Bande annonce totalement délicieuse et sublime de ce classique du film de monstre de plage avec ambiance surf et monstre en plastoc. Une certaine idée du cinéma.
Beach party lovers making HEY HEY in the moonlight !
Passez-vous là en boucle, c’est un régal.
C’est une petite sélection de saison que vous propose Série Bis, dans la moiteur de l’été, le doux son des vagues dans les oreilles, avec Psycho Beach Party, film inspiré d’une pièce de théâtre jouée à Broadway et ici portée à l’écran par Robert Lee Smith, sorti chez nous en 2001 et passé pour le moins inaperçu. Il s’agit d’une petite production indépendante qui se place dans le genre du pastiche, hommage tardif à un genre plus ou moins disparu (enfin pas tant que ça si on en croit le mythique cinéaste Fred Olen Ray que j’entendais récemment déclarer que son seul moyen de gagner sa croûte à Hollywood était de faire des films avec des bimbos se baladant en bikini du genre Bikini a Go-Go ou Bikini Girls on the Lost Planet !), le film de plage, le Beach Movie, ancêtre estival de nos teen-movies d’aujourd’hui, visant à séduire un public adolescent en célébrant le charme des amourettes de vacances, se faisant le témoignage d’une jeunesse baignant dans une culture pop insouciante, ou les jeunes hommes et les jeunes filles se prélassaient sur la plage en écoutant de la surf music ou le dernier album des Beach Boys. C’est Samuel Z. Arkoff, le fondateur de la American International, qui va rentabiliser le filon au début des années 60, Beach Party tourné en 1963 par William Asher, étude sociologique des comportements amoureux des jeunes Américains en vacances fait du comédien Frankie Avalon (tout droit sorti des studios Disney) et de la starlette chantante Annette Funicello de vraies vedettes auprès des adolescents. Les deux tourtereaux tourneront par la suite Muscle Beach Party et Bikini Party. C’est à ce sous-genre franchement méconnu chez nous que Psycho Beach Party rend un hommage clairement affectueux.
Pour le lecteur assidu de Série Bis et pour le cinéphile averti, la complicité qui s’établi avec le film passe par la sensation d’être ici chez soi, des la scène d’ouverture, une scène de meurtre dans un drive-in, tellement caricaturale qu’on en jubile, avec en fond sur l’écran, une série Z en noir et blanc sur un jeune gringalet amoureux d’une serveuse de coffee-shop qui se révèle être un horrible monstre à trois têtes (un classique du genre souvenez-vous La chose à deux têtes, une autre production AIP), bref, on s’y croirait. Robert Lee Smith connaît ses classiques. Voyons maintenant ce que le film a dans le moteur. Visiblement tourné avec des moyens assez modestes, Psycho Beach Party tente de restituer d’une manière évidemment pas du tout réaliste l’ambiance d’époque (le film se passe en 1962) grâce une direction artistique soignée qui nous plonge dans un univers aux intérieurs cheap, aux couleurs vives, aux effets visuels volontairement ringards (les transparences lors des scènes de surf), d’une totale artificialité. Le casting réunit de nombreux jeunes comédiens de séries télé (Nicholas Brendon vu dans Buffy, Lauren Ambrose, inoubliable Claire Fisher dans Six Feet Under) qui jouent tous à fond les ballons dans une outrance forcée plus ou moins bien dirigée. Mais le plus décevant, c’est la mise en scène, là c’est vraiment le calme plat, c’est même un peu bâclé par moment et c’est dommage. Robert Lee Smith s’est contenté de filmer platement le scénario adapté de la pièce par son auteur, Charles Busch. L’histoire mélange les genres : Florence, jeune adolescente propre sur elle, tente de rentrer dans une bande de surfeurs, mais ces derniers sont vite soupçonnés par la police quand une vague de meurtre s’abat sur les adolescents des alentours. Plutôt bien écrit, le scénario réserve pas mal de bonnes idées, des personnages amusants et quelques dialogues tout à fait succulents (sur le sous-texte féministe des films de filles géantes notamment !). Ne vous attendez pas à une parodie délirante à la ZAZ, ici la relecture du genre se fait à travers une écriture gentiment absurde, qui fait se lézarder cet univers aseptisé et asexué sous le surgissement brutal et burlesque de la sexualité et de la violence. Ce que les Beach Movies des années 60 ne pouvaient au mieux que sous-entendre, Psycho Beach Party le laisse exploser, la schizophrénie matinée de trauma enfantin de l’héroïne transformant la vierge effarouchée en séductrice torride au langage plutôt direct incarne le fonctionnement même du film. Cela dit, n’y voyez pas non plus une critique subversive d’un certain puritanisme américain, le scénario restant finalement assez sage, même dans une optique purement potache, où il apparaît bien moins osé comparé aux débordements libidineux et scatologiques des teen-movies contemporains du type American Pie.
