LA MAISON DE LA TERREUR de Lamberto Bava (1983)

Publié le par Ludo Z-Man

Le giallo, le polar d’épouvante à l’italienne, est né dans les années 60 avec Mario Bava, puis explose dans les années 70 suite au succès (commercial et artistique) éclatant de L’oiseau au plumage de cristal de Dario Argento. La maison de la terreur, qui nous intéresse aujourd’hui est un giallo de fin d’époque, en tous cas de la fin de l’age d’or du genre (à quand une résurrection du genre d’ailleurs, le slasher ou le survival renaît constamment de ses cendres, pourquoi pas le giallo ?). Il est de surcroît signé Lamberto Bava, fils de (est-il utile de le préciser ?), dont je n’avais vu jusqu’à présent aucun film. Bava fils n’a jamais eu, il me semble, une flatteuse réputation, mais sans doute a-t-il souffert d’arriver aussi tardivement, de commencer sa carrière dans les années 80 (le cinéma bis italien commence alors à péricliter lentement) après avoir été assistant sur les films de son père. La maison de la terreur, film conçu sur un coup de tête et destiné au départ pour la télévision (tourné en 16mm puis gonflé en 35), arriva en France après la bataille, en 1987, dans un montage raccourci de 96 minutes. Pour son deuxième film, Lamberto Bava se confronté très directement au genre qu’avait quasiment inventé à lui tout seul son génial paternel. Nous sommes donc bien en présence d’un pur giallo.

Un musicien se retire quelques jours dans la villa d’un ami afin de pouvoir composer la bande originale d’un film d’épouvante réalisé par une jeune cinéaste qui s’est inspiré des souvenirs terrifiants d’une de ses connaissances. Tandis que le montage de l’œuvre n’est pas achevé, le compositeur tente de travailler sur sa musique mais il est vite troublé par l’ambiance étrange de la pourtant paisible villa. Sa solitude est vite rompue par l’arrivée de Katia, une jeune fille étrange et fantasque. Mais la maison semble renfermer d’autres secrets bien plus inquiétants. Le film étant un quasi-huis-clos, la villa sera un personnage à part entière du film. L’anecdote est connue, la villa appartenait au producteur lui-même. Le scénario est signé d’un vétéran du genre, Dardano Sacchetti, qui semble compiler tous les ingrédients indispensables. L’inévitable tueur à l’arme blanche ne tarde pas à faire son apparition, donnant lieu à quelques scènes de meurtre sanglantes dont l’une d’elle, celle de la salle de bain, particulièrement sadique et brutale, fera beaucoup pour la réputation du film. Pour le reste, la trame est d’un classicisme absolu, à ceci prés que Bava tente ici une amusante mise en abyme. Cette logique du « film dans le film » rend en fait assez lisible la mécanique du giallo en citant par ailleurs abondamment le cinéma de Dario Argento. Le compositeur se retrouve confronté à une énigme, puzzle fait de sons épars et d’images mystérieuses (les séquences non montées du film) et c’est dans la fiction  qu’il trouvera une manière de décoder la réalité, une réalité comme souvent dans le giallo, travestie, illusoire.

Au fond, La maison de la terreur aurait pu être un équivalent au Ténèbres d’Argento, les deux films sont très proches (thématiquement et esthétiquement) dans leur manière d’épurer et d’épuiser les motifs du giallo. La maison de la terreur aura donc le malheur d’arriver après et de souffrir un peu de la comparaison. Si l’hommage de Lamberto Bava est sympathique et attachant, il ne peut prétendre au statut de classique du genre souffrant de trop de défauts. Le scénario peine à nous tenir en haleine sur toute la longueur et les rebondissements successifs et les apparitions parfois incongrues des personnages secondaires finissent par lasser. La mise en scène recycle des figures imposées avec une certaine élégance parfois, mais peine à imposer un rythme et une tension. La volonté de Bava demeure sans doute d’opérer dans une sorte de classicisme ludique et non d’égaler les audaces formalistes de ses plus grands prédécesseurs. C’est pour cela sans doute que La maison de la terreur est un film, pas spécialement désagréable, mais fondamentalement décevant.

Publié dans série bis

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