LE CHATEAU DE FRANKENSTEIN de Robert H. Oliver (1974)

Publié le par Ludo Z-Man

Vous aimez les cimetières en carton pâte, les laboratoires de savant fou, les machines qui font des étincelles et des bruits bizarres, les stock-shots d’éclairs dans le ciel sur une musique angoissante ? Alors ce film est fait pour vous. Connu chez nous sous le titre du Château de l’Horreur, ce Frankenstein’s Castle of Freaks (Terror ! Il Castello delle donne maledette pour son titre original tout à fait sublime !) est une aberration hallucinante sortie des limbes du cinéma bis italien des années 70. Un film-somme en quelque sorte, des les premiers plans, des le générique et son festival de pseudos, on est en terrain connu. La suite, pourtant, ne sera pas dénuée de surprises. Ce qui n’aurait pu être qu’un banal démarquage des films gothiques de la Hammer se transforme ici en un festival d’absurdité qui ferait passer une parodie de Mel Brooks pour du Ingmar Bergman. Notre baron Frankenstein se retrouve donc ici à tenter de créer un monstre en faisant des expériences sur un homme préhistorique. En effet, prés du manoir du savant, une grotte abrite des rescapés de l’époque du Neandertal ( !!! ), le scénario orchestre la rencontre inattendue du fantastique gothique et de La Guerre du Feu. D’entrée, le ton est donné.


Sans doute écrit au jour le jour (ce n’est pas possible autrement !), le récit part dans tous les sens par le biais d’une galerie de personnages assez savoureuse : les occupants du château de Frankenstein finissent par voler la vedette au baron dandy, de l’inévitable assistant bossu Igor a un couple de domestiques adeptes des jeux sado-masos et surtout un personnage génial de nain idiot, lubrique et vicieux (forcément !) incarné par l’époustouflant Michael Dunn, le célèbre Miguelito Loveless des Mystères de L’Ouest ! Il nous gratifie d’un véritable festival en étant absolument hilarant dans le rôle du méchant, viré du personnel du baron et qui se vengera par tous les moyens. Il faut le voir satisfaire ses pulsions de voyeur en matant la fille de Frankenstein en train de batifoler avec une copine dans une grotte d’eau chaude ou devenir le camarade d’un homme des cavernes et s’amuser à torturer de pauvres jeunes filles innocentes. En apparence gentiment cheap, le film ne résiste pas à la désinvolture absolue avec laquelle il a été conçu : rien ne marche, de la mise en scène hasardeuse au montage absurde (tellement absurde d’ailleurs que le film a réussi à me faire sursauter deux fois sur mon fauteuil, ce que même les grosses machines hollywoodiennes n’arrivent pas à faire malgré leur armada d’effets dolby et 5.1), du jeu des acteurs désastreux à la musique inaudible (bravo au compositeur Marcello Gigante  !). On se demande ce qui a pu passer par la tête des gens qui ont produit un tel foutoir. Contempler cette galerie de personnages grotesques et de freaks errer dans un néant cinématographique quasi-absolu est franchement éprouvant.


Quand on cherche les coupables de cette chose, on s’aperçoit qu’ils se sont tous bien cachés, au point que la parenté du film reste assez floue. Robert Oliver, il faut le dire, ca sent bon le pseudonyme bidon, au point que la réalisation du Château de Frankenstein fut attribuée tout à tour à Oscar Brazzi le frère de Rossano Brazzi qui tient le rôle titre puis au producteur Dick Randall lui-même et même à un obscur ami américain de Randall qui s’appellerait vraiment Robert Harrisson Oliver. Dans tous les cas, c’est son seul film. Le casting est une mine de pilliers du bis italien comme l’inusable Gordon Mitchell qui connut son heure de gloire en Italie pendant l’age d’or des westerns et des péplums. Salvatore Baccaro, véritable tronche de la série Z locale, avance ici masqué sous le nom ahurissant de Boris Lugosi (il fallait oser !) qui me faisait fantasmer de croiser le petit-fils du grand Bela ou je ne sais quel autre obscur descendant mais rien de tout ça. Loin, très loin des chefs d’œuvres gothiques du grand Mario Bava ou même d’Antonio Margheriti, ce film est un incroyable naufrage dont l’épave flottait dans les abysses avant qu’un éditeur vienne l’exhumer sur une galette zone 2. C’est donc disponible en DVD : indispensable pour les plus masochistes d’entre nous !

Publié dans série bis

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Dr Orlof 26/04/2007 14:25

Pas réussi à trouver plus d'infos sur le pseudo du réalisateur. La seule chose que je peux dire, c'est que ce film est aussi connu sous le titre du "Château de l'horreur" et que d'après JP.Putters, il daterait de 1972 (ke sais, je chipote ;-))
Très bel article, une fois de plus, qui donne envie de découvrir cette merveille. La cinémathèque française t'a mis dans ses liens : tu le mérites vraiment!

Ludo Z-Man 26/04/2007 18:40

Oui, ca m'etonne pas, de toute façon, c'est n'importe quoi, ce film !!! Ca transpire l'écran que personne, absolument personne n'est concerné par l'idée de faire un film qui tienne la route ! C'en est incroyable ! Que ca ait abouti à un long métrage encore visible de nos jours est un miracle ! Pour le réalisateur, j'ai lu sur le site Nanarland que Mad Movies confirmait dans un article signé Christophe Bier l'existence de Robert Oliver dont ce serait le seul film. Admettons...