GORILLA DRIVE-IN DOUBLE FEATURE : THE BEAST THAT KILLED WOMAN de Barry Mahon (1965) / ROBOT MONSTER de Phil Tucker (1953)

Publié le par Ludo Z-Man

C'est un grand jour aujourd'hui puisque nous inaugurons le Drive-in de Série Bis, où vous êtes tous conviés à venir déguster nos double-programmes maison.

 

 

 

 

 

Aujourd'hui, deux films terrifiants avec des types dans un costume de gorille, des gens tout nus, des reptiles en pâte à modeler et d'autres surprises réjouissantes.

Garez-vous, rapprochez-vous de votre petite copine (ou de votre petit copain) : le spectacle va démarrer.

And now, our feature presentation ! 


The Beast That Killed Women 1965
Vidéo envoyée par ludozman

Mon gorille chez les nudistes…

  Au début des années 60, les contraintes imposées par le fameux code de censure du ministre Will Hays, le dadais aux grandes oreilles, est toujours en vogue, proscrivant ainsi la nudité dans le cinéma américain. A cette époque, le réseau des salles et des drive-in n’est pas encore monopolisé par les grandes majors et les petites maisons de production, spécialisées dans la série B ou Z peuvent se permettre de distribuer des films sans passer devant le couperet de la commission de censure. En plus, on produit un film pour une poignée de dollars, et ça sort dans quelques salles dans une grande ville et dans deux ou trois états, le temps de rentrer dans ses frais, ce qui ne pose pas de problème si le producteur est malin. Après le succès de The Immoral Mr Teas, le premier film de Russ Meyer (1959), petite comédie coquine sur un type qui voit tout le monde tout nu, d’autres cinéastes s’engouffrent dans la brèche de ce nouveau genre, le nudie : on a déjà parlé de certains d’entre eux, ce sont Doris Wishman, Robert Lee Frost ou encore Herschell Gordon Lewis et leurs producteurs, Harry Novak, Dave Friedman et Barry Mahon.

Stakhanoviste du genre, Barry Mahon produit et réalise tout au long des années 60 nombre de nudies, à l'exception notable d'un Wonderful Land of Oz en 1969, visiblement destiné aux enfants et dénué de tout érotisme, version que je n'ai malheureusement pas vu (jamais sortie en France, je crois), qui sait, peut-être le chaînon manquant entre le classique de Victor Fleming et l'étrange Return to Oz, suite réalisée quarante ans plus tard par Walter Murch ! Revenons à nos nudistes puisque le générique de The Beast that killed woman affiche un casting composé des « Miami Beach's most lovely nudists » et je n'invente rien ! Ca commence par un pauvre gars qui patiente dans un hôpital, puis un flic arrive pour l'interroger. Il lui raconte son histoire en flash-back : un matin, son épouse et lui prennent le petit déjeuner dans le jardin. Seulement, la femme aurait bien envie de se déshabiller, c'est vrai, c'est toujours un peu chiant de porter des fringues. Et si on allait à la plage propose-t-elle ? Ca tombe bien car nos deux amoureux sont nudistes. C'est parti pour une journée de détente et de jeux avec des gens sympas qui vivent eux aussi tous nus.

A la lisière du reportage sociologique tendance cinéma vérité (pas de mise en scène, son direct), on assiste ébahi à une apologie du nudisme ou des vacanciers en tenue d’Eve ou d’Adam s’adonnent à toutes sortes d’activités de plein air : natation, volley-ball, tennis, excursion en foret et papotage prés du distributeur de Coca, le tout sur une musique d’ascenseur indescriptible (la BO est merveilleuse). Deux nanas tentent d’attraper une serviette accrochée à un mur, Deux autres filles réfléchissent pour savoir qui va prendre le lit du haut dans la chambre. Une jolie danseuse en bikini improvise une chorégraphie prés du feu sous le regard ravi des autres vacanciers. C’est passionnant ! Ce qui est assez fabuleux, c’est l’absence totale d’une quelconque ébauche de narration (hormis l’intrigue principale sur laquelle nous allons revenir) histoire de faire que cela tienne sur la durée (pourtant très courte, une heure tout juste). En fait donc, un gorille (un type dans un costume quoi !) débarque un soir dans le camp et tue une des filles sans qu’on sache trop comment d’ailleurs (il l’étrangle ???). Le lendemain, tandis que nos deux amoureux rentrent dans leur cabine, le même gorille les attaque, envoie valdinguer le mari dans le lac (c’est pour ça qu’il se retrouve à l’hôpital en fait avec un régime à la gelée de fraise !) et s’en prend à son épouse. Les pensionnaires du camp sont terrifiés (c’est le gag récurrent du film, la fille qui a pris le lit du haut, morte de trouille, rejoint sa copine dans le lit du bas, rassurez-vous, rien de bien sulfureux !).

