EMANUELLE ET LES DERNIERS CANNIBALES de Joe D’Amato (1977)

Publié le par Ludo Z-Man

Pour la naissance de ce blog cinéma, je me suis dit qu’au lieu de commencer par une lourde note d’intention qui ennuierait tout le monde et dont la substance se résumerait en une phrase : « Bienvenue dans un énième blog noyé dans le grand océan de la blogosphére où un anonyme du net va vous parler des films qu’il aime ! » révélant du même coup le cruel manque d’originalité de ce site, je préférais rentrer dans le vif du sujet sans préliminaires superflus. Et de me dire que le choix du film pour la chronique inaugurale servira en quelque sorte de manifeste : Joe D’Amato à l’honneur !

Joe D’Amato, donc, Aristide Massaccesi de son vrai nom, né en 1936 et mort en 1999, n’est malheureusement connu de la majorité des téléspectateurs français que par ses quelques films que la chaîne M6 diffusait le dimanche soir à l’époque où la fin de week-end  se voulait vaguement coquine. Pour les cinéphiles, D’Amato reste un des papes de la grande époque du cinéma d’exploitation italien des années 70, carrière foisonnante qui débute dans les années 60 et se termine dans le monde du porno une trentaine d’années plus tard.

 

D’Amato est un cinéaste très typique de son époque car il a assumé son statut de suiveur de modes. Il commence dans le western spaghetti, puis au milieu des années 70 dérive dans l’érotisme avec la série des Emanuelle, qui surfe ouvertement sur le succès de la saga franchouillarde initiée par Just Jaeckin. Sous la caméra de D’Amato, Emanuelle perd un « m » histoire d’éviter le procès pour plagiat et devient une sorte de version féminine et délurée de Tintin qui part à l’aventure un peu partout : en Orient, en Amérique, autour du monde, et même « chez les filles de Madame Claude » ! Notre Emanuelle, c’est Laura Gemser, brièvement aperçue dans le Emmanuelle 2 de Francis Leroi, une très belle mentisse d’origine indonésienne qui deviendra l’égérie du cinéaste.


Venons en donc à cette rencontre au sommet entre notre journaliste coquine et les cannibales, sortie en 1977 sous le titre croustillant de Viol sous les tropiques. En reportage incognito dans un asile psychiatrique, Emanuelle est troublée par une patiente hystérique qui tente de dévorer une des infirmières. Sur son corps, un étrange tatouage, symbole d’une tribu de cannibales réputée disparue. Et si ces cannibales vivaient encore, cette pauvre jeune fille ayant été leur victime ? Le cocktail est savoureux : un prétexte de film d’aventures, de l’érotisme teinté d’exotisme, le tout pimentée d’horreur cannibale.

Si cet épisode de la saga Emanuelle est un sommet, c’est pour cette synthèse de divers genres aussi improbable que jouissive que réussit le film. Évidemment, on se vautre allégrement dans l’opportunisme, surfant sur la mode du film de cannibale (depuis Le dernier monde cannibale réalisé en 1976 par Ruggero Deodato) mais si ce genre tirait sa parenté du Mondo(1), D’Amato en fait plutôt une sorte de serial déviant, sans prétention et tout à fait divertissant. Le résultat est d’autant plus plaisant que la réalisation est correcte, et que le rythme est plutôt soutenu. Les scènes érotiques sont gentiment désuètes (voire l’intermède saphique tendance Tahiti Douche) et les trouées gores d’un mauvais goût absolu (comme ce moment sympathiquement kitsch où un des personnages est attaché et coupé en deux). Mieux encore, il y a dans le cinéma de D’Amato, une sorte de désinvolture énergique qui rend le rend irrémédiablement sympathique jusque dans ses pires clichés.

Un morceau d’anthologie choisi au hasard : accompagné d’un petit groupe, notre Emanuelle est recueillie par un couple d’aventuriers qui vivent depuis longtemps dans la jungle hostile, et ce malgré la menace cannibale. Après quelques péripéties classiques (poursuites, attaque de serpents), la nuit arrive. Et là, les intentions de ce couple se révèlent suspectes. Autre détail essentiel (!) : l’épouse est très excitée et se caresse voluptueusement sur son lit de camp. En fait, on comprend que son cher mari ne la contente pas. Cette dernière ira alors assouvir ses pulsions grâce aux coups de boutoirs de son serviteur black, qui lui bien sur, est du genre bien monté (j’accentue volontairement sur le cliché limite raciste de cette scène(2), mais j’avoue en avoir plutôt ri). Le mari, contraint à les regarder, supporte mal tant de frustrations, au point qu’il tentera de violer une des membres de l’équipe, la pauvre et juvénile Monica Zanchi. En fait, nos deux aventuriers sont là par pur intérêt, dans l’espoir de retrouver des diamants. Traqués par les cannibales, ils arrivent enfin à mettre la main sur leur trésor. Et là, tandis que le danger est à son comble, nos deux personnages tombent les vêtements et se mettent à copuler furieusement au détriment de toute logique scénaristique. Et le mari a alors cette réplique fabuleuse : « Maintenant qu’on a retrouvé ces diamants, j’ai aussi retrouvé ma virilité ».

Comment ne pas être euphorique devant un cinéma aussi joyeusement racoleur et décomplexé ? 

(1) Docu-fiction sensationnaliste qui sous des prétextes ethnologiques et sociologiques douteux, ne sert qu’a flatter notre voyeurisme en l’abreuvant de séquences choc, le plus souvent bidonnées malgré leur style documentaire

(2) Sur le coup, j’ai pensé au Manderlay de Lars Von Trier, ceux qui ont vu le film comprendront.

Publié dans série bis

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