THE DEVIL’S REJECTS de Rob Zombie (2005)

Publié le par Ludo Z-Man

Le voilà. Il est là. Enfin.

 

La claque que j’attendais depuis longtemps. La décharge électrique qui fait mal mais qui fait du bien. Le film de genre comme je l’aime. On a parlé l’autre jour du premier film de Rob Zombie, agréable surprise qu’avait été cet House of 1000 corpses, délire fantastique ambitieux, bancal mais prometteur(1). Rob Zombie revient donc avec ces rebuts du diable où cette fois-ci il a bénéficié d’une totale liberté et d’un budget un peu plus confortable (mais modeste malgré tout, on en reparlera). Et encore une fois la surprise est au rendez-vous mais le Rob a passé la vitesse supérieure. Le voyage est pour le moins décoiffant. Comme le précédant film, Devil’s rejects nous plonge d’entrée dans le vif du sujet. La famille de dégénérés du premier opus est recherchée par la police. Un shérif donne l’ordre à ses hommes d’encercler leur maison et d’attaquer. Mais Baby, sa mère, et son copain taré, Otis ne sont pas du genre à se laisser faire et déclenchen un grande fusillade. C’est le début d’une cavale meurtrière entre une bande de fous et un shérif justicier décidé à ne pas lâcher l’affaire.

 

Devil’s Rejects s’impose comme une exemple assez formidable de suite intelligente. Si le récit s’inscrit dans la parfaite continuité de House of 1000 corpses, son atmosphère différer radicalement. Après une ouverture westernienne à la Peckinpah, le film troque le folklore de l’épouvante contre un programme de road movie sanglant. Ensuite, il reprend les personnages les plus marquants de son premier essai, jouant à la fois sur le plaisir des retrouvailles et en profite pour les approfondir. Ca tombe bien : quel bonheur de revoir l’hallucinant Sid Haig dans son rôle fabuleux du capitaine Spaulding qui va jouer ici un rôle important puisque l’on découvre que c’est le papa de cette famille de criminels. Le reste du casting est fabuleux, tous profitant avec une joie non dissimulée de personnages sidérants et même de dialogues écrits aux petits oignons. Leslie Esaterbrook a remplacé Karen Black dans le rôle de la mère et elle est merveilleusement détestable. Sheri Moon, madame Zombie, est encore plus sublime et désirable en cow girl déjantée. Et puis il y a plein de gens qu’on est très content de voir là : Ken Foree, Michael Berryman et surtout dans le rôle du shérif, William Forsythe. Alors lui, je me souvenais plus ou je l’avais vu : puis j’ai eu un flash, c’était le gangster furieux du Justice Sauvage (Out of Justice) de John Flynn, le seul vrai film sympa avec Steven Seagal (si si ! ne riez pas ! je l’aime bien ce film). Il y était déjà assez dément, mais alors là, wouaouh, quel acteur, quel charisme, quelle voix, il bouffe l’écran, c’est sidérant !

 

Niveau mise en scène, Rob Zombie semble avoir opté en apparence et en apparence seulement pour un style plus posé. Si la narration est en ligne droite, claire et limpide, la forme est moins composite, plus homogène. En fait, là ou House of 1000 corpses partait sur les chapeaux de roues pour ne plus s’arrêter quitte à se planter en cours de route, Devil’s Rejects fonctionne plus en latence et prend le temps de poser son récit et fait monter la pression en douceur (cette fois, le film dure 110 minutes). Plus sèche, plus sobre, la mise en scène n’en est pas moins toujours aussi soignée. La photo est très belle, et la bande son est plus orientée 70’, ce qui pourrait être décevant car plus attendu au vu de l’époque où se passe le film, elle est en fait judicieusement exploitée(2). Et c’est là qu’on s’aperçoit que le Zombie a gagné en maîtrise : sur de ses effets, il dose savamment et obtient de vraies montées de flippe. Si le ton de l’ensemble est d’une savoureuse nonchalance, très vite, une fois les enjeux et l’atmosphère posée, il installe une tension et une malaise qui ne va plus nous lâcher. Et c’est là, la grande réussite du film, en apparence plus sage, Devil est beaucoup plus pervers et vicieux.

 

Plongé dans un univers effroyablement glauque, le spectateur se prend l’horreur en pleine face, avec une intensité qui rappelle les moments les plus brutaux des meilleurs survivals. Rob Zombie nous place volontairement du côté des monstres, nous plongeant dans un ambiance de folie malsaine franchement suffocante. La perversité du film est alors de jouer de manière extrêmement sadique sur le processus d’identification du spectateur en brouillant les repères. A ce titre, les ruptures de ton sont absolument réjouissantes, car loin de détendre l’atmosphère, elles permettent de jouer sur cette notion d’empathie et renforcent la folie de l’ensemble. On se souviendra longtemps du long dialogue sur la sodomie des poules (un grand moment en cette période de grippe aviaire) et le pétage de plomb de William Forsythe (FUCK GROUCHO !!!!) qui en dit long sur le potentiel borderline de ce shérif assoiffé de vengeance. La deuxième partie du film vire carrément au vigilante movie et plonge sans concession dans la noirceur la plus absolue. Le film est d’ailleurs beaucoup plus brutal et malsain que son prédécesseur, paradoxalement moins gore mais pourtant incroyablement viscéral et révulsant. Et même si cette sauvagerie est atténuée par des effets sanglants réalisés en CGI (recours à la synthèse par faute de moyen, on y revient, c’est frustrant, faut reconnaître) certaines séquences sont d’une dureté impressionnante.

 

Je ne vous toucherai pas un mot du final, incroyablement gonflé, complètement fou, qui laisse sur les rotules et fout des frissons dans le dos. J’espère que quand vous verrez le film, vous me pardonnerez du déluge de compliments qui constitue cette chronique, car là j’avoue, j’ai du mal à refréner mon enthousiasme devant ce parfait objet de jubilation, une vraie bombe, méchante, hargneuse, malpolie qui surclasse la quasi-totalité des films de genre que j’ai vu récemment. Voilà. Des sales blagues aussi réussies, j’en redemande.

 

Et ça sort donc cet été, le 19 juillet aux dernières nouvelles. Joie.

 

(1) Grande nouvelle , House of 1000 corpses sort à en DVD à la location le 4 mai !!!! Donc à la vente, bientôt chez Metropolitan.

 

(2) Le disque de la BO est un régal, je vous le conseille fortement.

Publié dans série bis

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