BUBBA HO-TEP de Don Coscarelli (2002)

Publié le par Ludo Z-Man

Il y a fort à parier que je ne sois pas le premier (ni le dernier) à vous toucher deux mots de Bubba Ho-Tep, mais vu que, au bout de quatre longues années de purgatoire (et aussi une jolie carrière dans les festivals et même une sortie en DVD), le film débarque ENFIN dans nos salles le 15 février prochain, je me dis qu’il n’est pas inutile d’en remettre une couche, si ça peut encore amener d’autres personnes à découvrir cette merveille. Je l’avoue, je n’ai jamais vu les films de Coscarelli dont deux des titres résonnent pourtant aux oreilles des amateurs de fantastiques : Phantasm et Dar l’Invincible. Depuis, le bonhomme a fait un épisode de la série Masters of horror, Incident on and off the mountain, joli titre pour un petit survival faussement classique et astucieusement retors. De plus, on annonce qu’il est prêt pour donner une suite à son film : on attend donc un hypothétique Bubba Nosferatu : Curse of the she-vampire !

 

Alors évidemment, vu l’accueil chaleureux reçu par le film, Bubba Ho-tep était prometteur. Déjà, avec son pitch en or massif : dans une paisible maison de retraite, le ballet des pensionnaires en fin de vie rythme les journées. La mort mystérieuse d’une vieille femme, attaqué par un curieux cafard géant, semble n’effleurer personne. Même pas le patient le plus prestigieux de l’établissement, un certain Sebastian Haff. En effet, derrière ce vieil homme au look de rocker fatigué, malade, incapable de se déplacer, se cache ni plus ni moins… le King, Elvis Presley himself, toujours là, bien vivant ! Enfin, c’est lui qui le dit… Et notre Elvis, c’est Bruce Campbell, oui, le Ash de Evil Dead ! Et Campbell en Elvis, et bien c’est la grande classe, le choix de casting génial par excellence. Le genre de composition qui mériterait un Oscar et tout et tout… on y reviendra(1).

 

Un jour, Elvis est lui aussi attaqué par un curieux cafard géant. Hors ce même soir, un voisin de chambre est mystérieusement mis en danger. Ce camarade, Jack, un petit black fort sympathique et passionné de mythes et légendes est alors persuadé qu’une créature hante la maison de repos dans le but d’aspirer les âmes des pensionnaires. Une théorie difficile à avaler d’autant que ce bon vieux Jack prétend aussi être une célébrité (tenez vous bien !) : John Kennedy n’a pas été tué à Dallas, la preuve, JFK c’est lui ! Avec un argument aussi délirant, on est en droit de se demander si l’histoire de Bubba Ho-Tep va tenir debout. Eh bien oui ! Cent fois oui ! Adapté d’une nouvelle de l’écrivain Joe R. Lansdale, le film de Coscarelli déploie un script remarquablement bien écrit qui évolue sur un ton et un rythme étonnement posé, à mille lieues du délire de potache foutraque auquel on pourrait s’attendre.

 

Petite parenthèse : j’essayais de me souvenir du nombre de films fantastiques ayant pour héros des vieux. Et j’en trouve pas. Attention, pas des films avec des vieux méchants, comme chez Polanski mais des vrais héros qui soient aussi des personnes âgées. En plus, je me rappelais que lors de la sortie du film Space Cowboys de Clint Eastwood, j’avais entendu un truc du genre : « Voilà, un film qui fait de la résistance en allant à contre courant du jeunisme ambiant. ». Passons vite sur le film de Eastwood que j’avais trouvé moyen mais surtout très limité dans sa manière d’intégrer la thématique de la vieillesse dans les rouages du film de genre hollywoodien. Tout ça pour dire, que sur ce thème là, Bubba Ho-Tep me paraît infiniment plus audacieux et plus abouti.

 

 

Si la lenteur du rythme est à priori déroutante (même si certains regretteront que ça ne s’accélère pas un peu dans la dernière demi-heure), elle permet de poser le cadre avec beaucoup de maîtrise : la chronique et le fantastique, le trivial et le mythique, l’humour et la mélancolie se mêlent doucement. L’humour est particulièrement savoureux, mais jamais forcé, et surtout accentue la complicité avec les personnages. Revenons sur l’interprétation absolument formidable : Campbell en vrai faux Elvis est au delà du mimétisme et de la parodie, il arrive à être à la fois une figure et un personnage profondément humain (il mériterait autant une statuette que Jamie Fox pour don rôle de Ray Charles !). Les autres acteurs d’ailleurs ne sont pas en reste et achèvent de créer une galerie de portraits tous profondément attachants. Aussi kitsch soient-elles, les manifestations fantastiques ne sombrent jamais dans le ridicule et le second degré : le soin apporté à l’atmosphère (malgré son budget modeste, le film est esthétiquement très réussi) témoigne d’un vrai respect du genre.

 

Aussi délirant et incongru soit-il en apparence, Bubba Ho-Tep se révèle peu à peu d’une surprenante profondeur. Totalement inattendu, parfaitement cohérent, remarquablement ambitieux et surtout incroyablement généreux, c’est un vrai bonheur de cinéma populaire, et pourtant farouchement indépendant, qui se fout des modes et des clichés les plus infantiles. Un vrai film de résistant, donc !

 

(1) A noter que Bruce Campbell est passé derrière la caméra avec Man with the screaming brain, qu’on devrait voir prochainement. Il a aussi joué dans The Woods, le second long métrage de Lucky McKee, l’auteur de l’admirable May. Malheureusement, le film, coincé par la MGM qui semble s’en foutre désormais, n’est toujours pas sorti et il semblerait qu’il soit lui aussi parti pour une longue phase de purgatoire. Dans vos salles peut-être, un jour…

Publié dans série bis

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ludo 15/02/2006 18:42

Toutes mes excuses si j'ai effacé ton commentaire Libelule mais je ne suis pas encore habitué à l'interface donc je ne fais que des conneries.
 
Donc Libelule nous disait :
 
"Il sort dans peu de salles. On a 5 cinémas à Avignon mais aucun ne passe le film malheureusement."
 
En effet, il sort dans 12 salles dans toutes la France. C'est peu, trop peu !

Fréd 12/02/2006 20:52

Je vais pas te saoûler avec Coscarelli ;)  alors bravo pour ton blog !!!