MASSACRE A LA TRONCONNEUSE : LE COMMENCEMENT de Jonathan Liebesmann (2007) et aussi un retour sur la saga TEXAS CHAINSAW MASSACRE…

Publié le par Ludo Z-Man

Toujours à l’affût du moindre concept fumeux qui pourrait servir de prétexte à exploiter une franchise jusqu’à plus soif pour peu qu’elle soit lucrative, le cinéma américain raffole en ce moment de la préquelle, démarche inverse de la désormais tellement banale séquelle. On vous raconte ce qui s’est passé avant, let’s do the time warp again comme qui dirait. Comme son nom l’indique, ce Texas Chainsaw Massacre : The Beginning nous invite à découvrir comment une famille de dégénérés, bouchers texans au chômage, vont devenir une bande de psychopathes barbares s’en prenant à tous ceux qui osent s’aventurer dans le coin, dans le but d’en faire leur dîner du soir. Mais attention, il ne s’agit pas ici de retrouver les personnages du Massacre à la tronçonneuse réalisé en 1973 par Tobe Hooper, mais bien de son remake signé Marcus Nipsel en 2003. On le verra, c’est peu dire qu’on tire sur la corde, c’est quand même le sixième film de la saga.

 

Né dans la crasse et abandonné dans une poubelle, Tommy, garçon complètement débile à la carrure imposante, grandit dans une famille de bouchers grâce à laquelle il travaille dans l’abattoir du coin. Mais un jour, l’abattoir ferme, mettant tout le monde au chômage. Tommy pète les plombs et assassine sauvagement son patron. C’est le début d’une longue série de crimes sanglants pour celui qui deviendra Leatherface, le tueur au masque en peau humaine. Après une introduction façon « les origines du mythe » photographiée en simili-sepia, le scénario s’engage sur deux pistes narratives. Tout d’abord comment la famille Hewitt décide de subvenir à ses besoins, tout en continuant leurs activités de boucher mais avec de la viande humaine. De manière assez prévisible en fait, le personnage de Tommy/Leatherface est vite éclipsé par le personnage du shérif psychopathe apparu dans le remake de 2003 et incarné par R. Lee Ermey, le sergent Hartman de Full Metal Jacket. Totalement en roue libre, il se livre à un cabotinage survolté qui peut faire sourire un temps mais qu’on peut aussi trouver saoulant à la longue. Parallèlement, nous suivons quatre jeunes gens qui traversent le Texas, deux garçons qui décident de passer quelques derniers instants avec leurs copines avant d’être mobilisés pour partir au Viet-Nam. Il faut rappeler que le film replace le récit dans son époque : celle du début des années 70. En insistant sur le contexte politique du récit, cette prequelle rend explicite ce qui était sous-jacent dans le film originel de Hooper et de curieusement absent du remake de Nispel. Pourtant, toute cette matière paraît très vite superficiellement exploitée par le film.

 

Finalement, Texas Chainsaw Massacre : The Beginning voudrait être tout à la fois : une prequelle, une suite et un remake. Pourquoi pas après tout, mais encore faudrait-il qu’à un moment le film se réapproprie la matière qu’il emprunte aux précédents volets. Et là c’est pas gagné : déjà, le film se contente de reprendre la charte graphique du remake, ce qui se résume plus ou moins à lui emprunter son « look » élaboré par le chef opérateur Daniel Pearl qui avait aussi éclairé le film originel de Hooper faisant ainsi le lien esthétique entre l’œuvre matrice et sa nouvelle version. C’est peu dire que Liebesmann ne prend donc guère de risque. La mise en scène est sans audace ni personnalité : beaucoup de plans rapprochés, cadrages bateaux, rythme inégal. C’est du tout venant. Au bout d’une demi-heure, le film s’engage sur une voie linéaire, du déjà-vu, sans aucune surprise. Liebesmann surfe alors sur la vague du gore actuel, totalement en rupture avec le cinéma propret des années 90, signant ainsi l’opus le plus violent et le plus sanglant de la série (le CNC va encore gueuler !!!). Autre curiosité notable : cette tendance à refuser de plus en plus le sacro-saint happy-end, si obligatoire depuis les années 80. Mais est-ce vraiment aussi audacieux que ça ? Non, tant on se fout d’ailleurs franchement de ce qui peut bien arriver à nos héros, en tous cas, ceux-ci sont bien peu attachants, charismatiques et intéressants.

