ZOMBIE KING AND THE LEGION OF DOOM de Stacey Case (2003)

Publié le par Ludo Z-Man

Aux frontières du bis et du cinéma amateur, Zombie King and the Legion of Doom (étrange titre « français » pour un film qui s’appelait originellement Zombie Beach Party) est une production fauchée, tourné avec les moyens du bord, qui se voit arriver en DVD, avec en prime, le parrainage amical d’un certain George Romero, ce qui est toujours sympathique au générique (un peu comme Lynch avec Cabin Fever…) mais qui d’un point de vue de la qualité cinématographique, ne veut pas dire grand chose (un peu comme Lynch avec Cabin Fever !). Essayons de cerner les intentions d’un tel film, elles sont simples, c’est un film de fan, un film de nerd, ce Zombie King ne se veut rien d’autre qu’un délire de potes réalisé par un type qui pendant des années s’est enfilé des tonnes de BD et a du écumer les vidéoclubs à visionner tout ce qu’il trouvait de plus bis. A la fin, il le dit et remercie Romero (qui devait y faire un cameo en fait) et Stan Lee. En fait, moi, je suis toujours un peu gêné vis à vis de ce genre de film. D’abord, parce que la démarche du cinéaste y est ultra-transparente et que le personnage de l’apprenti réalisateur, gros geek drogué aux vidéos, jour et nuit, et qui croit que la vie, ça ressemble à ce qu’on voit dans les films, et bien oui, j’avoue, c’est un peu moi aussi. Seulement, quitte à enfoncer des portes ouvertes, les bonnes intentions n’ont jamais fait les bons films et si des gens comme Peter Jackson, Kevin Smith ou (l’inévitable) Quentin Tarantino ont ouvert la brèche du fan qui se transforme en cinéaste reconnu, faisant naître quelques vocations, les véritables réussites sont rares.

 

L’idée rigolote de Stacey Case, c’est de faire s’affronter catcheurs et zombies. En gros, Ulysse est le meilleur catcheur des US, une vraie superstar. Son principal rival, Tiki, tente de le concurrencer en innovant : il organise des combats contre des zombies. Dans le même temps, plusieurs crimes horribles sont perpétrés et de pauvres jeunes gens se font dévorer. Tiki a beau prétendre que ses zombies sont en fait inoffensifs, il est vite soupçonné et prend la fuite. Ulysse et ses amis mènent l’enquête. Bon que dire ? Le programme n’a en soi rien de repoussant. C’est pas demain la veille à Série Bis qu’on va cracher sur un petit film avec des zombies catcheurs. Si vous êtes familier du blog, vous aurez identifié les références convoquées, du zombie gore à la Romero aux films de catcheurs mexicains, on en a déjà parlé ici. Sinon, c’est tourné en HD, ce qui est relativement en accord avec le style du film qui se voudrait soigné mais dont le côté « à l’arrache » est revendiqué. Reste que ce n’est pas toujours du meilleur goût, comme ces affreux gros plans tout tremblotants et très moches. Le cheap, c’est chic mais dans une certaine limite. Avec force effusions gore, costumes bigarrés, bastons interminables rythmées par une BO garage rock, Stacey King tente de ressusciter une certaine ambiance très BD, sans jamais tomber dans la parodie grossière. Les acteurs (visiblement de vrais catcheurs) jouent avec un sérieux absolu tandis que le film tente d’instaurer un second degré cool qui tombe bien vite à plat, faute à ces monologues interminables du héros en voix off, qui ennuient plus qu’ils prêtent à sourire.

 

En fait, le film n’existe que par et pour ses références, ne sortant jamais de sa logique de recyclage, seule chance pour lui de maintenir à coups de clins d’œil la complicité avec le spectateur. Ceux complètement étrangers à cet univers de catcheurs, de zombies, de ploucs et de filles tatouées seront vite largués. Impossible du coup d’espérer le miracle d’un Bubba-Ho-Tep ou Coscarelli se démarquait en faisant émerger une singulière humanité de ses personnages qui n’auraient pu être que des figures. En même temps, Stacey Case ne semble pas aspirer à tant d’ambition, stagnant au stade d’une modestie potache et inoffensive. Soyons francs, dans le genre, on a vu bien pire (souvenirs traumatisants de l’ignoble Bikini Bandits, arnaque absolue et bouillie visuelle insoutenable) mais ce Zombie Beach Party s’oublie aussitôt vu.

Publié dans série bis

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Dr Devo 13/08/2006 14:27

Oui, je remarque que la mode "à l'arrache" dans le film de genre fantastique ou exploitation est un pue un pretexte pour des films qui sont en général assez laid (WOLF CREEK, DEVIL'S REJECT pour les exemples récents). [Ceci dit, je ne me permettrais pas de mettre ce film de zombie cactheurs dans le lot, ne l'ayant pas vu. Bien entendu.]Je me demande s'il n'y a pas sous couvert d'une mode, une arnaque aux psectateurs.BIKINI BANDITS est aussi un exemple fameux que tu dénonces bien ici...Dr Devo.