CHINESE TORTURE CHAMBER STORY de Bosco Lam (1995)

Publié le par Ludo Z-Man

Ce que j’aime dans le cinéma d’exploitation, et en particulier celui d’Asie, c’est que la folie opportuniste des producteurs les conduisent à oser des mélanges de genres toujours plus incongrus : Chinese Torture Chamber est un produit de l’écurie Wong Jing. Ce réalisateur prolifique et producteur avisé va connaître son heure de gloire au début des années 90 où il profite des instants de liberté du cinéma hong-kongais face à l’inexorable rétrocession. Bien que méprisé par les critiques, il aligne les succès commerciaux suite au triomphe de God of Gamblers (avec Chow Yun Fat) au box office. Il produit aussi toute une série de films bis complètement barrés dont nous allons aujourd’hui disséquer un des fleurons.

Ca débute par un petit prologue didactique sur les meilleurs moyens de torturer quelqu’un dans la Chine ancienne. Dans une explosion gore hallucinante (d’autant que c’est la scène d’ouverture et qu’on est pas prévenu !), un pauvre type se fait castrer, démembrer, et brûler la cervelle à l’huile bouillante. Devant la sauvagerie hystérique d’une telle intro, on pense être devant un film de torture, genre franchement déviant inauguré dans les années 60 par les films du japonais Teruo Ishii (j’en ai vu aucun) et dont j’avais vu un avatar tardif et peu intéressant, Ushiaki No Kei de Yuji Makiguchi (1976). Sauf que si ces films de tortures s’inspirait (plus ou moins) de faits historiques réels, ce Chinese Torture Chamber déconcerte par son point de départ surréaliste : une jeune femme est traînée devant les tribunaux pour avoir prémédité la mort de son mari en lui faisant absorber une forte quantité d’aphrodisiaques jusqu'à faire exploser les organes génitaux du pauvre homme.

 

Nous voilà parti pour une sorte de Rashomon trash : des flash backs nous dévoilent alors le fond de l’affaire. La passion adultère de l’héroïne surnommée Petit-Chou, avec son patron le Dr. Yang, puis les manœuvres de l’épouse du docteur pour l’écarter de l’entourage de son mari. Du coup, elle fait massacrer les parents de Petit Chou, puis la force à épouser un autre homme doté d’un énorme sexe. Une intrigue franchement décousue, qui avance à coups de ruptures de ton plutôt violentes. Ainsi, les fantaisies sexuelles du Dr. Yang et de son épouse sont prétextes à de nombreuses scènes érotiques soft pimentées d’expérimentations de curieux gadgets coquins (comme un étonnant soutien-gorge stimulateur de tétons).  

 

Puis soudainement le film s’autorise d’étonnantes trouées comiques entre deux scènes de tortures gratinées. On passera sur une lamentable sous-intrigue dédiée à un personnage de servante complexée par sa petite poitrine et qui donne lieu à une succession de gags graveleux franchement moroses. Extraordinaire par contre, cette scène (qui arrive comme un cheveux dans la soupe) ou l’on fait connaissance avec un couple d’experts des arts martiaux qui font l’amour comme ils se battent. S’en suit une hallucinante joute sexuelle aérienne, où nos deux amants copulent furieusement à coups de techniques spéciales (la langue invincible, l’attaque orale, la Roue furieuse). Rythmé par la musique du mythique Once upon a time in China de Tsui Hark, cette scène est indescriptible. C’est le Kamasutra façon Tigre et Dragon. C’est totalement idiot et absolument réjouissant.

 

Des lors, le film déjante totalement : il ose la scène que Vehroeven n’a pas su faire dans Hollow Man, le viol commis par un homme invisible. Et en guise d’apothéose, le climax tragique du récit : Petit Chou qui tente de sauver son mari, torturé par un érection dantesque qui lui sera fatale, union charnelle impossible qui se clôt par un orgasme sanglant. Le bon goût est alors définitivement anéanti, pulvérisé, annihilé. Drôle d’objet que ce sexploitation complètement déjanté, incroyablement vulgaire, mais plutôt divertissant pour les amateurs pervers dans mon genre. Les personnes sensibles s’abstiendront néanmoins.

Publié dans série bis

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