EXPOSE de James Kenelm Clarke (1975)

Publié le par Ludo Z-Man

C’est d’une petite rareté dont nous allons parler, un film britannique assez curieux qui doit l’essentiel de sa (mauvaise) réputation pour avoir été classé dans la sulfureuse liste des video-nasties et ainsi comme le clame la jaquette du DVD(1) interdit pendant une vingtaine d’années. Petit rappel historique : dans les années 80, l’Angleterre Thatcherienne se met en tête que les films d’horreurs qui pullulent dans les vidéoclubs sont responsables de la décadence de la jeunesse et afin d’éviter que ces fragiles créatures soient tentés d’aller démembrer la voisine à la tronçonneuse ou de s’initier aux cannibalisme en dévorant le petit dernier de la famille, on élabore une longue liste de films dangereux pour votre santé mentale parmi lesquels Last House on the Left de Wes Craven, L’au delà de Lucio Fulci, Cannibal Holocaust de Deodato ou Evil Dead de Sam Raimi pour ne citer que les plus connus(2). Exposé (connu aussi sous le titre Trauma) en faisait donc partie, voilà vous êtes prévenus ! Spécialisé dans l’érotisme, James Kenelm Clarke s’offrait un écart glauque avec cet étrange thriller en huis-clos qui lui permet de mettre en scène le mythique comédien au regard fascinant Udo Kier qui venait d’être révélé par un grand classique de l’épouvante gothique, La Marque du Diable, et iconisé par Paul Morrissey dans son diptyque iconoclaste et très controversé Blood for Dracula / Flesh for Frankenstein, des relectures très provocatrices des grands mythes du fantastique.

 

L’acteur allemand, à la filmo passionnante de Fassbinder à Lars Von Trier en passant par Gus Van Sant (l’Etrange Festival lui rendait hommage l’année dernière), interprète ici Paul Martin un écrivain à la personnalité sulfureuse, vivant reclus dans une maison dans une campagne faussement paisible. Seules des visions effrayantes et cauchemardesques viennent perturber le calme des journées de l’auteur, l’isolant et le précipitant plus profondément dans la folie. La bizarrerie de ce film, qui le rend par ailleurs assez difficile à raconter, provient du fait que son sujet ne se dévoile que très tard, et que son atmosphère s’installe très lentement au risque de plonger le spectateur dans une certaine torpeur. On comprend très vite que le film se circonscrira aux limites du huis-clos, jouant sur une atmosphère étouffante et claustrophobe que seuls quelques plans de nature verte et de blés dorés viennent aérer. Des gros plans d’objets ou de visages renforce cette impression de malaise, oscillant entre une certaine vulgarité (la scène de cul assez racoleuse au début avec la maîtresse de l’écrivain, on est bien dans un film d’exploitation) et un petit côté arty et surtout artificiel. En fait, notre écrivain attend l’arrivée d’une dactylo engagée pour l’aider à écrire son nouveau roman. La jeune femme est une très belle blonde extrêmement séduisante (Linda Hayden, beauté sexy typique du cinéma bis anglais des années 70) et évidemment entre elle et lui, leurs rapports se déplacent très vite sur le terrain d’une séduction trouble. Ambiguïté à son comble dans cette scène où Paul Martin fouille les affaires intimes de la jeune femme tandis que celle-ci s’adonne au plaisir solitaire dans un champ de blé. Le sexe est omniprésent, y compris dans les dialogues puisque tandis que la jeune femme revient de sa promenade, l’écrivain lui reproche « Vous avez été pris votre temps ? » et elle lui répond « A venir ? » le verbe « to come » ayant ici un double sens évident.

 

 

 

 

Malgré tout, on suppose très vite que dans le jeu du chat et de la souris en les deux personnages, la proie n’est pas forcément celle qu’on croit et dans sa seconde partie, le film s’engage sur une voie assez classique de thriller, toujours fortement matiné d’érotisme, mais néanmoins bien plus attendu. La révélation finale est à ce titre vite prévisible mais le pire reste le rebondissement final, à mon sens, totalement raté et qui laisse sur une assez mauvaise impression au vu d’un début bien plus insolite et intéressant. Série B flirtant avec le sexploitation, Exposé s’avère être une oeuvrette assez mineure malgré quelques bonnes idées et la présence « agréable » de la sensuelle Linda Hayden. Pourtant, j’ai appris qu’un remake du film était en préparation avec même Jane March dans le casting (ça fait combien de temps qu’on l’avait plus vu elle ?), une drôle d’idée. Quant à Udo Kier, récemment croisé dans le segment de Carpenter pour les Masters of Horror, on le reverra dans le prochain Von Trier.

 

(1)   Disponible chez BACH FILMS.

 

(2)   Liste complète des films interdits disponible ici : http://en.wikipedia.org/wiki/Video_nasties

Publié dans série bis

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