Alors le problème majeur de ce genre de film, au fond, on en a déjà parlé, c’est de fonctionner en vase clos, uniquement en régurgitant de la référence, ce que les aigris qualifieront de « faux-film culte », de « sous-produit pop » et « d’opportunisme ». Bon, ok, je comprends ces reproches (que je lis sur certains blogs que j’aime bien), mais pour le coup, je serais indulgent, Psycho Beach Party me paraît faire preuve d’une légèreté amusante. Dommage qu’il souffre d’un certain manque d’audace (c’est un film de scénario quoi…), ce qui en fait un divertissement campy certes sympathique mais aussi un peu anodin. Mais rien ne vous empêche d’aller zyeuter du côté des originaux.
Depuis que le cinéma d’horreur a été remis à sa place légitime dans les histoires du cinéma, la tétralogie des morts-vivants de Romero fait sans doute partie des œuvres les plus commentés du genre. Loin de moi de déboulonner le mythe, honte à moi d’avouer que la carrière de Romero s’était longtemps pour moi limitée à ses films de zombies, ses autres œuvres étant peu vues et peu commentées. J’ai longtemps connu The Crazies sous son abominable titre français, La nuit des fous vivants, tel qu’on le nomma avec un opportunisme subtil lors de sa sortie tardive en 1979 dans une version tronquée. Comme souvent chez Romero, la terreur nous saisit brutalement des l’entame du film : ici, un gamin et sa frangine s’amusent à se faire peur. Leur jeu innocent est interrompu par leur père qui sans aucune justification s’attèle à tout détruire dans la maison avec une rage effrayante. Tandis que la gamine découvre que leur mère a été sauvagement assassinée, le papa met le feu à la baraque. Les flammes envahissent l’écran pendant le générique, une alarme retentit. Romero vient de nous clouer sur place avec violence. L’ agressivité sidérante de cette introduction contaminera une bonne partie du film, d’une manière d’autant plus étrange que c’est l’un des très rares, si ce n’est même le seul moment de terreur pure du film. En effet, The Crazies n’est pas vraiment un film d’épouvante, encore moins un film d’horreur. Son principe se rapprocherait plus du film de science-fiction ou du film catastrophe.
