THE CANDY SNATCHERS de Guerdon Trueblood (1973)

Publié le par Ludo Z-Man

 

Voilà un drôle de film dont, il y a encore quelques mois, je ne soupçonnais même pas l’existence. Pour tout dire, cette série B, la seule et unique de son cinéaste (qui travailla par la suite pour la télévision) demeurait inédite en France. Plutôt mal accueillie lors de sa sortie, c’est une œuvre assez singulière, qui est en fait surtout un film de scénariste. En effet, il bénéficie d’un script tout à fait astucieux et gonflé de Barry Gindoff (scénariste débutant lui aussi) qui fait dériver les codes du cinéma d’exploitation vers le polar roublard et iconoclaste.

Le point de départ est déjà croquignolet : trois jeunes apprenti-truands à la petite semaine décident de commettre un enlèvement dans l’espoir de demander ensuite une rançon. La victime est une jeune lycéenne qui n’a rien demandé à personne. Le plan est sordide : la pauvre gamine sera enterrée vivante en attendant que sa famille se manifeste. Or la famille est plutôt du genre dysfonctionnelle : une mère alcoolique et défoncée, un père volage qui ne pense qu’à aller voir sa maîtresse. Quand celui-ci apprend la disparition de la fille, non seulement il décide de ne rien faire mais en plus, il le cache soigneusement à la mère. En fait, pour une raison que je ne vous dévoilerais pas, ça a même l’air de l’arranger, toute cette histoire !

Comme vous le constatez, le scénario de Barry Gindoff fait preuve d’un cynisme particulièrement étonnant : si l’on devine que nos kidnappeurs amateurs ne sont pas bien doués, la réaction inattendue de la famille de la victime accentue la noirceur du tableau. Lâches, veules, violents et cupides, les motivations des personnages ne sont guères glorieuses et le film appuie, non sans une certaine méchanceté sur leurs défauts. On se doutent alors que le plan va tourner très mal et le reste du récit adopte alors la politique du pire, chaque catastrophe en entraînant une autre. Au delà de la simple série B, on pense alors au futurs films noirs des frères Coen (en particulier, Blood Simple ou Fargo) qui donneront, à travers leurs récits mi-polars mi-faits divers, une vision à la fois ironique et très noire de la bêtise humaine.

En effet, vu l’époque de sa réalisation, on pourrait apparenter The Candy Snatchers à un shocker tant le calvaire de la pauvre victime (incarnée par la jeune Susan Senett) enterrée vivante, puis exhumée, brutalisée et même violée évoque celui des héroïnes de La dernière maison sur la gauche(1) de Wes Craven (1972). Pourtant, au lieu de se complaire dans le réalisme glauque, le récit se teinte d’un humour noir bienvenu : preuve en est cette scène où les kidnappeurs, décidant de couper un membre de la jeune fille pour l’envoyer à ses parents en guise d’avertissement, se révèlent incapables de la mutiler et préfèrent aller récupérer le membre d’un cadavre dans une morgue, ce qui donne lieu à un petit intermède macabre. Mais l’idée la plus culottée et la plus jubilatoire du film, c’est ce personnage d’enfant, un gamin de huit ans qui assiste à l’enterrement de la lycéenne. De par son statut de voyeur impuissant et de témoin unique du méfait, il a tout de suite l’adhésion du spectateur. Confronté à la stupidité de parents qui le maltraitent, muet de surcroît, il semble pourtant être le seul personnage capable de débloquer la situation. Mais le scénario est bien plus pervers que cela : très vite, le suspense concernant l’espoir que le gamin puisse sauver la jeune fille vacille sous l’impression perturbante que son air angélique ne dissimule pas forcément de bonnes intentions. Ou peut-être est-il justement trop innocent (stupide ?) pour mesurer les conséquences de ses actes ?

Jouant de manière très sadique avec l’identification du spectateur, Guerdon Trueblood signe donc une série noire grinçante et totalement surprenante. La fin, que certains jugeront peut-être un peu too much, a le mérite d’être totalement inattendue et d’aller au bout de la logique d’une œuvre qui flirte plus avec la comédie noire qu’avec le film d’exploitation ultra-violent.

A découvrir.

(1) Le premier long de Wes Craven où deux jeunes filles sont kidnappées par une bande de psychopathes sadiques. Encore aujourd’hui, le film surprend par sa violence malsaine et complaisante.

Publié dans série bis

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