Le patron appelle la police, embêté que tout le monde déserte son établissement. Le plan des flics, c’est de se servir d’un de leurs agents féminins comme appât (à un moment, je me suis demandé si ils allaient la déguiser en nudiste…). Evidemment, pas besoin de vous préciser que tout se terminera bien, et le camp pourra retrouver sa tranquillité de jadis, véritable coin d’Eden pour les vacanciers. Monument de vide cinématographique radical, The Beast that killed woman est un exemple sidérant d’un cinéma absolument désuet et dont l’érotisme apparaît comme totalement naïf et inoffensif. On est loin des œuvres plus osées et aussi plus violentes de Doris Wishman ou de Russ Meyer. Le nudie avait d’ailleurs plusieurs variantes de la plus soft nommée le nudie-cutie à celle flirtant avec la SF, le space-nudie ou avec le fantastique : le monster-nudie. Barry Mahon arrêta sa carrière dans les années 70. Il avait un autre titre de gloire : ancien prisonnier de guerre, il aurait inspiré le personnage de Steve McQueen dans La Grande Evasion.

Et maintenant, l’entracte.

Nous vous rappelons que des pop-corn sont en vente dans cette salle.

 

 

Révisons nos classiques maintenant avec ce film mythique et pourtant peu connu dans nos contrées (à quand un DVD ?), Robot Monster de Phil Tucker, légende de la série Z des années 50 qu’on se plait souvent à comparer au Plan 9 from outer space d’Ed Wood, autre indispensable du genre. Tourné pour 15000 dollars en quatre jours par un ex-marine originaire du Kansas qui tenta de se suicider suite à l’échec commercial de son œuvre (il s’agirait en fait d’une sordide légende, sa dépression n’étant pas vraiment liée au destin du film), Robot Monster présente d’étranges similitudes avec un autre classique du genre, Invaders from Mars (Les envahisseurs de la planète rouge pour le titre français) de William Cameron Menzies, sorti la même année : les deux films adoptant le point de vue d’un enfant confronté à une invasion extraterrestre mais se terminant de surcroît par une pirouette scénaristique similaire. Si le film de Menzies tenait quand même debout, constituant un ancêtre enfantin du Body Snatchers de Don Siegel, celui de Tucker aura vite fait de sombrer dans le n’importe quoi à force d’aberrations et d’incohérences en tous genres.

Essayons tant bien que mal d’en résumer l’argument : un gamin, Johnny, venu pique-niquer avec sa mère se promène prés d’une grotte et s’amuse avec son pistolet à se prendre pour un robot, ce qui semble faire rire tout le monde. Après une petite sieste, il se réveille et assiste à l’improbable, des éclairs, des lézards géants qui se battent et un monstre étrange qui sort de la caverne. En fait, l’humanité a été entièrement détruite par les aliens grâce à leur rayon cosmique. Pourtant, un groupe d’humains a survécu, Johnny et sa petite famille et ce sont bien les seuls. En fait, le papy scientifique et archéologue, très prévoyant, les a tous vaccinés contre le rayon cosmique (ben voyons !). Seulement voilà, le monstre de la caverne, chargé par son chef de faire le ménage sur Terre, est à leur trousse. Ce monstre, qui a fait la célébrité du film, c’est l’ineffable Ro-man, cyborg extraterrestre d’un ridicule inégalable, interprété par George Barrows qui avait dégoté un costume de gorille. Histoire de le faire ressembler à un robot, on lui a juste mis un casque de scaphandrier sur la tête et le tour était joué. A noter que le même costume est utilisé pour le personnage du chef de Ro-Man.

