HOSTEL d’Eli Roth (2005)

Publié le par Ludo Z-Man

J’avais déjà fait allusion à Hostel comme un film attendu par les amateurs de gore. Pas besoin de refaire le feuilleton des événements mais depuis sa présentation à Toronto jusqu’à son succès surprise au box office US et sa présentation à Gerardmer, la rumeur avait gonflée, établissant Hostel comme une nouvelle petite bombe du genre. Le genre de truc dont il vaut se méfier, au risque de tomber sur une baudruche comme ça avait le cas avec Saw l’année dernière. Méfiance accentuée pour ma part car j’avais peu apprécié le premier méfait d’Eli Roth : c’était Cabin Fever, souvenez-vous, un pitch à la Evil Dead pour un résultat bâtard entre le slasher abruti et le film d’horreur à l’ancienne parasité de références plutôt pesantes. Bref, un nanar sans éclat ni réelle originalité.

 

La promesse d’Hostel, c’est son côté « sans limites » craneusement annoncé et soigneusement revendiqué. A ce titre, Hostel est avant tout un gros coup de provoc, à l’heure où Hollywood se fait de plus en plus frileux en matière de sexe et de violence. Une démarche finalement pas si éloignée de Showgirls ou Verhoeven se vengeait contre le puritanisme ambiant en signant un film outranciérement voyeur et vulgaire. Or surprise, Hostel avait non seulement évité les foudres de la censure mais mieux encore séduit le public, visiblement attiré par le marketing racoleur autour du film. En ce sens, on est presque dans une logique de cinéma d’exploitation : on va voir Hostel en sachant très bien à quel type de spectacle on va assister. Et Eli Roth ne trompe personne à ce niveau là.

 

Histoire de jeter de l’eau sur le feu, Roth sait s’entourer : si on pouvait se demander comment David Lynch avait bien pu se retrouver au générique de Cabin Fever (avait-il même vu le film ??), c’est Tarantino, le fan professionnel, qui parraine cette fois-ci le nouveau poulain du gore. Une parenté bien plus logique, tant Roth semble jouer à fond de la hype crée autour de lui. Un côté « petit malin » qui peut en agacer plus d’un. Une certaine forme de complaisance à laquelle son film ne réchappe pas. Pourtant, cassons le suspense, Hostel est bien plus intéressant que le premier opus du bonhomme. Difficile cela dit d’en parler sans déflorer certains aspects d’un film qui, malgré la simplicité de son argument, joue sur les retournements successifs.

 

Trois jeunes gens partent balader en Europe de L’est afin de prendre des vacances festives. Si ils sont assez différants les uns des autres, ils sont tous attirés par la promesse de passer des moments de plaisir riches en boissons, en musique, en drogue, en jolies filles, et en débauches sexuelles en tous genres. Fantasme qui va se concrétiser en Slovaquie dans une auberge de jeunesse remplie de donzelles charmantes et fort accueillantes. Sexe gratuit ou payant, nos trois gugusses s’en foutent, se laissant guider par leurs hormones excitées. Il découvriront que cette véritable foire à la débauche cache un autre marché, bien plus sordide lui. Après un générique astucieusement suggestif, Hostel prend donc la forme d’un trip touristique vécu par trois personnages en quête de sexe facile. Cette longue escapade qui les mènent vers une délectable partouze dans une auberge pittoresque occupera un tiers du film.

 

Une mise en place assez longue qui participe d’entrée de l’ambiguïté d’Hostel. Dans sa volonté de jouer avec les codes du genres (car c’est bien de cela qu’il s’agit), Roth nous fait partager les misérables tribulations de cette bande d’ados attardés en rut, le ton du film restant constamment en dessous de la ceinture. En injectant une certaine dose d’érotisme, il flatte une certaine part de voyeurisme, tout en plongeant sans réel recul dans la beauferie affligeante que revendique les personnages. Pour preuve : une vision très « ciblée » de l’Europe de l’Est que certains aurait assimiler à du racisme primaire. Pour oser une comparaison, j’ai pensé au récent Sheitan, le film de Kim Chapiron avec qui Hostel entretient plus d’une ressemblance : mêmes personnages ambigus (cailleras cool mais saoulants contre ados fun mais crétins) même misogynie douteuse (va y avoir de la bonnasse ! les filles, c’est toutes des salopes) même stéréotypes extrêmes (la cambrousse française ou les pays de l’est vus comme des repères d’attardés sadiques et de malades mentaux). Bref, une batterie de clichés plus ou moins rances qui pourrait rendre l’entreprise potentiellement antipathique.

 

Car si à mon sens, l’absence totale d’empathie pour les personnages était un problème dans Sheitan, Hostel retourne habilement le problème. Eli Roth, roublard comme pas deux, montre moins ce décorum comme une réalité sociologique que comme l’envers glauque d’une industrie qui vend du fantasme à qui veut assouvir ses pulsions (et renvoie une représentation de la violence qui appartient à l’inconscient collectif américain). Et c’est là que le retournement horrifique du film est intéressant car il évacue l’aspect moral du sujet (et le puritanisme souvent nauséabond de ce genre de film) pour poser la question de l’identification et du regard en brouillant les frontières entre voyeur et acteur, bourreau et victime. Une sorte de mise en abyme de l’horreur, assez vertigineuse dont Eli Roth lui même ne semble pas saisir toute l’ampleur. Pour preuve, il en revient très vite aux conventions du genre quant il s’agit de boucler son récit.

 

Entre temps, le film aura enfin sombré dans l’explosion horrifique tant attendue : si quelques plans gores sont impressionnants, l’ensemble a beau être très explicite, il n’en demeure pas moins prudent, jouant parfois sur le hors-champ avec plus ou moins de réussite. Et puis il y a les dix dernières minutes oû le film perd alors carrément les pédales. Ultime retournement revanchard facon Wes Craven période Colline a des yeux. Là, la schizophrénie du film joue à plein entre potacherie crade et violence gratuite. C’est un peu n’importe quoi. Quelque part, la logique du récit est poussée jusqu’au bout mais la fin abrupte et assez douteuse laisse un drôle de goût dans la bouche. Cynique et irresponsable, Eli Roth reste un cinéaste profondément immature. On attendra donc que le petit Roth grandisse encore un peu.

Publié dans série bis

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devils 24/03/2006 21:31

je te trouve un peu dur avec hostel qui est je suis desole rtres bien fait et inspire de fait reels.
viens visiter mon blog ou je parle de tous les films d'horreur et gores avec les photos, jaquettes dvd et surtout tous les films sont en bande annonces!!!!
DEVILS