SAW 3 de Darren Lynn Bousman (2006)

Publié le par Ludo Z-Man

Jigsaw, le nouveau psychopathe à la mode dans le monde merveilleux du film d’horreur, va bientôt mourir. Il est très malade, super mal en point. A tel point que pour l’assister dans ce troisième épisode de l’une des sagas les plus neu-neu du genre, il sent qu’il va lui falloir un complice. C’était l’un des 24 twists finaux de Saw 2 (tous de la mort qui tue qui-déchire-sa-race-j’y-crois-pas-c’est-trop-de-la-balle !), souvenez vous : l’une des survivantes des piéges sadiques de Jigsaw avait enfin trouvé un sens à sa vie grâce au criminel. Eh oui, après des années à se morfondre dans sa chambre à contempler ses piercings, à pleurer son mal de vivre et à se caresser en écoutant des chansons d’Indochine ou d’Evanescence, la pauvre fille trouve sa voie en aidant Jigsaw à rendre la justice. Sauf que la fille, elle, c’est une VRAIE méchante. Jigsaw, c’est un méchant, mais elle, elle est vraiment super-méchante. La preuve : quand elle installe des piéges, les gens n’ont aucune chance de s’en sortir.  

 

Resultat : tout le monde y passe. Un type qui vient de passer des années en prison se retrouve enchaîné à même la peau (façon Hellraiser) pour se faire réduire en bouillie. La femme flic du deuxième épisode avait un emploi du temps chargé l’empêchant de revenir jouer dans le 3. Peu importe : on la brûle à l’acide puis une machinerie lui explose le thorax. Un père de famille a fait pisser son chien dans la rue. On le noie sous des tonnes d’excréments canins. Un jeune geek a téléchargé illégalement des mp3 du dernier album de M Pokora (ça, faut avouer, ça pardonne pas !), ce qui laisse transparaître un malaise psychologique profond doublé d’une perturbation de son identité sexuelle (parce que Jigsaw, avant de te torturer, il te fait ta psychanalyse en 20 secondes aussi…), bref sa vie est foutue : du coup, il est forcé d’écouter le dernier album de Michel Sardou à fond et en boucle sans hurler sous peine que les deux bombes placées juste à côté de ses tympans lui éclatent le crane. Jigsaw, c’est un peu la version hard des émissions de télé-réalité sur la 6 ou Super-Psy et Super-Nanny se déplacent pour arranger tes problèmes de vie de couple ou te dire comment élever tes gosses. Sauf que Jigsaw, il te fout direct dans un hachoir géant ou pour te libérer, tu dois choper la clé qui permet d’ouvrir le cadenas qui permet d’allumer le réchaud à gaz qui va brûler tes liens sauf que si tu y arrives pas à temps, dans une minute l’acide sulfurique contenu dans ce bocal va ronger la porte de la cage libérant des hamsters enragés qui viendront te bouffer ton postérieur… et leurs dents sont même imprégnés de cyanure(1). Si tu réussis à trouver la clé avant que le temps de la clepsydre soit écoulé, Passe-partout et le père Fourras t’attendent à l’entrée du Fort.  

 

 

Sauf que vu comme ça, il a l’air altruiste, Jigsaw, mais en fait, il s’en bat les rognons de vos problèmes !!! Vu que « son cerveau est trop grand pour sa tête » (c’est dit tel quel dans le film !), il a développé une tumeur et fait kidnappé par sa copine (la gothique-punk-déprimée-suicidaire-débile… rayez les mentions inutiles) une infirmière qui a trop délaissé sa famille au profit de son métier (c’est pas bien !). Pire : le mari de l’infirmière, obsédé par la mort accidentelle de son fils, se voir confronter au gens qui ont empêcher la condamnation du salaud qui renversé son gamin en bagnole. Jigsaw le teste en fait pour savoir s’il peut pardonner. On en vient à se poser des questions hyper-profondes comme : « Est-tu prêt à te prendre une balle de fusil en pleine tronche pour sauver le type qui a tué ton fils ?? » ou encore « Préfères-tu vivre avec trois oreilles, huit jambes et pas de bras ou sauver ta femme d’un cancer généralisé en stade avancé de leucémie doublé d’un Parkinson aggravé d’Alzheimer et d’un furoncle au pied gauche ? » Et personne, PERSONNE, ne songera jamais à lui dire : « Mais tu vas arrêter de nous les briser avec tes questions ??? »

 

 