L’histoire est simple : un virus a été répandu accidentellement prés d’une petite ville des Etats Unis. Très vite, les autorités mettent la ville en quarantaine afin de stopper la propagation du virus, quitte à employer la force et des méthodes plus ou moins douteuses. Le virus provoque chez les gens contaminés des crises de folies meurtrières qui mettent leur entourage dans un grave danger. La ville devient peu à peu un vivier de fous dangereux. Les militaires débarquent alors afin d’isoler le virus et de recenser les habitants afin de les protéger. Mais l’opération de sauvetage tourne court. Le film étonne au premier abord par son rythme. L’exposition est assez complexe et présente beaucoup de personnages dans une durée assez courte, accumulant un grand nombre d’information. Pourtant, c’est le montage qui déconcerte par son extrême vivacité, un montage sec, presque abrupt, qui concourt à donner l’impression que l’action est extrêmement resserrée, rendant ainsi le film complètement anxiogène, très étouffant. Ce rythme chaotique du montage se maintient plus ou moins pendant tout le film, avec de belles ruptures, parfois à la limite de l’expérimental, tandis que la narration devient de moins en moins éclatée, mais paradoxalement s’embourbe, avec le sentiment troublant que les personnages avancent de plus en plus difficilement (alors que le film raconte une fuite en avant, une cavale), se prennent les pieds dans le tapis, voire même que tout est perdu d’avance. Le lumière est assez crue, la caméra est souvent tenue à l’épaule, dans un style proche du reportage (une partie du scénario semble travaillée dans ce sens, de même que l’insertion habile de stock-shots, je ne sais plus qui avait osé le parallèle entre ce film et le cinéma de Peter Watkins, mais c’est très pertinent du coup, on y pense forcément). Le réalisme sec et épuré qui en découle aboutit sur une forme très singulière d’inquiétante étrangeté qui nappe le film d’une ambiance fantastique très insolite, ce qui permet même à Romero d’oser des ruptures de ton, de bifurquer sans prévenir dans l’humour noir.
Des la scène inaugurale, l’horreur et la violence se sont immiscés brutalement au sein du quotidien le plus banal, et contrairement à ses films de zombies, le monstre, dans The Crazies, n’est plus distingué par son aspect repoussant de cadavre en putréfaction (que Romero dans Day et Land of the Dead exploitait habilement en en faisant une monstruosité familière, voire même la norme) ici, chacun des personnages est un fou potentiel et Romero joue évidemment de la relativité des signes distinctifs de la folie (ce qui fait très peur), surtout dans un contexte aussi extrême. Sur ce point, le film est d’autant plus ambigu que les « fous » sont rarement montrés pendant la première partie du film, notre peur se déportant sur les militaires en combinaisons et masques qui pénètrent dans les maisons et somment les habitants de se réfugier dans des endroits dits « surs ». Ces hommes en blanc et sans visages sont tout aussi terrifiants que la menace dont ils sont censés nous mettre en garde. Et Romero nous décrit alors le cauchemar absolu : l’individu confronté à une masse indivisible, indistincte, menaçante et incontrôlable. Ce cauchemar a ici clairement une dimension politique : et là les dirigeants et les militaires en prennent sévèrement pour leur grade. L’ironie étant qu’évidemment, à tous les stades de la hiérarchie, tout le monde n’a qu’une marge de manœuvre très réduite et finit forcément par se faire bouffer. D’ailleurs, sur ce point précis, le film rappelle beaucoup Docteur Folamour, qu’il cite explicitement, en ce sens qu’il montre une suite de décisions complètement absurdes, rendues possibles par un système aberrant, qui fait que chacun des personnages est pris dans un engrenage qui le dépasse complètement. Fous dangereux ou militaires masqués, peu importe, la fin du monde est déjà arrivée, tous ces gens ne sont plus que des chiffres (le nombre d’habitant de la petite ville qu’on doit comptabiliser, ah tiens on en tue un, c’était le 3256éme habitant…) et tout le monde est interchangeable. Le président se tient prés à appuyer sur le petit bouton rouge, si besoin est.
The Crazies est donc une fable d’une noirceur incroyable, intensément déprimante, sur la fin du monde et qui est un complément indispensable, ainsi qu’une variation passionnante sur des thèmes abordés par la saga des zombies, une œuvre aussi riche et complexe que ses illustres grands frères. Une curiosité au niveau du casting : on y retrouve dans un second rôle, la jolie Lynn Lowry, qu’on avait déjà croisé dans I drink your blood, souvenez-vous, cette jouissive série Z avec des hippies enragés (décidément ces sales virus !!), et qui la même année, allait tourner dans le Frissons de David Cronenberg (ou des citadins respectueux devenaient des maniaques sexuels féroces). C’est assez rigolo de le comparer à The Crazies, les deux films, malgré un cadre différant, partageant des thèmes similaires (le retour du refoulé dans une mutation irréversible de la civilisation) et une étrange froideur, toujours aussi terrifiante.
