PHONE de Byeong-ki Ahn (2002)

Publié le par Ludo Z-Man

Après l’énorme succès du Ring d’Hideo Nakata, l’Asie a subi la grande vague de la mode du cinéma fantastique et la Corée du Sud et sa production très dynamique n’y a pas réchappé. Toute une série d’avatars ont surgi jusqu’à un remake local : Ring Virus réalisé en 1999. Phone, le film qui nous intéresse aujourd’hui s’inscrit clairement dans cette lignée. La séquence d’ouverture nous place en terrain balisé : une jeune femme rentre chez elle et prend l’ascenseur de son immeuble. L’ascenseur s’arrête et soudain son téléphone cellulaire sonne. Au bout du fil, une sorte de grondement strident et angoissant. Les néons se mettent à clignoter : la pauvre femme comprend qu’elle a pris un ascenseur pour l’enfer.

Avec une telle intro, c’est évidemment l’impression de déjà-vu qui assaille le spectateur. Ascenseur à la Dark Water, sonnerie de téléphone mortelle à la Ring, on nage en plein petit Nakata illustré. Le suspense est donc de savoir si nous avons affaire à un film de pur copiste ou bien si Phone va réussir à se singulariser vis à vis de son modèle. Voilà de quoi il en retourne : une jeune journaliste tente de se retirer après avoir reçu des menaces suite à un article compromettant dont elle était l’auteur sur un affaire de professeurs ayant des liaisons avec leurs élèves. Un jour, elle se met, elle aussi, à entendre des sons étranges dans son téléphone portable et à voir des apparitions fantomatiques. La petite fille âgée de 8 ans d’une de ses amies en vient à décrocher accidentellement le téléphone en question et change brusquement de comportement. Elle devient comme possédée.

A l’instar du Kairo de Kyoshi Kurosawa, le Mal passe ici par les objets technologiques du quotidien : cellulaires, ordinateurs. Très vite, on comprend que l’esprit frappeur du film se sert du téléphone pour transmettre sa malédiction. Après une mise en bouche très classique, lé récit prend la forme d’une enquête afin de reconstituer les pièces du puzzle. La mise en scène reste conventionnelle : le film baigne dans une atmosphère essentiellement nocturne servie par une photo bleutée plutôt soignée. Byeong-ki Ahn ne se singularise pas quand il s’agit de faire monter la tension : les apparitions fantomatiques restent banales malgré quelques jeux astucieux sur les reflets. Quant à la gamine possédée, rien de bien original non plus, si ce n’est ce détail troublant sur le fait qu’elle dit être « amoureuse » de son propre père. Une idée intéressante, un peu noyée par le jeu outrancièrement hystérique de la petite fille.

Puis, dans le dernier tiers, le récit recolle les morceaux à grands coups de longs flash-backs : en gros, une histoire d’amour contrariée qui aboutit sur une vengeance surnaturelle. Là aussi, on est dans la banalité la plus totale, renforcée par une narration lourdement explicative. On se souviendra avec quelle désinvolture et quelle rapidité Nakata expédiait les moments explicatifs de son Dark Water : c’était gonflé mais en fait très judicieux. Dans Phone, ça passe pour du remplissage, comme si le film n’avait, à ce stade là, plus grand chose à raconter. Le dénouement paraît alors plutôt bâclé : dommage car on a droit à un final avec un zombie assez réussi et joli à regarder. Mais c’est peu dire que la terreur reste aux abonnés absents, et le film tombe à l’eau lors d’un dernier plan totalement ridicule, qui achève de laisser le sentiment qu’on vient de voir un produit de série tout à fait banal et inoffensif.

Publié dans série bis

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