THE TERROR OF TINY TOWN de Sam Newfield (1938)

Publié le par Ludo Z-Man

C’est par un film devenu un classique au sens propre du terme que je commence une petite série consacrée aux aberrations du cinéma américain des années 30 et aux pionniers du cinéma d’exploitation. En effet, si le cinéma bis semble commencer son age d’or dans les années 50, il est plus difficile d’avoir accès à des œuvres plus anciennes qui pourtant anticipent sur les outrances et les folies de ces films que nous aimons tant ici. Ca tombe bien : l’éditeur DVD Bach Films rend un hommage mérité à l’un des artisans les plus prolifiques de son époque, Sam Newfield (Samuel Neufield de son vrai nom), plus de 250 films au compteur en 40 ans de carrière, et dont la filmographie explose des les années 30, décennie où le bonhomme donne tout particulièrement dans son genre de prédilection : le western de série B. Mais il ne manquera pas d’aller explorer d’autres genres comme le rappelait récemment mon ami Pierrot dans sa chronique de Nabonga, un film d’aventures exotiques ultra-fauché avec un type dans un costume de gorille, ce qui est toujours un gage de qualité, c’est connu.


Mais c’est donc un western qui deviendra l’opus le plus connu du grand Newfield : en effet, à cette époque, il rencontre le producteur Jed Buell qui lui propose de tourner un film avec les « Singer Midgets », une troupe de nains chanteurs qui se produisaient avec succès dans des spectacles à Hawaï. Il n’en fallait pas plus pour enfanter un des objets cinématographiques les plus aberrants qui soient : un western musical avec des nains. All midgets casting, proclame fièrement le générique. De quoi s’étouffer avec son pop-corn. Le résultat a donc au moins le mérite de repousser les limites de l’imaginable. L’intrigue passe forcément au second plan face au sentiment d’étrangeté que dégagent les images du film. Il y en une pourtant : une vague histoire de rivalité entre deux familles de fermiers, les Preston et les Lawson, prises dans un complot manigancé par le méchant Haines qui jubile à mettre de l’huile sur le feu. Et au milieu de ça, une romance dégoulinante entre le fils Lawson et la fille Preston, façon Romeo et Juliette de l’Ouest Américain. Avec un concept pareil, il est aussi évident que la mise en scène se contentera du strict minimum. Et c’est là qu’on comprend l’un des paradoxes les plus étranges du film : malgré son principe franchement douteux et pour le moins excentrique, le film ne fait preuve d’aucun second degré. Nous ne sommes pas devant une parodie. Nous sommes dans un western qui tente de respecter toutes les règles et de reproduire tous les motifs du genre : course-poursuite, cavalcades frénétiques, complots, bagarres de saloon, corruption du shérif, vengeance

La taille des comédiens est donc la seule bizarrerie notable, et c’est bien ce que la mise en scène se plait à souligner en montrant que le décor et les accessoires n’ont pas été construits « à l’échelle » si vous me permettez l’expression. Du coup, pour l’orchestre du saloon, il faut deux musiciens pour jouer de la contrebasse. Reste que nos héros chevauchent des poneys lors des scènes d’action. Si l’amusante scène d’introduction façon music-hall semble donc annoncer une parodie délirante, c’est bien à un classique western matiné de comédie musicale auquel nous assistons. Même les intermèdes comiques et mélodramatiques ne font pas preuve de la moindre once d’ironie. Et si le film laisse globalement perplexe, c’est avec les fameuses scènes musicales que nous touchons le fond, le chœur de nains barbus qui improvisent une chansonnette chez le barbier du coin ou notre vaillant héros qui déclare son amour à sa belle donnent lieu à des moments particulièrement éprouvants qui vrillent les oreilles et scient les nerfs. Selon l’humeur, cette évocation de l’Ouest Américain à la mode Playmobil peut donc être vue comme une aberration particulièrement grotesque ou un sommet d’ennui totalement affligeant.

Publié dans série bis

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