Jasper: She looks kinda familiar
Abernathy: That is because she is a famous movie star. We are making a Hollywood movie here in town
Jasper: Why's she dressed like that?
Abernathy: Because it's a cheerleader movie and she's one of the cheerleaders.
Jasper: What's a cheerleader movie?
Abernathy: A movie about cheerleaders.
Jasper: Is it a porno?
Abernathy: [looks at Jasper] *Yes*! But don't mention it. She's shy.
(extrait de Death Proof de Quentin Tarantino)
Bon, le qualificatif de porno est peut-être exagéré, mais ce n’est pas ce bon vieux Jim Wynorski qui va me contredire, le potentiel érotique du film de pom-pom girls est évident (« Sauvons la Cheerleader, sauvons le monde », disait le poète…) un peu à l’instar de la lycéenne en uniforme qui peuple l’imaginaire du cinéma japonais. Et saluons l’initiative de ce cher Quentin à rendre hommage à ce genre dont il est manifestement fan. J’avoue, je ne connaissais que très peu ces films, il faudra un jour m’y atteler, le cinéma d’exploitation y a manifestement trouvé son bonheur. Ca commence en 1973 avec The Cheerleaders de Paul Glicker, un sexploitation visiblement assez soft, arrosé d’humour potache et qui semble constituer l’ancêtre des teen-movies sexués des années 80 comme la légendaire saga des Porky’s. Une suite, Revenge of the Cheerleaders sera tournée trois ans plus tard, avec dans un de ses tout premiers rôles, David Hasseloff. Jack Hill, le réalisateur de Coffy, la panthére de Harlem, tourne en 74, The Swinging Cheerleaders, puis dans le genre fantastique, mode diabolique oblige, on trouve des Satan’s Cheerleaders grace à Greydon Clark en 1977. Depuis, le teen-movie s’est un peu aventuré dans le domaine comme dans But I’m a cheerleader de Jamie Babbit (1999) ou Natasha Lyonne incarnait une pom-pom girl envoyée en camp de rééducation pour lesbienne et y tombait amoureuse de Clea Duvall, et bien plus prude, le récent Bring It On avec Kirsten Dunst et Eliza Dukshu. Aux rayons des curiosités, on trouve aussi un Cheerleader Ninjas de Kevin Campbell sorti directement en vidéo en 2003.
