LE MANOIR DE LA TERREUR de Andrea Bianchi (1980)

Publié le par Ludo Z-Man

Perdu dans son manoir, un professeur solitaire voit ses recherches aboutir en trouvant le moyen de réveiller les morts. Tous droits sortis d’une sombre grotte, une horde de zombies s’attaquent au pauvre homme. C’est ainsi que débute ce petit film d’horreur italien : maison paumée au milieu de nulle part, caverne énigmatique et morts-vivants décrépis. Il règne ici une ambiance gothique plutôt désuète mais pas désagréable. Andrea Bianchi joue aussi la carte du gore qui tache, très à la mode depuis le succès du Zombie de Romero (co-produit par Dario Argento rappelons-le). Parmi les cinéastes qui se sont engouffrés dans la brèche, il y a Lucio Fulci, qui va s’imposer par son sens visuel étonnant et son goût de la poésie morbide. A l’opposé du spectre, il y a Bruno Mattei, qui donne dans le plagiat éhonté, et pond un truc du genre Virus Cannibale, photocopie dégénérée du film de Romero, idiote et hilarante.

 

En fait, Le manoir de la terreur évoque plutôt une version gothique de La nuit des morts vivants. En effet, un groupe de personnes est convoquée par le professeur dans se demeure pour qu’il puisse partager sa découverte. Évidemment, les zombies attaquent et finalement, on est dans un quasi-huis-clos. Dis comme ça, on pense avoir à faire à un bon film. Et puis soudain, une scène nous remet les idées en place. Avant de se coucher avec son amant, une femme va voir si son petit garçon dort bien. Au moment ou elle referme la porte, le gamin ouvre les yeux, bien écarquillés genre Linda Blair dans L’exorciste. Gros coup de zoom tapageur sur son visage. Cut. Et là, le raccord qui tue : un gros plan de postérieur féminin, au demeurant charmant, et en porte jarretelle. La jeune femme à son mari : « Alors tu me trouves comment ? » Son mec : « Tu as vraiment l’air d’une pute, mais j’adore ça. » First classe ! Saluons au passage une VF hilarante comme il se doit.

 

En fait, le reste du film stagne au même niveau de subtilité. Les personnages se comportent comme des ados obsédés sexuels, sorte de couillons congénitaux tous droits sortis d’un épisode de la saga Vendredi 13. Puis les zombies décrépis débarquent et ça vire à la boucherie joyeuse. Bianchi se permet entre autres une séquence fulcienne : une pauvre femme, attrapée par un zombie, passe à travers une vitre dont les bouts de verre lui mutilent lentement le visage. On se rappelle la mythique scène de l’œil crevé dans L’enfer des zombies. Sans atteindre le bordel anarchiste des films de Mattei, Le manoir de la terreur se regarde comme une bande horrifique dénuée de toute ambition, potache et kitsch, et surtout excessivement gore. Quand Bianchi se prend pour Romero, c’est assez rigolo : par exemple on se souvient de cette scène traumatisante dans Night Of the Living Dead, où une petite fille zombie tuait sa propre mère pour la dévorer. Chez Bianchi, ça donne un fils (interprété par Peter Bank largement trop âgé pour le rôle même si ça apporte un surcroît d’étrangeté), animé d’un désir incestueux pour sa mère, et qui revient mort, pour lui dévorer le sein en guise de preuve d’amour. Et on aura même droit à une vraie fin pessimiste et implacable.

 

Résumons : on est en présence d’une série Z excentrique et décomplexée, franchement craspec, tout à fait divertissante à regarder, si on est de bonne humeur. Sachez tout de même que vous n’en saurez pas plus sur les intentions du professeur qui réveille les morts. Mais est-ce vraiment l’essentiel ?

Publié dans série bis

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Dr Orlof 25/02/2006 19:53

Ben alors, pas de séries Z à se mettre sous la dent?
Il ne faut pas t'endormir sur tes lauriers :-)