et de sous-culture). Ayant visiblement bénéficié d’un budget confortable, Franco livre un film extrêmement soigné, à l’atmosphère savamment distillée, au rythme soutenu. L’intrigue ménage pas mal de petits retournements tandis que le film sait faire varier les tonalités, en étant tout à tour terrifiant ou plus léger, plus réaliste puis plongeant brutalement dans un onirisme cauchemardesque du plus bel effet (voire la scène de la traque dans le théâtre, particulièrement angoissante, soutenue par une belle partition de Daniel White, parfois discrète ou comme dans cette scène, tonitruante et presque atonale). D’un point de vue dramatique, le film est d’une grande efficacité et on ne s’ennuie pas une seconde. La mise en scène se révèle aussi très inspirée : évidemment, elle doit beaucoup à l’élégance de la photo, un noir et blanc très bien utilisé et qui dégage beaucoup de charme. Elle sublime les deux décors principaux du film, en fait les lieux récurrents des films de Franco : le manoir, celui du docteur Z, demeure sinistre plongée dans une obscurité menaçante et le cabaret, autre lieu emblématique de son cinéma (le théâtre de ses fantasmes voyeuristes), qui donne lieu à une fameuse scène où une danseuse incarnée par la blonde Estella Blain exécute un numéro sensuel sur une toile d’araignée et qui se transformera par la suite en tueuse à la tenue transparente et aux ongles acérés (la Miss Muerte du titre), un véritable personnage de bande dessinée, fantasque et savoureux.


Le casting est par ailleurs tout à fait sympathique puisqu’on y retrouve Howard Vernon, le docteur Orlof en personne, qui ne joue d’ailleurs pas ici Orlof (bien que celui-ci soit cité dans un des dialogues du film) mais un scientifique concurrent de Zimmer. Il a un petit rôle mais il a droit une des plus belles scènes du film. Jess Franco apparaît aussi dans son propre film, dans un rôle assez important en plus, celui d’un flic, et qui apporte une touche discrètement comique au film, et c’est d’ailleurs assez sympathique. Bref, vous l’aurez compris, ce film s’impose comme l’une des oeuvres les plus réussies et les plus abouties de la période dite « classique » de Franco. Il en reprendra d’ailleurs la trame dans un quasi-remake (que je n’ai malheureusement pas vu et c’est dommage !) Sie tötete in Ekstase réalisé en 1971 avec la regrettée Soledad Miranda(1). Rappelons enfin que si récemment, quelques uns des premiers Franco sont ressortis en DVD en zone 2 (notamment grâce aux DVD de Mad Movies) Le diabolique docteur Z demeure curieusement inédit (alors qu’il existe en zone 1) et surtout il est loin, à ma connaissance, de bénéficier de la réputation de classique du cinéma fantastique européen (et en partie français en plus) qu’il mériterait très largement.

 

(1) D’ailleurs, Vampyros Lesbos est disponible en zone 2 avec des sous-titres français en Belgique. Le film est trouvable sur le Net.

Publié dans série bis

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