 

Donc, vous l’aurez compris, nous ne sommes pas ici en présence d’un spectacle très passionnant mais plutôt d’une boucherie bruyante, amusante par intermittence seulement, salissante surtout, sans âme ni ambition. Une bonne raison pour remonter le fil de la saga, afin de voir si on n’y trouve pas des choses plus intéressantes.

 

Je connaissais assez mal la série des Texas Chainsaw Massacre, sans doute parce que pour moi, le film signé par Tobe Hooper en 73 éclipsait automatiquement tous les autres et ce avant même de les avoir vu. Je ne vais pas revenir sur Massacre à la tronçonneuse premier du nom, beaucoup d’autre l’ont fait, avec pertinence, rendant ainsi justice à l’un des plus beaux films d’horreur… en fait, l’un des plus beaux films du monde carrément. C’est peut-être ça l’un des problèmes de cette série et ils se traduisent par deux symptômes assez paradoxaux : les films qu’il a inspirés sont tous radicalement différents du film de Hooper. Le film de Hooper, bien qu’il inventa et fonda les codes du cinéma d’horreur tel qu’on les ressasse jusqu’à l’overdose aujourd’hui, les dépassait très largement, les déstructurant et les démolissant à peine établis. Massacre à la tronçonneuse était un film expérimental prodigieux, un objet cinématographique merveilleusement étrange et singulier, totalement extrême et absolument inusable. Un chef d’œuvre malheureusement longtemps limité à son statut de série B gore (une erreur et un malentendu grave) et de spectacle scandaleux et inacceptable. Et pourtant, de façon totalement étonnante, chacun des films de la série sera, à sa façon, un remake du film originel. Tous (et pas seulement le remake officiel de Nispel) ne faisant que ressasser, copier, dupliquer, parodier, commenter le chef d’œuvre de Hooper. Y compris par Hooper lui-même d’ailleurs, nous allons le constater. Kim Henkel, co-scénariste et producteur de Massacre à la tronçonneuse se fendra même d’un remake officieux sorti en vidéo en 1994 sous le titre Texas Chainsaw Massacre : The Next Generation qui reprenait la trame originelle, reproduisait certaines scènes à l’identique, réintégrait des scènes coupées au montage, et faisait apparaître Marylin Burns en guise d’hommage, un hommage malheureusement plombé, faute d’une mise en scène inspirée.

 

Douze ans après Massacre à la tronçonneuse, la Cannon, la fameuse et mythique firme de Mémé et Yoyo (Menahem Golam et Yolan Globus pour les néophytes) tentent de se diversifier en produisant autre chose que les films d’action qui les ont rendus célèbres, les séries B bourrines avec Chuck Norris et Michael Dudikoff. La Cannon, c’est donc aussi, rappelons-le, Love Streams de Cassavetes et même King Lear de Godard (que je n’ai d’ailleurs jamais vu !). La Cannon rachète donc les droits du film de Hooper et demande à Hooper lui-même de réaliser cette suite, malgré les échecs de ses précédents films avec la firme. C’est L.M Kit Carson, le scénariste de Paris Texas et de A bout de souffle made in USA qui se charge d’écrire le scénario. Le résultat est pour le moins étonnant : l’ouverture est merveilleusement rentre-dedans. Deux jeunes cons se baladent sur les routes du Texas, à toute vitesse, et s’amusent à harceler une animatrice d’une radio locale. Ils tombent alors sur un type en camion, visiblement pas content, qui s’en prend à eux. C’est Leatherface lui-même qui avec sa tronçonneuse va se charger de les faire passer de vie à trépas. Complètement hystérique et surréaliste, faisant basculer le réalisme des premières images dans le fantastique le plus débridé, cette introduction place d’emblée le film sous le signe d’une horreur à la fois sanglante et complètement cartoonesque, dont le grand-guignol rompt brutalement avec la violence viscérale et suggestive de son prédécesseur. On sent aussi la volonté de Hooper de se moquer allégrement des slashers en vogue à l’époque, et cette ouverture sonne comme une raillerie envers un genre qu’il a contribué à enfanter. Il est en plus notoire aujourd’hui qu’Hooper et Carson essuyèrent pas mal de refus de la part de la Cannon qui jugeait leurs idées trop bizarres et subversives.

