THE WORM EATERS de Herb Robins (1976)

Publié le par Ludo Z-Man

Acteur sympathique vu dans un certain nombre de séries B dans les seventies, entrevu dans le Massacre dans le train fantôme de Tobe Hooper (1981), Herb Robins se voit en 76 confié la réalisation d’un film dont il est l’auteur et le héros : The Worm Eaters. C’est le mythique cinéaste Ted V.Mikels qui l’a dirigé dans son fameux The Doll Squad, sorte de Drôles de Dames avant l’heure avec Tura Satana, l’égérie de Russ Meyer en vedette, qui produit cet OVNI, bien dans l’esprit déjanté du cinéma d’exploitation américain que j’aime tant et dont je vous parle souvent ici. Et j’espère que vous en voulez encore, parce que je ne suis pas prés de m’en lasser et qu’un film comme Worm Eaters prouve qu’il y a sans doute encore d’innombrables merveilles à découvrir. Mikels, personnalité excentrique et audacieuse, donne donc carte blanche à Robins, à condition que celui-ci trouve un concept particulièrement accrocheur (c’est d’ailleurs un film familial puisque Robins y fait jouer ses parents et Mikels son fils). On le sait, le cinéma d’exploitation, toujours prompt à fracasser les limites du bon goût et de la bienséance, trouve dans les comportements déviants et les perversions, un vivier inépuisable de sujets. C’est aussi ce qui fait sa profonde singularité : c’est un vrai paradis pour les amoureux du bizarre. Vive donc les mangeurs de vers !!!

 

Herman est un bonhomme tranquille qui vit en solitaire dans une baraque paumée, prés d’un lac. Seuls les quelques voyages dans le patelin du coin lui permettent de voir du monde. Sinon, il reste chez lui et il ne s’ennuie jamais, puisqu’il s’occupe de sa petite famille : un élevage d’asticot qu’il bichonne et nourrit avec amour. Il leur parle aussi longtemps, très longtemps. Faut dire qu’ils ont tous un petit nom. Enfin bref, tout irait bien pour Herman si un promoteur ne voulait pas le déloger d’ici vite fait. De plus une famille de bourgeois coincés vient s’initier au camping sur son terrain et ils ont du mal à se faire au charme paysan du propriétaire. Ils vont apprendre à leurs dépens que si Herman est sympathique, il vaut mieux éviter d’aller dîner chez lui. Et là, attention les yeux, le festin commence : au menu, spaghetti aux asticots, œufs brouillés aux vers, sandwichs aux lombrics, le tout ingéré en live par les comédiens. C’est le clou du spectacle pour ainsi dire et ça atteint facilement son but : c’est joyeusement dégueulasse et mieux vaut éviter de manger pendant le visionnage (même si dans le registre du mauvais goût, il n’égale la fameuse dégustation coprophage du Pink Flamingos de John Waters).

 

Alors évidemment, tout cela ne se prend guère au sérieux et tend vers le ton de la grosse comédie assortie d’un argument trash. Trop sans doute de l’aveu de Mikels, qui confia que le titre plutôt évocateur avait fait fuir le public au lieu de l’attirer. En même temps, n’est-ce pas le charme de ces films que d’oser toujours plus fort. Et dans le genre The Worm Eaters va très loin. Car en fait, après avoir mangé des vers, les pauvres gens mutent en monstres mi-homme mi-asticot. C’est qu’ainsi qu’une nuit, trois vers géants et mutants débarquent chez Herman pour lui demander de l’aide afin de pouvoir vivre librement dans le lac. Une trouvaille totalement surréaliste qui fait basculer le film dans le délire absolu. Même pour les initiés, difficile de ne pas sortir du film en se demandant : « mais qu’est-ce que c’est ce truc ??? Qu’est ce que je viens de voir ?? » Précisons du même coup que les néophytes risquent de trouver le menu particulièrement indigeste (le film avançant sur un rythme plutôt paresseux). Difficilement résumable, mélange curieux de burlesque débile et de gastronomie déviante, assortie d’un vague prétexte écolo dont tout le monde se fout, plaidoyer émouvant pour les ploucs débonnaires et les monstres en caoutchouc, aberration cinématographique de premier ordre : c’est un peu tout ça, The Worm Eaters.

 

Comme qui dirait : c’est bon, mangez en !

 

Le film existe en DVD zone 2 chez BACH FILMS sous le titre REGAL D’ASTICOTS

Publié dans série bis

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