TRANSAMERICAN KILLER de Mack Hail (2005)

Publié le par Ludo Z-Man

Le film dont je vais vous parler maintenant est doublement difficile à chroniquer. Déjà parce que justifier l’intérêt que j’ai eu à le voir par mon incorrigible perversité cinéphilique ne serait qu’un argument rebattu. Ensuite parce que le plaisir qu’il m’a procuré tient dans tant de petits détails anodins et inattendus qu’il me faudrait dévoiler. Ne serait-ce que le pitch du film d’ailleurs qui pourrait se résumer en trois lignes et qui détruirait tout le savant suspense ménagé par l’intrigue. En même temps, vous me direz, mais qu’est ce que c’est ce film, d’où tu le sors d’abord ? Et c’est vrai que nous sommes en présence ici d’un total inédit, d’un objet de provenance totalement obscure. Le réalisateur, c’est Mack Hail, enchanté de le connaître, je vois qu’il avait fait un autre film avant, Mr. Ice Cream Man, qui n’a pas non plus franchi les frontières. Quant à ce Transamerican Killer, il existe aussi sous un autre titre, Switch Killer. Si un jour, vous croisez ce film, vous penserez à moi, vous vous direz sans doute « mais il est dingue de nous parler de films comme ça » mais peut être que comme moi vous en ressortirez avec un large sourire.

 

 

Allons y donc. Une jeune femme rentre chez elle et fait précipitamment ses bagages. En off, on entend le message laisse sur son répondeur par son ex-petit ami. Visiblement, Jamie, l’héroïne l’a quitté pour une autre femme, ce qui a considérablement énervé le garçon qui s’en est pris à elle physiquement. Histoire de laisser tout cela loin derrière elle, elle plie bagage et se tire à Las Vegas. Après un générique en forme de mini-clip, on comprend qu’elle est devenue strip-teaseuse pour gagner sa vie, et qu’elle habite chez sa grand mère qui l’héberge charitablement. Elle a même une liaison avec une collègue de travail, même si cette relation ne semble guère fonctionner, à cause du souvenir toujours présent des violences subies avec son ex. Et en plus, elle reçoit d’étranges bouquets de fleurs d’un admirateur inconnu. Un soir, une des strip-teaseuses quitte le boulot et croise une mystérieuse femme en noir qui lui demande du feu. La femme en noir la trucide puis la balance sur les rails d’un train. Sympathique. Nous sommes donc dans un film d’horreur avec un tueur euh… pardon une tueuse de strip-teaseuse, on se rappelle d’ailleurs du Gore Gore Girls de Hershell Gordon Lewis que j’avais chroniqué ici-même.

Très vite, on comprend que Transamerican Killer, c’est du bon gros Z qui tache. Esthétiquement, le film est à l’avenant. La mise en scène est anonyme, la lumière est téléfilmesque et sur le DVD on a droit à un recadrage sauvage (du 1.85 au 1.33) ce qui renforce l’approximation et l’indigence des cadrages. Le film oscille entre un style de série TV passe-partout et de passage clippesques en général destinés à dénuder les actrices qui s’en donnent à cœur joie. Le rythme est surréaliste. Il n’y en a pas, c’est incroyablement mou, et en plus, quelle surprise quand on comprend que le film ne dure pas les 1h25 annoncées, mais tout au plus 65 minutes, avec un sacré ventre mou dans la seconde moitié. Le son est plat, la bande son merveilleusement prévisible, une soupe synthétique pour faire monter la tension et du métal pour l’ambiance des qu’il ne se passe rien. Mais le film sait faire les choix qui vont dérouter et nous intriguer et nous plonger dans une perplexité joyeuse. Par exemple, alors que le film que nous regardons a tout du slasher bourrin, on a droit à une sous-intrigue mélodramatique incogrue. Le personnage de la grand-mère affectueusement appelée Grandma’ qui vit toute seule devant sa télé, se retrouve à l’hôpital. Heureusement, ce n’est pas grave, mais ça mérite une jolie scène tout droit sortie d’un téléfilm pour les après-midi de M6. Il s’en fallait de peu pour que la gentille mémé passe l’arme à gauche. En plus, le film culte de la grand mère, c’est Casablanca. Et donc, on voit la grand mère devant la télé regarder en boucle Casablanca. Et là on s’aperçoit qu’ils ont refait Casablanca. Ce n’est pas le film de Michael Curtiz à l’écran mais une imitation ultra-cheap totalement splendouilette (ils ont même fait une fausse pub pour les tronçonneuses qu’on voit sur une télé pendant la scène de la fête ou Jamie va se saouler). C’est très rigolo.

 

 

Et puis il y a la manière dont le film gère son insoutenable suspense. La nana tout en noir, look gothique façon Trent Reznor de supermarché, on comprend vite qu’elle va finir par s’en prendre à cette chère Jamie. Que c’est elle, l’étrange admiratrice qui lui envoie des fleurs. Seulement, encore faut-il étirer le film au maximum, afin que notre serial killer décime les ¾ du casting (sans que ça n’effleure personne d’ailleurs) avant de s’en attaquer à l’héroïne. Mais le plus beau reste évidemment le rebondissement final, rebondissement qui n’en est pas un, puisque ce magistral suspense tombe à plat des le début. En fait le suspense est tout autre, la vraie question étant « non, c’est pas vrai, il n’a pas osé ??? il ne va pas faire ca ??? ». Et on a même droit à des indices, oui, notre tueur(se) pisse debout dans les toilettes des boîtes de nuit. Eh oui, vous avez tout compris, mes ami(e)s. Nous avons affaire à un(e) serial killer(euse), l’ex-petit copain jaloux ayant changé de sexe pour reconquérir sa belle (manque de pot on aura eu droit juste avant à une scène de contre coming-out où Jamie se rend compte qu’elle n’est pas lesbienne !!) et en a profité pour occire toutes ses collègues de boulot(1). Tout cela se termine dans une ambiance de fête car franchement quoi de plus festif qu’un slasher avec un tueur transsexuel chez les strip-teaseuses.

 

 

Mais attendez, ne partez pas. Oui, le film est fini, le générique défile et pourtant, il reste 20 minutes de rab. Qu’est ce qui nous attend encore ? Et bien tout simplement les bonus du film sont directement inclus dans le générique, autant dire qu’on en demandait pas tant ! Tout d’abord une longue bande annonce en forme de clip sur une des chansons du film. Bof. Puis la version longue de la pub pour les tronçonneuses (« CALL 1-800-CHAIN-SA !! »), tronçonneuse qui au final avait une utilité dans l’intrigue, c’est dire si tout était prévu. Un making of. Et en guise de bouquet final : un… comment dire… un truc utile… un… concours de tee-shirts mouillés avec les actrices du film au bord de la piscine dans une ambiance débridée et détendue. Y’a pas à dire, on est gaté !

 

 

(1)    C’est ce qu’on appelle y aller avec la bite et le couteau si vous me passez l’expression. Hum…

 

Publié dans série bis

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