Quand vous vous aventurez dans la jungle de la série Z récente, vous croisez forcément à un moment ou à un autre le nom de Jim Wynorski, qui fait partie de ces spécialistes inoxydables du low-budget movie comme les mythiques Fred Olen Ray et Andy Sidaris, des noms qui font rêver les amateurs de monstres craignos, de paysages exotiques et de bimbos généreuses. Formé à l’écurie Roger Corman, son mentor, Wynorski accumule depuis la fin des années 80 une quantité de film, pour la plupart directement destinée à la télévision et au marché de la vidéo : des slashers (Sorority House Massacre 2), des parodies érotiques, des films d’animaux monstrueux (Komodo vs Cobra) des suites hasardeuses (976-EVIL 2, la suite du film de Robert Englund !!!) et même des films pour enfants (dans lesquels on croise la jeunette Jennifer Love Hewitt, mais je pense qu’il aimerait beaucoup la faire tourner maintenant), avec en général, des jolies filles, avant tout des jolies filles, il le dit lui-même à longueur d’interview, le bonhomme est un chaud lapin, Raven de la Croix, Traci Lords figurent parmi ses égéries. Ami cinéphile donc, au moment de rentrer dans l’univers de Jim Wynorski, oublie toute notion de bon goût, de style, de mise en scène. Je dois l’avouer, c’était le premier film que je voyais de lui, et j’ai souffert (pour vous, amis lecteurs, qui sans soute n’en demandiez pas tant). Une heure et demie de désolation intense devant ce qui s’avère être un slasher terriblement mou et routinier ou un groupe de cheerleaders se paument dans une forêt enneigée et atterrissent dans un chalet, traquée par un serial killer. Devant le sentiment de vanité qui nous envahit peu à peu pendant le visionnage, on est saisit devant la propension du film à une gratuité absolue et de tous les instants, des plans de nudité d’une vulgarité assumée aux seconds rôles inutiles, sans oublier des scènes sans aucun rapport avec l’intrigue servant à rallonger la durée du métrage (le meurtre de la fille qui fait son footing). A la moitié du film environ surgit un personnage que les flics vont interroger, une ancienne élève du lycée des cheerleaders et là en guise de flashback, Wynorski nous ressert un extrait de Slumber Party Massacre, un slasher de 1982 (qui avait déjà connu deux suites !!!), justifiant ainsi le fait d’avoir engager la même actrice vingt ans plus tard.
On a parlé beaucoup de très très mauvais films ici, certains d’entre eux nous avaient fascinés par leur absurdité plus ou moins volontaires, leur fraîcheur ou au contraire énervés par leur fadeur ou leur prétention, mais finalement, Cheerleader Massacre, c’est pire, c’est juste le vide, le néant absolu, quoi, avec juste la vulgarité et l’opportunisme. Il faudra un jour que je me pose la question clairement, y’a-t-il une forme d’indulgence quand je regarde des films plus anciens, y’a-t-il forcément un effet de recul, ce charme vintage qui joue beaucoup. Wynorski a côtoyé Corman, et bien j’ai revu récemment des vieux films de monstres produits et réalisés par Corman dans les années 50 (Attack of Giant Leeches, Attack of the Crab Monsters) et aussi ringards soient-ils (effets spéciaux artisanaux obligent), il y avait là pourtant un certain savoir-faire, de l’astuce, de la roublardise. Bref, vous l’aurez compris, Cheerleader Massacre est un film franchement pas sympathique et le plus déprimant dans l’affaire, c’est qu’à aucun moment du film une fille porte au moins une fois un uniforme de cheerleader. C’est vraiment triste et désolant.
Je me sens fatigué d’un coup.
Continuons l’exploration forcément hasardeuse de la filmographie inépuisable du grand Jess avec ce film en noir et blanc de 1965 qui fut aussi dans nos contrées connu sous le titre Dans les griffes du maniaque (Miss Muerte pour son titre espagnol). Ne cessant de tourner à un rythme totalement frénétique (deux films en même temps parfois !), Franco voit sa carrière fluctuer au fil des modes mais aussi des producteurs avec qui il a l’occasion de travailler. Ici, c’est Serge Silbermann qui produisait aussi à l’époque les films de Luis Bunuel. Le diabolique docteur Z est une très classique série B comme en réalisait Franco à l’époque. L’histoire constitue une énième variation sur le thème du savant fou : le professeur Zimmer poursuit des études sur les mécanismes du cerveau. Un soir, un serial killer échappé de prison échoue dans sa propriété. Prêt à tout pour arriver au bout de ses recherches, il emprisonne le criminel et en fait le cobaye de ses expériences. Les résultats sont exceptionnels, mais lors d’un congrès de neurologie, personne ne prend ses recherches au sérieux. Accusé d’être un barbare parce qu’il a utilisé un cobaye humain, il est humilié et meurt d’une crise cardiaque. Mais peu de temps avant sa mort, il prie son assistante, en fait sa propre fille de reprendre le flambeau.

