HOUSE OF 1000 CORPSES de Rob Zombie (2003)

Publié le par Ludo Z-Man

Je dois l’avouer, je ne connaissais que très peu l’univers musical de Robert Cummings alias Rob Zombie, avant d’apprendre l’existence de ce film dont le trailer superbe laissait à l’époque présager un bon moment d’horreur cinématographique. Puis il y eut l’affaire : l’œuvre récupérée par Lions Gate qui le distribue dans une version sans doute expurgée par Cummings lui même pour faire à la frilosité des distributeurs (notons que le film sera un jolie succès commercial aux USA). A quoi ressemblait la version d’origine (qui fut présentée au BIFF de Bruxelles) ? Je ne le saurais sans doute jamais. Cette note est une chronique de la deuxième vision, celle détachée du buzz autour du film, du mélange de surprise et de déception qui domina il y a deux ans. Car oui, le film est à l’image de sa genèse chaotique, à la insolite et bancal. Rob Zombie, le chanteur de métal s’impose ici en amoureux passionné du genre et en cinéaste prometteur.

 

L’histoire est simple, et le bon vieux Rob nous joue un refrain connu : quatre jeunes gens se paument dans un trou perdu et atterrissent chez une famille de barjots, héritiers du Docteur Satan, un fou dangereux devenu une sorte de héros local. Ce qui frappe dans le film, des la première fois qu’on le voit, c’est son appétit énorme : dissimulé derrière son apparence d’hommage rigolard aux films d’épouvante des années 50 et aux survivals des années 70, House of 1000 corpses est un film ambitieux et généreux qui fini par s’affranchir très agréablement de sa logique purement referencielle pour nous entraîner avec beaucoup d’énergie dans sa galerie des horreurs. Le début avec la scène du train fantôme, ou les héros visitent une sorte de musée du crime commentée par un étrange clown qui se fait appeler le capitaine Spaulding (interprété par l’étonnant Sid Haig) annonce la couleur : l’intrigue passe au second plan et House of 1000 corpses prend l’aspect d’une grande attraction foraine où les tableaux macabres se succèdent.

 

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Rob Zombie a soigné son bébé de série B : le film est visuellement superbe, notamment grâce à une photo extrêmement soignée et à une lumière expressionniste du plus bel effet. C’est vraiment très beau et l’ambiance redneck des films d’Herschell Gordon Lewis croise amoureusement le gothique d’un Roger Corman et le baroque en rouge et bleu d’un Dario Argento époque Suspiria. Formellement, le film fait preuve de boulimie en expérimentant dans tous les coins : collage de différants types de pelloche (35 ou 16mm), intermèdes clippesques, passage de la couleur au noir et blanc, décrochages parodiques… Le rythme va à tout allure et évidemment c’est très jouissif mais ça part aussi un peu dans tous les sens. Le gros problème étant que clairement, Cummings ne s’intéresse que très peu à ses personnages principaux, les laissant de côté pour faire défiler une belle troupe de freaks et de dégénérés. Heureusement, le film fourmille de jubilatoires idées macabres, et sait faire preuve d’une réelle maîtrise. On tombe alors sur de pures fulgurances comme ces flics qui déboulent dans un gunfight incongru au rythme parfaitement agencé (ou comment construire une séquence entièrement sur une chanson puis en souligner le climax en coupant le son contre toute attente).

 

Pourtant, l’ensemble souffre clairement de son équilibre fragile, tant dans le ton que dans le rythme et l’on finit très bien par sentir que Cummings a du couper au montage et revoir ses ambitions à la baisse. Les vingt dernières minutes sont à la fois les plus gourmandes et les plus ratées, plongeant l’héroïne dans une version cauchemardesque et grand-guignolesque d’Alice aux pays des merveilles. Comme si il ne pouvait pas aller au bout de son délire, il rate son final (plombé par un montage épileptique des plus maladroits qui annihile toute tension dramatique) laissant le spectateur sur une impression mitigée. Dommage car Rob Zombie s’affirme ici en un vrai cinéaste cultivé et sincère, loin de la roublardise et du cynisme qui parasite une grande partie du cinéma de genre actuel. Je tiens à rappeler que ce film n’a jamais trouvé de distributeur en France, qu’il ne sortira jamais en salles et que une sortie DVD n’est pas prévue à l’heure actuelle. Et une occasion de gueuler, une.

 

Mais ne vous inquiétez pas, le bon vieux Rob ne s’est pas arrêté en si bon chemin et revient bientôt avec l’hallucinant The Devil’s Rejects.

Publié dans série bis

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Dr Devo 05/04/2006 20:13

HOUSe... me semble bvraiment tres abouti. la prestation de karen Black est formidablement sympathique, et le son, même hors musique est assez délicieux.Dr devo.

Norman bates 04/04/2006 21:10

The devil's rejects est vraiment bon, resta a savoir si il sortira un jour en france, je l'espere vivement. Merci de parler un peu de Rob Zombie.