THE BODY SHOP de J.G Patterson Jr. (1973)

Publié le par Ludo Z-Man

Les Grindhouse Movies et les films pour Drive-In se caractérisent souvent par un rythme extrêmement particulier qui aboutit d’intenses moments de flottements, étirements inutiles de la durée du film mais qui dans certains cas, magie du cinéma oblige, peuvent être élevés au rang de climax, effaçant toute notion du temps, précipitant le spectateur hagard dans un vertigineux trou noir cinématographique (le genre de phénomène qui fait du Devil Story de Bernard Launois une expérience de cinéma hors du commun). A moins qu’il faille voir cela d’un point de vue nettement plus prosaïque. Outre la nécessité du cinéaste de tenir ses 90 minutes avec un sujet rebattu et un scénario anémique (mais en même temps, faire du cinéma, n’est pas créer une durée ?), il faudrait sans doute expérimenter les conditions de visionnage qu’offraient ces salles des grandes villes, chez nous sur Times Square ou Hollywood Boulevard (ou de certaines salles de quartier en France) ou bien des Drive-In. Sur le siége avant de la voiture, le bras sur les épaules d’une jolie fille, venu là d’abord pour flirter, chaque temps mort du film se présentant comme une occasion idéale, la fille détournant le regard à intervalles réguliers à chaque fois qu’une pauvre bimbo se fait trucider par le méchant, laissant par ailleurs apparaître le corps plus ou moins dénudé de l’actrice sur fond d’accords cheap d’orgues survoltés, avant de replonger dans un rythme léthargique qui nous ferait perdre de vue le suspense du film. Ce qui serait bien dommage avec un film comme The Body Shop, on pourrait manquer des plans inestimables comme celui là :

 

Oui, oui, vous avez bien vu, le clap qui a vaillamment résisté à la table de montage. C’est beau.

The Body Shop est, disons le tout net, un énorme nanar, franchement gondolant et parfaitement affligeant, qui s’inscrit directement dans la lignée des films d’horreur les plus improbables que j’ai vu de ma vie. On doit la chose à J.G Patterson qui tient aussi le rôle principal du film, crédité sous le nom de Don Brandon, ce qui est aussi le nom de son personnage. L’histoire n’est absolument pas originale puisqu’on nous raconte celle d’un savant fou qui après le décès de son épouse, va tenter de se créer la femme idéale. Pour cela, il séduit (en les hypnotisant grâce à son regard irrésistible) de jolies jeunes filles et s’en sert pour composer sa créature de rêve. Transposition fauchée et sanglante du mythe de Frankenstein, le film ne prend à priori que peu de liberté et donc reste assez sage comparé à des bizarreries dont nous avons déjà parlé ici comme l’hallucinant Thing with Two Head ou le très psychédélique Invasion of Bee Girls. L’exposition est assez fabuleuse : c’est par une voix à la radio qu’on nous explique le point de départ du film, le décès de la femme de professeur Brandon, radio écoutée en fait par un type assis sur un banc dans un parc qui donne à manger aux canards. Le film commence donc la-dessus, par ce type qui regarde les canards et que (à moins que je n’aie pas fait assez attention) l’on ne reverra plus jamais, ni lui ni les canards. Enfermé dans son labo, le professeur entame alors une série d’expériences, aidé par un assistant moche, difforme et bossu qui gémis mais ne prononce pas une seule réplique intelligible. Le tout est rythmé par un thème musical au clavier, honteusement pompé sur My Favourite Things, un des morceaux les plus connus de la comédie musicale The Sound Of Music !!!

 

Et ça joue maaaaal, à un point, il faut le voir pour le croire ! Et ça fait peur, parce que pendant un moment, les seuls plans en extérieur sont des inserts brefs sur le manoir du savant, on se dit alors que ça va être un huis clos et qu’on va assister à une heure trente de théâtre expérimental. Heureusement, le docteur sadique finit par sortir pour aller chercher de nouvelles proies. Et ces séquences là sont encore pires, encore plus mal jouées. Les scènes de démembrages gores se multiplient par ailleurs sans complexe, dans un style grand-guignolesque qui rappelle inévitablement les films d’Herschell Gordon Lewis, parenté peu étonnante quand on sait que Patterson avait produit l’un des films de Lewis, The Gruesome Twosome. Mais si Patterson a hérité de Lewis son mauvais goût outrancier, il ne retrouve en rien l’humour trash et délirant du papa du gore. The Body Shop est surtout plombé par une réalisation atroce, sans doute handicapée par un budget limité, mais qui précipite le film dans les tréfonds de la nullité. La deuxième moitié du film est absolument consternante : outre un dénouement saugrenu, le film multiplie les moments inutiles comme ses séquences musicales interminables ou le savant fou partage le bonheur conjugal avec sa créature. Il finira en prison sans aucune justification, prison étrange donc puisqu’on y croise des gens avec des claps de cinéma.

 

Longtemps invisible et considéré comme perdu, The Body Shop fut exhumé et édité en vidéo sous le titre Doctor Gore. Spectacle grand-guignolesque complètement aberrant, il est un exemple particulièrement sidérant de ces séries Z sanglantes qui inspirèrent sans doute les films du sympathique cinéaste Frank Henenlotter, l’auteur de Frankenhooker. J.G Patterson réalisera encore un second film, The Electric Chair et mourut en 1974.

 

COUPEZ !

Publié dans série bis

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libi' 29/03/2007 18:38

Toujours aussi plaisant de te lire. Merci !