ERRANCES ET EGAREMENTS VIDEOPHILES DU WEEK END vol. 1

Publié le par Ludo Z-Man

Rien de bien marquant ces temps-ci en matière de visionnages bisseux. Je pensais me faire un week-end consacré aux films de ce bon vieux Rob Zombie mais pas le temps. Ce sera pour une autre fois.

 

En attendant quelques notules rapides :

 

Je continue mon voyage dans le catalogue de la galaxie Troma, où l’on trouve décidément tout et n’importe quoi. La preuve, Vegas in Space, production Z écrite, réalisée et interprétée par Doris Fish, drag-queen qui officiait à la télé et qui nous gratifie d’une space-operette à trois sous, ou une bande de policiers de l’espace doivent aller résoudre une affaire de vol de bijoux sur la planète Clitoris (ça s’invente pas !). Un appart décoré avec un imbattable sens du kitsch et une maquette charmante construite avec des flacons de parfum et des bâtons de rouge à lèvres constituent l’essentiel du décor du film. Si la ringardise assumée des effets spéciaux façon Ed Wood et la kitscherie des costumes prêtent à sourire, on s’ennuie vite devant cette fantaisie qui manque sérieusement de mordant. On se souvient du mythique Flesh Gordon, parodie érotique du célèbre comics, autrement plus amusante, avec ses trucages inventifs et ses gags en dessous de la ceinture.

 

Plus intéressant, un documentaire (eh oui !) signé Lloyd Kaufmann, le boss de la Troma, All the love you Cannes, qui nous conte la virée de la Troma team sur la Croisette en 2001. Il est temps de rappeler pour les non-initiés que la Troma est une compagnie fondée dans les années 70 par Kaufmann et son compère Michael Herz et qui, après avoir distribués d’innombrables séries Z horrifiques ou érotiques, ont produit leur propres films, des oeuvrettes uniques en leur genre, témoignant de l’esprit iconoclaste de son leader, capables de pondre de grands chefs d’œuvres malpolis comme les inénarrables Toxic Avenger (mention spéciale au quatrième volet de la série, l’inénarrable Citizen Toxie) et Tromeo and Juliet, vision très personnelle de la pièce du grand Bill. Si vous allez au festival de Cannes, vous croiserez sûrement une bande de tarés, des filles délurées aux tee-shirts mouillés qui se roulent des pelles en pleine rue (vive les Tromettes !) ou les héros bizarres de la firme (le Vengeur Toxique, le sergent Kubukiman) qui font sur la Croisette une promo sauvage pour les films de la forme (je me souviens en 2002, j’avais serré la main à la Capote tueuse !). All the love you Cannes, c’est l’expédition de la firme Troma pendant le festival dont les méthodes de marketing prennent des allures de terrorisme rigolard ou de guérilla urbaine : défilé bruyant sur la Croisette, projection à la sauvage, happenings débiles, rencontres improvisées avec les journalistes (notamment une Monique Pantel complètement larguée, comme d‘hab), les cinéastes (Tarantino lors d’une fiesta, ou Chabrol pendant une émission de radio) ou les producteurs venus du monde entier et qui paient cash et en liquide pour acheter d’obscures séries Z. Kaufmann nous commente tout ça et nous livre ses conseils pour profiter du festival quand on n’est pas dans le système : trouver un logement pas cher, ne pas payer la bouffe, s’incruster dans des fêtes grâce à des fausses cartes ou des invitations bidons, faire chier les attachés de presse des grosses compagnies. Instructif.

 

Lloyd Kaufmann croisé d’ailleurs en compagnie d’une de ses plus fameuses Tromettes, la sympathique Debbie Rochon, faisant une apparition gag dans Nikos the Impaler d’Andras Schnass, un de ces sales gosses du gore allemand tel qu’il a surgi au début des années 90 avec des cinéastes qui tournaient des films bêtes et méchants avec trois bouts de ficelle. Bref, avec Schnass, on frise l’amateurisme. Je me souviens de Zombie 90 Extreme Pestilence, bande gore atrocement mal foutue, qui adaptait à l’horreur la dramaturgie du porno. Le film n’avait même pas de héros, puisque que chaque personnage était destinée à mourir dans les 5 minutes qui suivait son apparition. Un style qui apparaissait des son premier film, Violent Shit (Merde violente, donc), machin tourné en vidéo, sur un boucher débile et psychopathe qui charcute tout ce qui bouge. Avec Schnass, on est dans le gore ramené à son stade le plus primaire, excitation infantile du gars qui a trois ans d’age mental et qui éjacule ses petits fantasmes trash avec une pauvreté d’imagination affligeante. Des années plus tard, il part aux US pour tourner Nikos the Impaler, un slasher bourrin où un guerrier médiéval s’amuse a découper en morceaux une bande d’étudiants abrutis. Toujours tournés en vidéo, le film semble pourtant bénéficier de plus de moyens. Mais qu’importe, le bonhomme a toujours aussi peu de talent : c’est pas rythmé, pas filmé et dénué de toute idée de cinéma (un cinéaste qui n’arrive pas à faire une scène fun d’un combat entre Hitler et des ninjas ne mérite pas mon estime !). Schnass reste un cancre irrécupérable.