Bonjour, amis lecteurs, on va jouer à un jeu, tu es un lecteur de Série Bis, ce qui tente à prouver soit que tu es l’un rares assidus (voir de l’espèce encore plus rare qui laisse des commentaires, ce qui aggrave ton cas !) soit lors de tes nombreuses escapades sur Google guidé par les mots magiques « gore » « sang » « violence » « nichon » « nanar » « bimbos délurées » « 180 de tour de poitrine » « Doris Wishman » etc… tu as atterri ici plus ou moins par hasard et tu es resté scotché devant la pertinence du choix des films et la qualité rédactionnelle des articles (sache que si tu es patron d’un journal réputé spécialisé dans le cinéma, tu seras peut-être épargné)(2), et bien tu es un raté, sans espoir, un type accro au net sans grande vie sociale, et tu ne fais aucun effort pour que ça s’arrange. Tu profites éhontément du système et sous prétexte que tu n’as pas de boulot, tu payes le cinéma moins cher et tu crois que c’est même une excuse pour télécharger des films en screener tout pourri. Et bien toi, ami lecteur (plus pour longtemps) tu mérites d’aller voir Saw 3 et là tu verras que Jigsaw sera ton maître. Car Jigsaw a tout, absolument TOUT prévu.

Même… SAW 4 !!!  

 

Plus sérieusement, la saga Saw, c’est donc ce qui se fait de plus crétin dans le genre actuellement et donc de plus sublime. Qu’on se le dise : si le Direct to DVD à l’ancienne a encore de beaux jours devant lui (Série Bis ne compte pas lâcher le créneau de sitôt), le voilà maintenant grand et beau dans les salles. Excroissance cinématographique purulente toute gonflée d’hystérie pré-adolescente, Saw 3 explose en un fulgurant déchaînement de bêtise crasse déversée avec une hargne inédite, filmée n’importe comment et montée à la machette sur une bande son saturée de bruitages stridents et de soupe néo-métal imbuvable. Mais mieux que ça : Saw 3 est grand film social. En effet, Jigsaw, papy mourant, ruminant sa misanthropie entre sa perfusion de glucose et sa poche d’urine, forcé de se faire trépaner en live sans anesthésie (la seule scène vraiment très gore et très crade du film)  c’est la revanche du 3éme age sur ces petits cons de jeunes qui n’ont rien compris à la vie. Elle est là, la clé, ce public de retardés, qui ne comprend rien à rien, à qui il faut encore expliquer ce qui s’est passé dans les précédents épisodes (en revenant sur des scènes des deux premiers) ou même faire des flash-backs de scènes survenues une minute plus tôt dans le film, au cas où on les aurait déjà oublié(3), et bien, il n’a que ce qu’il mérite. Jigsaw, c’est le type dégoûté d’être arrivé à la retraite et qui passe son temps comme il peut. Les vieux, ils sont là pour vous faire chier parce que leur vie, elle est finie mais elle continue quand même.

Jigsaw, la terreur des maisons de retraite, c’est clairement le psychopathe le plus casse-couille de tous les temps.

 

(1)    Et paf ! un clin d’œil au Magnifique !

 (2)    Mad Movies à mis Saw 3 en couverture quand même !

 (3)   Audace formelle que je n’avais vu jusqu’ici que dans le chef d’œuvre sublime de Bernard Launois Il était une fois le diable.

Publié dans série bis

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lunatic 20/12/2006 12:46

...voici le retour du p'tit bichon masqué, l'homme qui chronique plus drôle que son ombre !cette fois-ci, je crois que c'est définitif : je vais regarder Saw 3 ^^ça me fera ma dose de nanard pour la fin 2006 :)

Vincent 18/12/2006 13:31

Eh bien, moi qui m'était presque décidé à voir le premier, vous m'avez bien refroidit...

Mad 04/12/2006 13:56

Saw aura au moins eu le mérite de me faire bien rigoler en lisant ta chronique...

Ludo Z-Man 04/12/2006 17:54

Merci à vous !
 
Je suis d'ailleurs trés surpris de l'indulgence voire des éloges trés serieux ("gore", "choquant", "culte" etc...) dont on fait preuve envers le film dans la presse spécialisée dans le fantastique/horreur ainsi que dans les forums sur Internet.
La saga Saw, et ce depuis le premier épisode, déja fort médiocre et totalement surfait, est vraiment une grosse baudruche sans intéret dont l'emballage tape à l'oeil cache mal le simple coup de marketing malin déguisé en gros nanar poisseux et parfaitement grotesque.

Norman bates 28/11/2006 22:49

Bravo, c'est sublime !! Sans blaguer, le théme des vieux qui font chier les jeunes a donné de nombreux films, pas tous mauvais. Groland par exemple a  beaucoup dévelloppé ce théme.

libi' 28/11/2006 19:03

T'es quand même courageux d'aller voir des trucs pareils au cinéma. Ta critique m'a bien fait marrer, surtout le passage où tu te prends pour Jigsaw. Comment t'as fait pour me percer à jour comme ça, c'est ouf !!! ;-)