BAD GIRLS GO TO HELL de Doris Wishman (1965)

Publié le par Ludo Z-Man

Si vous êtes fidèle à Série Bis, vous le savez, Doris Wishman, véritable reine du sexploitation, fait partie de mes cinéastes fétiches, certains même l’ayant découverte ici. Nous avions abordé la filmographie de la dame par le biais de ces deux opus les plus célèbres, le fameux diptyque à la gloire de l’opulente actrice, Chesty Morgan. Remontons encore un peu loin avec ce Bad Girls Go To Hell (beau titre) considéré comme son premier roughie, ce genre de films violents et sexy qui feront sa réputation. En effet jusque là, Wishman a plutôt donné dans le nudie avec des titres aussi bizarres que Nude on the Moon, Diary of a Nudist, Blaze Starr Go Back to Nature ou encore The Prince and the Nature Girl. Si le film de nudiste, nous l’avions vu, est en général tout ce qu’il y a de plus chaste et de plus innocent, Bad Girls Go To Hell se veux nettement plus sulfureux et violent comme l’annonçait l’accroche « Possessed with sex, they know no shame! ». Notre « bad girl » qui s’appelle Ellen, est pourtant en apparence une épouse aimante et dévouée, pour ne pas dire soumise, qui s’ennuie en attendant le retour de son mari. C’est alors qu’elle devient l’objet de la convoitise d’un voisin plutôt pervers. Ce dernier la menace, l’attire chez lui puis la viole. En se défendant, Ellen le frappe à la tête et l’agresseur tombe raide mort. Terrifiée, la jeune femme décide de prendre la fuite et part en cavale. Elle quitte Chicago pour New York.

 

Le scénario est curieux, puisque la cavale d’Ellen n’avance en fait jamais. Ellen trouve quelqu’un qui veuille bien l’accueillir chez elle puis ça se passe mal pour diverses raisons et elle part. Le film répète la situation inlassablement, prétexte à précipiter l’héroïne dans des situations toujours scabreuses. Tout le film tourne en boucle. Si on frise la monotonie (malgré la courte durée du film), c’est le style Wishman qui donne sa saveur à l’ensemble, style déjà bien identifiable même si on n’est pas encore dans la folie absurde d’un Double Agent 73 ou la déconstruction surréaliste de A Night To Dismember (1). Ca commence pourtant par une chouette séquence de dialogue où, à l’inverse de ce qu’on voit la plupart du temps dans n’importe quel film, c’est celui qui ne parle pas qu’on voit à l’image. Le son du dialogue est toujours off et les plans ont sans doute été tournés sans se soucier du contenu des dialogues, ce qui donne l’impression que les personnages ne s’écoutent même pas. C’est très drôle, l’incommunicabilité du couple revue par le cinéma bis. Les tics de mise en scène (et surtout de montage) de la Wishman sont évidemment présents : ces plans d’inserts incongrus sur des objets du décor et aussi cet évident fétichisme des pieds qui donnent lieu à de longues scènes ou seules les jambes et les chaussures des comédiens sont cadrées. Le rythme est assez lent, avec des passages de flottement généralement destinés à mettre en valeur la plastique de l’actrice principale, les formes généreuses de Gigi Darlene. Dans les scènes de violence, le montage se fait énergique.

 

Tout le film est donc post-synchronisé : de nombreuses séquences sont entièrement musicales avec une BO jazzy sympathique, et l’héroïne réfléchit en voix off. Et je m’aperçois que j’adore toujours l’utilisation à la fois complètement kitsch mais aussi pour le coup très incongrue de la voix off dans les séries Z. John Waters s’en est d’ailleurs sans doute souvenu dans Pink Flamingos où la voix off est vraiment très drôle. Au final, avec son noir et blanc, son filmage caméra à l’épaule, ses plans à la sauvette dans les rues de New York, ses faux raccords et sa post-synchro ostentatoire, Bad Girls Go To Hell ressemble à un mélange de film noir et de cinéma d’exploitation, le tout mis en scène à la manière Nouvelle Vague (c’est un peu le A bout de Souffle de Wishman !!!). Un cocktail pour le moins curieux pour un film sympathique et parfois assez hilarant, il faut le dire, toutefois pas encore à la hauteur de la folie de ses œuvres futures. En effet, Wishman ira par la suite toujours plus loin, comme dans The Amazing Transplant (1970) ou un malade mental se fait greffer le pénis d’un autre homme. En attendant que ces films soient un jour dispos chez nous, je vous propose en bonus (c’est devenu une habitude, mais profitez-en car en ce moment, YouTube censure à tout va !!) la bande annonce du film !

(1) voir l'article de mon camarade le Dr Devo ici.

Publié dans série bis

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