 

Loin de vouloir exploiter la légende de son œuvre, Hooper avait des intentions bien plus iconoclastes et propose donc une nouvelle version complètement furieuse et délirante de son film. L’humour noir, sous ses formes les plus excessives, du burlesque le plus baroque à la satire la plus féroce, est omniprésent, accentuant à l’outrance le grotesque inquiétant qui hantait le film de 73. Bien qu’adouci par la production qui avait trop peur de subir les foudres de la censure, Texas Chainsaw Massacre 2 reste un métrage ahurissant de hargne et de cruauté. Cette folie se retrouve dans le personnage du shérif illuminé et assoiffé de vengeance incarné par un Dennis Hopper à la même époque que Blue Velvet, et qui inspirera sans doute celui de William Forsythe dans le film de Rob Zombie The Devil’s Rejects. Chaotique et inégal, le film explose dans ses vingt dernières minutes où Hooper ose une relecture hallucinée de l’original, transformé en pur voyage forain et foutraque. On se souvient alors de ce que peut être quand même le cinéma de Hooper à son meilleur : cette folie sidérante, ce rythme frénétique, ce malaise sourd. Hooper se lâche, joue à fond sur le décor et les ambiances, s’amuse avec les cadres, les échelles de plans et la profondeur de champ. Bref, il fait de la mise en scène, quoi, et c’est jubilatoire, il casse son joujou avec une rage absolument sidérante. A la fin, on se dit clairement qu’Hooper sape la franchise, anéantit l’univers qu’il a construit. Impossible, absurde même de prétendre faire une suite après un tel film. Et pourtant…

 

Rachetée par New Line qui exploite avec succès la saga des Freddy en visant un public d’adolescents, la saga des bouchers texans trouve pourtant ici un troisième volet qui, au départ destiné à être mis en scène par Kim Henkel échoue à Jeff Burr. Charcuté au montage après un tournage chaotique, Leatherface – Massacre à la tronçonneuse 3 est un sérieux ratage. Ca commence mollement comme un road-movie texan à la Hitcher. Rien de bien exceptionnel mais pas honteux quand même. Puis Leatherface arrive et le film s’engage sur le même schéma narratif que les deux films précédents. Structuré uniquement autour de scènes directement empruntées à l’original qui en jalonnent la trame, le scénario se perd totalement, faisant surgir des personnages inutiles qui disparaissent dix minutes plus tard sans qu’on comprenne à quoi ils servaient. Ironiquement, le personnage de Leatherface qui donne son nom au film, reste totalement secondaire et sous-exploité. Il se fait voler la vedette par une petite fille sadique bien plus amusante et inattendue. La mise en scène de Jeff Burr n’arrive jamais à donner un semblant de rythme et d’atmosphère au film, limitant ainsi toute implication. Même déséquilibré, le deuxième opus était porté par ses audaces formelles. Cette suite paraît au contraire totalement atone. Le plaisir de retrouver au casting un Viggo Mortensen jeunot et Ken Foree, le héros du Zombie de Romero, ne change vraiment rien à l’affaire.

 

Cette découverte de la saga Texas Chainsaw m’aura surtout encouragé à jeter un coup d’œil à la filmographie de Tobe Hooper dont la carrière chaotique et les derniers travaux peu ragoûtants (ses deux médiocres épisodes pour la collection Masters of Horror) m’avaient un peu refroidi. Un cinéaste qui est capable de faire Fun House et Poltergeist, puis qui se retrouve à faire Night Terrors avec Robert Englund en marquis de Sade (un navet hallucinant), ça intrigue forcément. Il mérite sans doute que je m’y replonge.

Publié dans série bis

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Commenter cet article

Qux 04/04/2008 22:38

C'est pour moi le meilleur film de la saga, gore et violent à souhait.

JBL 06/02/2007 13:39

Ludo... toujours à donf' !

Dr Orlof 04/02/2007 12:56

J'ai été surpris de découvrir l'affiche de ce film et ce que tu en dis confirme mes réticences : encore un film inutile ! D'accord avec toi sur le film de Hooper mais également plutôt de l'avis de Norman Bates pour le reste de sa carrière : rien de bien mémorable à part ses deux Massacres ! (je ne l'ai pas revu depuis très longtemps mais je conserve néanmoins une certaine tendresse pour Poltergeist, un des premiers films fantastiques que j'aie vu)
 
NB : le remake de Nipsel est vraiment nul!

Norman bates 03/02/2007 19:31

Tout à fait d'accord avec vous... Toutefois vous pouvez vous replonger dans la carriere de Tobe Hooper sans risques, il n'a jamais fait aussi bien que les films que vous citez (je ne les ai pas tous vus, mais j'ai vu un grand nombre de nanars inintéressants)