 

Toujours plus loin dans le côté obscur, je m’égare en posant mes yeux sur 8MM 2 : perversions fatales. Ne vous inquiétez pas : on comprend tres vite que cette chose n’aura que peu de rapport avec l’affreux navet réactionnaire de Joel Schumacher. Ici, le réalisateur, c’est JS Cardone, dont on avait vu il y a quelques années Les vampires du désert, curieux mélange de teen-movie, de fantastique et de western, vaguement inspiré du Near Dark de Kathryn Bigelow. Vous avez du remarquer que fleurissent dans les rangées de vos vidéo clubs toute une série de films qui réactivent avec un opportunisme merveilleux des licences que personne ne voudrait voir ressusciter (genre American Pie 4 ou Urban Legend 3 et surtout Sex Crimes 2 et 3, ou quand le Direct to Video expérimente le concept de la reproduction wahrolienne). L’autre méthode étant de produire une série Z au rabais et de trouver un film connu, au concept vaguement approchant, auquel personne n’aurait pu songer donner un suite. C’est le cas de ce 8MM 2 qui nous conte l’histoire d’un couple qui après s’être encanailler lors d’une nuit de débauche se retrouve l’objet du chantage d’un producteur de vidéos pornos. JS Cardone se retrouve donc a torcher vite fait cette bouse en Hongrie avec quelques acteurs peu convaincus et quelques filles siliconées gentiment prêtées par une boite spécialisée dans le X. Il ne se passe rien jusqu’à un twist final exécuté en trois plans : en fait, le mari a tout manigancé pour extorquer du pognon à sa femme, fille d’une riche famille de bourgeois réacs. C’est peu dire qu’on s’en fout.

 

Allez, on arrête les frais.

 

Juste pour dire que de temps en temps il passent des trucs bien à la télé.

 

Cette semaine ARTE commence un cycle « cinéma Trash » qui devrait durer deux mois.

 

Sous cette appellation super-racoleuse qui laisse à penser que la chaîne intello du Paf cherche à s’encanailler, on peut voir une volonté de faire une programmation un peu différente de films rares, plus généralement destinées au satellite.

 

Si vous étes insomniaques et que vous regardez Tracks (peut-être la meilleure émission qui soit), laissez la télé allumée, ça vaut le coup.
Voilà le programme :

 

HEAT de Paul Morrissey (1972- 96', VOSTF)
2 mars à 0h45
Rediffusion le 10 mars à 01.05

LE MASQUE DU DEMON de Mario Bava (1960 - 88', VOSTF)
9 mars à 0h45
Rediffusion le 17 mars à 01.16

L'ATTAQUE DE LA MOUSSAKA GEANTE de Panos Koutras (1999 - 90', VOSTF)
16 mars à 0h56

THE CRAZY FAMILY de Sogo Ishii (1984 - 106' , VF)
23 mars à 0h41

LA NUIT DES MORTS VIVANTS de George A. Romero (1968 - 95', VOSTF)
30 mars à 0h30

SUPERVIXENS de Russ Meyer (1975 - 105', VOSTF)
6 avril à 0h50

LE RETOUR DES MORTS VIVANTS de Armando de Ossorio (1971 - 101', VOSTF)
13 avril

LA REVOLTE DES MORTS VIVANTS de Armando de Ossorio (1973 - 91', VOSTF)
20 avril

RAGE de David Cronenberg (1977 - 91', VOSTF)
27 avril

Publié dans série bis

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Dr Orlof 27/02/2006 19:18

Très belle note! tu les vois où tous ces films? je suis admiratif!
Pour Arte, j'ai vu que la chaîne avait enfin pris une bonne initiative (ça nous changera des classiques en VF et de Pierre Granier-Deferre!)Je vais essayer de regarder "Heat" et tu m'apprends que les films de De Ossorio vont être diffusés. Je ne les ai pas vu et j'en ai déjà l'eau à la bouche...