TERRIFYING GIRLS’ HIGH SCHOOL : LYNCH LAW CLASSROOM de Norifumi Suzuki (1973)

Publié le par Ludo Z-Man

We dont need no education.
We dont need no thought control.
No dark sarcasm in the classroom.
Hey, teacher, leave those kids alone!
(air connu)

Heureux hasard qui fait que nous venons d’apprendre que le prochain Etrange Festival rendra hommage entre autres (mais seulement une partie du programme a été dévoilé) au cinéaste Norifumi Suzuki dans le cadre d’une rétrospective et que donc vous pourrez sans doute y voir le film qui nous intéresse aujourd’hui ce Terrifying Girls’ High School. L’Etrange Festival qui a contribué en partie à faire ressortir l’œuvre de Suzuki, sous l’égide d’un Jean Pierre Dionnet qui avait exhumé son Couvent de la bête sacrée, admirable huis clos entre nonnes. Nous avions déjà évoqué dans ces pages Sex and Fury (nous devrions d’ailleurs bientôt parler de la suite de ce film réalisée par Teruo Ishii), curieux mélange de film de yakuza, de mélodrame en costume en un récit de vengeance teinté de gore et d’érotisme. Terrifying Girls’ High School est un film encore plus délirant, en fait le second volet d’une série consacrée aux délinquantes juvéniles, produite par la Toei, centrée sur son actrice fétiche : la charmante Miki Sugimoto, icône du pinku-eiga (vue aussi dans le fameux Zero Woman alias Les Menottes Rouges) et beauté craquante. Ici, trois jeunes filles, arrêtées pour des méfaits plus ou moins graves, sont incorporées dans un lycée ultra-sécurisé qui se doit de refaire leur éducation afin d’en faire des citoyennes sages et dociles. Pourtant, au sein de cet établissement, des élèves, derrière leurs apparences d’innocentes étudiantes se livrent à de curieuses activités, n’hésitant pas à régler leur compte par des moyens douteux voire sadiques. On comprend très vite que les dirigeants du lycée n’hésitent pas à faire appel aux plus sauvages d’entre elles pour faire régner la terreur au sein des classes par le biais d’une brigade du maintien de la discipline qui a le droit de recourir à la violence s’il le faut.

On l’a déjà dit : Suzuki adore mélanger les genres, manière pour lui de dépasser les codes et de subvertir les clichés. Comme il le fera avec le film de nonnes pour Le couvent de la bête sacrée, son film de délinquantes flirte avec le genre du Woman In Prison auquel le déroulement emprunte pas mal de scènes emblématiques. De même, l’argument narratif est encore une histoire de vengeance puisque l’une des trois héroïnes se laisse volontairement enfermée dans le but d’élucider la disparition d’une autre élève. Evidemment, nous sommes ici dans un pur produit d’exploitation riche en scènes de sexe et de violence, seulement, encore une fois la singularité des films de Suzuki tient dans leur manière totalement décomplexée d’aborder le genre, au point d’arriver par son inventive folie, à le dynamiter complètement.  Et si sa mise en scène est complètement survoltée, elle n’est reste pas moins souvent brillante comme le prouve l’étonnante scène de torture qui ouvre le film : cadrages biscornus, montage abrupt, jeu éclatant sur la couleur pour faire ressortir la présence du sang, zooms convulsifs, surenchère de gros plans oppressants, et ces plans caméra à l’épaule particulièrement voyeurs (ahh… cette vue plongeante sur la petite culotte de la future victime !!!), c’est outrancier, excessif, tonitruant et ça annonce assez bien la couleur. Peut-être moins expérimental que Le Couvent et même certains passages de Sex and Fury, Terrifying Girls’ High School doit son charme à son rythme totalement frénétique et en même temps très imprévisible car pris dans cette logique de la surenchère qui se fait souvent au mépris de la vraisemblance. Suzuki s’en fout et prend le parti de délirer avec des personnages qui sont volontairement des figures : il les introduit d’ailleurs comme tel, icône charismatique (Reiko Ike, déjà vue dans Sex and Fury, ici en chef de gang) ou caricature grotesque (le personnage du président dont je vous laisse la surprise).

Faisant côtoyer parfois au sein d’une même séquence une virtuosité délicieusement sophistiquée et une certaine désinvolture, le film assume parfaitement sa part de trivialité emballée avec une saine insolence. L’érotisme et le sadisme sont omniprésents mais là encore, loin du simple catalogue de perversions, Suzuki ne traite jamais une scène de la même manière : mieux, il détourne le côté scabreux du fétichisme pour les écolières en uniforme pour laisser affleurer la satire et brocarder allégrement l’autorité ridiculisée par l’effondrement de ce lycée concentrationnaire. On entrevoit alors toute une veine féministe et contestataire du cinéma de genre nippon des années 70 et qui est au diapason du film, tant elle se montre ici particulièrement radicale et agressive. Toute la fin exalte follement la révolte et l’insurrection et Suzuki, irrévérencieux jusqu’au bout, file l’utilisation symbolique du rouge comme couleur de l’oppression, en allant jusqu’à brûler le drapeau japonais. Encore une fois, l’excentricité provocante de ce cinéma ne cesse guère d’étonner en liant une esthétique qui joue de manière ludique du croisement des genres et des styles à une audace thématique qui outrepasse et subvertit son statut de film d‘exploitation. Sorti de notre regard qui les appréhende comme des œuvres exotiques, je me demande bien en fait comment ce cinéma, destiné à un public populaire, était reçu. Inutile de préciser qu’il n’en exista jamais aucun équivalent chez nous. L’année suivante, Suzuki livrait avec Le couvent de la bête sacrée une autre pure merveille.

Et comme on arrête pas le progrès sur Série Bis, voici la bande-annonce de Terrifying Girls High School : Lynch Law Classroom ! Régalez-vous !

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Vidéo envoyée par ludozman

Publié dans série bis

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