Comme vous pouvez l’imaginer à la lecture de ce résumé, Robot Monster est un film plutôt fauché. En fait, c’est pire que ça. On est devant un fleuron absolu du low-budget. En comparaison, le Plan 9 de Ed Wood est une super production. Tourné dans un coin de campagne avec sept acteurs, l’action se déroule dans deux décors : une façade de baraque en ruines et la grotte dont Ro-Man fait son quartier général. Les inserts de combat de lézards, dont on se demande encore la signification, sont des stock-shots fauchés à un film des années 40. Pendant la première demi-heure, le film se résume à des dialogues interminables pendant lesquels Ro-Man reçoit des ordres de son chef par le biais d’une liaison vidéo et discute avec la petite famille (eux aussi sont équipés en matériel haute technologie et même en électricité, si on en croit le bruit de fond insupportable qui sature la bande son) pour leur dire qu’il va les exterminer et que leur mort va être indescriptible. Ca dure comme ça pendant un bout de temps et personne ne bouge de son repère, ce qui fait que l’intrigue n’avance pas d’un iota et ce, même après l’entracte (eh oui, y’a une entracte !).

Tucker ne trouve rien de mieux que de nous infliger alors une amourette complètement incongrue entre les deux jeunes premiers du casting qui après une scène de flirt d’une niaiserie sidérante, décident d’annoncer leur mariage… et le scientifique d’exaucer leur vœu en improvisant une cérémonie dans un décor en ruines. Heureusement, c’est le prélude à un final délirant comme il se doit où soudain le scénario se précipite et accumule les moments les plus incongrus, comme cet épisode King-Kongesque ou Ro-Man kidnappe la mariée et tente de la violer. S’en suit une orgie d’éclairs, de bruitages bizarres et de stock-shots de lézards qui se prolongeront même après le happy-end, amené par un rebondissement final que vous aurez sans doute déjà deviné. A noter que Robot Monster fut à l’époque présenté en 3-D ! Est-ce que Ro-Man sortait de l’écran à la fin du film ? On a le droit d’en douter puisque à la fin, Tucker trouve une variation étrange du concept de la 3D… en répétant trois fois le même plan !!! C’est le système 3-D en somme…

Le drive-in de Série Bis vous remercie de votre visite et espére vous revoir bientôt !

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Dr Orlof 13/08/2006 19:20

Où peut-on voir ces merveilles!!!
Superbe note, comme d'hab! on en redemande.
Du coup, j'ai été cherché quelques précisions sur Barry Mahon chez mon maître JP.Bouyxou qui l'évoque ainsi : "Barry Mahon, réalisateur du dernier film d'Errol Flynn (le quasi dadaïste Cuban Rebel girls), torcha entre 1961 et 1970 (tout en restant très actif dans d'autres domaines), pour un budget moyen de 15000 dollars, plus de 40 nudies (dont le curieux Fanny Hill meets Erotico, 1967) et films naturistes, aussi redoutables les uns que les autres; on aimerait quand même voir Nude Las Vegas avec l'ex top model Bunny Yeager qui, passée derrière l'objectif, avait photographié Betty Page pour Playboy en 1955 [...] et Naked zoo (1969) co-réalisé avec William Grefé, avec...Rita Hayworth (qui, rassurez-vous, ne s'y déshabillait pas.)"
Voilà qui fait envie!
Quand à Robot monster, il fait souvent partie des sélections destinées à élire le "plus mauvais film au monde". Rien que pour ça, j'aimerais le découvrir...

Ludo Z-Man 14/08/2006 20:33

Une mine indispensable, ce Bouyxou !
 
Sinon, à ma connaissance, la référance en matiére de nudie reste la collection Something Weird éditée par Image Entertainment, qui, sous le parrainage du cinéaste Frank Henenlotter est réputé pour ses excellentes galettes riches en raretés bis excentriques et autres bonus déviants. Inutile de dire qu'une telle collection ne trouve aucune équivalent chez nous même si à l'avenir des boites comme BACH FILMS ou BAC MAJESTIC (et son Etrange Collection au sigle copié sur celui de SW et qui compte sortir pas mal de titres de chez SW notamment les Gordon Lewis) laisse espérer de bonnes choses.
Je vous reporte ici pour plus de renseignements sur Something Weird
http://www.trash-times.com/index.php/?2006/07/04/17-mini-interview-avec-le-staff-de-something-weird-video
et me permet du même coup de saluer la réouverture sous forme de blog du site de l'excellent fanzine Trash Times.
 
Quant à Robot Monster, même punition, aucun zone 2 à signaler.
 
LUDO