LES 14 AMAZONES de Cheng KENG (1972)

Publié le par Ludo Z-Man

Il se passe donc des choses formidables à la Salle Bunuel du Palais des Festivals à Cannes puisqu’on pouvait voir ou revoir ce film de Cheng Keng produit en 1972 par Run Run Shaw dans une copie mirifique, dans la foulée d’une imminente sortie en salles chaperonnée par Wild Side. On a souvent parlé ici de la Shaw Brothers et insisté, non sans un plaisir pervers sur leur période décadente, avec des perles décalées du genre Super Inframan. Avec son point de départ historique et son casting prestigieux, Les 14 Amazones est d’un tout autre calibre, l’un des films les plus ambitieux de l’histoire de la firme, et ce fut un bonheur de le voir dans des conditions aussi optimales. Le récit s’inscrit dans un contexte historique supposé authentique, en pleine lutte de l’armée chinoise contre l’envahisseur, et de l’histoire de la famille Yang, dévastée par la mort cruelle du général de l’armée lors d’une sanglante bataille. Quatorze femmes, toutes veuves, décident de contourner la passivité criminelle des dirigeants chinois et de mettre leurs compétences de guerrières au service de la nation.

 

Grande saga d’aventures historiques, l’œuvre relève d’emblée du récit mythologique auquel le ton solennel donne une dimension épique qui l’élève bien au delà du simple film d’arts martiaux. La Shaw a clairement mis les petits plats dans les grands, grâce à un budget considérable, même si pas toujours à la hauteur de ses ambitions. En effet, malgré le sujet, la longue durée du film (plus de deux heures) et la multiplication des personnages, la narration semble se refuser à toute l’ampleur nécessaire dans ce genre de récit, plombée par une mise en scène des plus classiques. En résulte une première partie excessivement théâtrale tant dans la représentation de la barbarie des combats (la mort totalement irréaliste et iconique du guerrier) et les épanchements mélodramatiques (le deuil qui ravage la famille Yang). Le film débute vraiment quand les quatorze héroïnes partent au combat et c’est peu dire cette fine équipe de combattantes féminines est pour beaucoup dans le charme inhabituel que dégage le film. Un couple de guerriers, survivants de la première bataille, assure les intermèdes comiques, histoire de relâcher la tension. On s’aperçoit vite que Cheng Keng ne s’embarrasse pas vraiment du réalisme de la reconstitution ni d’une quelconque profondeur des personnages. Les 14 amazones existent avant tout comme un groupe et avancent dans une pure synergie offensive. 

 

Dans sa seconde heure, la ligne du récit atteint sa pleine clarté et Cheng Keng revendique alors une pure efficacité de film d’action de série B. Impossible de s’en plaindre tant l’ensemble redouble constamment d’un rythme frénétique et jouissif, tendant vers une succession paroxystique de morceaux de bravoure. Le fameux épisode du pont humain formé par l’armée des amazones est un grand moment d’acrobatie surréaliste et de folie visuelle, d’une telle grandiloquence qu’on en reste bouche bée. Et même le raz de marée final est très réussi. Les combats s’enchaînent avec une énergie confondante et dans une débauche finale de violence graphique très réjouissante. Au fond, Les 14 Amazones est un objet paradoxal qui à force de ramener son ampleur épique vers une simplicité absolue du récit, finit par nous emporter dans un tourbillon d’excès visuels, bruyants, kitsch et délirants des plus emballants. Les deux heures de ce péplum martial passent comme une lettre à la poste.

Publié dans série bis

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vincent 01/06/2006 10:33

Mon grand regret de cette année, l'avoir raté (vivement le DVD).