A propos de l’œuvre de Jess Franco, Stéphane du Mesnildot déclarait très justement qu’on pouvait voir ses films comme une multitude de chapitre d’un long serial, une sorte d’interminable feuilleton dont chaque opus serait une variation sur les motifs et les thèmes du fantastique populaire, puisant allégrement dans la galerie des personnages des romans de gare et des bandes dessinées pour adultes, une sorte d’anthologie de la culture pop. Le scénario du Diabolique docteur Z mêle allégrement les genres et accumule dans une intrigue rocambolesque meurtres, enquête policière, horreur chirurgicale, vengeance et une pointe d’érotisme. Et dans cet univers là, Franco est comme un poisson dans l’eau. Cette matière romanesque délirante, il la traite non seulement dans un premier degré absolu mais en plus avec un raffinement tout à fait délicieux (la grande force du cinéma de Franco, c’était non seulement l’affection qu’il avait pour ce cinéma populaire, mais l’absence de hiérarchie dans ses références esthétiques, il n’y pas pour lui de culture officielle et de sous-culture). Ayant visiblement bénéficié d’un budget confortable, Franco livre un film extrêmement soigné, à l’atmosphère savamment distillée, au rythme soutenu. L’intrigue ménage pas mal de petits retournements tandis que le film sait faire varier les tonalités, en étant tout à tour terrifiant ou plus léger, plus réaliste puis plongeant brutalement dans un onirisme cauchemardesque du plus bel effet (voire la scène de la traque dans le théâtre, particulièrement angoissante, soutenue par une belle partition de Daniel White, parfois discrète ou comme dans cette scène, tonitruante et presque atonale). D’un point de vue dramatique, le film est d’une grande efficacité et on ne s’ennuie pas une seconde. La mise en scène se révèle aussi très inspirée : évidemment, elle doit beaucoup à l’élégance de la photo, un noir et blanc très bien utilisé et qui dégage beaucoup de charme. Elle sublime les deux décors principaux du film, en fait les lieux récurrents des films de Franco : le manoir, celui du docteur Z, demeure sinistre plongée dans une obscurité menaçante et le cabaret, autre lieu emblématique de son cinéma (le théâtre de ses fantasmes voyeuristes), qui donne lieu à une fameuse scène où une danseuse incarnée par la blonde Estella Blain exécute un numéro sensuel sur une toile d’araignée et qui se transformera par la suite en tueuse à la tenue transparente et aux ongles acérés (la Miss Muerte du titre), un véritable personnage de bande dessinée, fantasque et savoureux.
Le casting est par ailleurs tout à fait sympathique puisqu’on y retrouve Howard Vernon, le docteur Orlof en personne, qui ne joue d’ailleurs pas ici Orlof (bien que celui-ci soit cité dans un des dialogues du film) mais un scientifique concurrent de Zimmer. Il a un petit rôle mais il a droit une des plus belles scènes du film. Jess Franco apparaît aussi dans son propre film, dans un rôle assez important en plus, celui d’un flic, et qui apporte une touche discrètement comique au film, et c’est d’ailleurs assez sympathique. Bref, vous l’aurez compris, ce film s’impose comme l’une des oeuvres les plus réussies et les plus abouties de la période dite « classique » de Franco. Il en reprendra d’ailleurs la trame dans un quasi-remake (que je n’ai malheureusement pas vu et c’est dommage !) Sie tötete in Ekstase réalisé en 1971 avec la regrettée Soledad Miranda(1). Rappelons enfin que si récemment, quelques uns des premiers Franco sont ressortis en DVD en zone 2 (notamment grâce aux DVD de Mad Movies) Le diabolique docteur Z demeure curieusement inédit (alors qu’il existe en zone 1) et surtout il est loin, à ma connaissance, de bénéficier de la réputation de classique du cinéma fantastique européen (et en partie français en plus) qu’il mériterait très largement.


