Réjouissons-nous, il nous reste encore bien des films et des cinéastes à (re)découvrir dans le monde étrange du cinéma bis. Difficile, par exemple, de ne pas entendre un jour parler de Jack Hill, cinéaste paradoxalement discret à la carrière relativement éphémère, qui pourtant a marqué l’age d’or du cinéma d’exploitation américain. Le bonhomme provient en plus de l’écurie Corman (décidément) et c’est grâce à lui qu’il débuta sa carrière dans un certain anonymat, il faut le dire, il réalisa d’ailleurs des séquences du fameux The Terror, opus bien particulier de la carrière de Corman car si ce dernier est bien crédité comme réalisateur, le film fut tour à tour mis en scène par Jack Hill mais aussi par Francis Ford Coppola, Monte Hellman et même Jack Nicholson, bien que ce ne soit pas précisé au générique. Cela dit, si d’autres cinéastes de l’école Corman connurent la carrière que l’on sait, Jack Hill, lui, resta un artisan de la série B, avec beaucoup de succès par ailleurs, surtout en pleine explosion de la blaxploitation ou il signe un de ses films les plus célèbres, Coffy la panthère noire de Harlem, polar violent avec la volcanique Pam Grier (j’en reparlerais sans doute prochainement). Spider baby est un des premiers films totalement personnels de Hill, ce qui ne fut pas sans problème pour lui. Bien content et surpris que des producteurs lui accordent un budget de 65000 dollars et douze jours de tournage pour filmer ce petit film d’horreur dont le titre initial était Cannibal Orgy, or The Maddest Story Ever Told (ça en jette, y’a pas à dire !), il ne se doutait guère que leur société ferait faillite et que le film se retrouverait dans des cartons, attendant quatre années avant d’atterrir dans les salles sous le titre Spider Baby.
Dans une vieille maison en ruine, une étrange famille composée de deux jeunes filles délurées et de leur grand frère attardé vit depuis des années, sous la tutelle d’un chauffeur, Bruno, qui prend soin d’eux depuis la mort de leurs parents. Leur vie paisible agrémentée de jeux enfantins, des fantaisies de leur age en somme comme narguer le facteur du coin pour le tuer ensuite, est bientôt perturbée par l’arrivée inopinée de membres lointains de la famille et d’un avocat qui voudraient bien récupérer la propriété. Ce qui frappe d’abord dans Spider Baby et qui fait qu’on rentre très vite et très agréablement dans le film, c’est la manière dont Jack Hill installe rapidement et très efficacement une atmosphère macabre totalement réussie. Cette maison paumée dans un trou perdu dégage un climat d’épouvante gothique, merveilleusement mis en valeur par le noir et blanc, et dans lequel on plonge avec délice. Mais là où le film surprend et tire son épingle du jeu, c’est comment le récit se teinte vite d’un humour noir particulièrement étonnant qui permet alors d’échapper au sérieux un peu guindé du fantastique classique pour aller vers quelque chose de bien plus insolite. Bien qu’ayant tout du film d’épouvante typiquement sixties (Spider Baby ne verse jamais dans le gore par exemple), il apparaît d’un ton très moderne à la fois complétement étrange et très ironique. Les moments les plus jouissifs sont ceux où justement le rire côtoient l’angoisse et où l’univers du film semble contaminé par une vraie folie, ce qui donne lieu à quelques scènes joliment barges et effrayantes (je vous en laisse la surprise car certaines idées valent vraiment le coup de laisser le charme de la découverte intact). L’épilogue permet aussi de détourner un dénouement somme toute tout ce qu’il y a de plus classique pour en faire une pirouette finale à l’humour mordant.
L’interprétation est aussi un des points forts du film, Jill Banner, Beverly Washburn, Sid Haig (futur génialissime Capitaine Spaulding dans les deux premiers films de Rob Zombie) et Lon Chaney Jr. s’en donnent à cœur joie quand il s’agit de donner vie à cette famille de dégénérés furieux qui vous l’aurez compris en a depuis inspirés bien d’autres. Vous lirez sans doute souvent que Spider Baby traîne une réputation de film culte et ça tient sans doute au fait qu’on a un peu l’impression de voir avec le recul une œuvre matricielle, dont beaucoup d’idées se retrouvent dans des classiques du cinéma d’horreur moderne que le genre recycle aujourd’hui ad nauseam. Ce n’est pas forcément un avantage pour le film qui peut aussi dégager une certaine impression de déjà-vu à posteriori si vous voyez ce que je veux dire. Les défauts du métrage en sont d’autant plus flagrant, comme par exemple ce gros ventre mou en milieu de film qui plombe un peu le rythme de l’ensemble avant le final. Il ne faut peut-être pas s’attendre non plus à un chef d’œuvre méconnu où à un OVNI cinématographique génial (comme le fascinant Carnival of Souls sorti il y a peu en DVD). Mais que cela ne vous décourage pas de visionner ce Spider Baby, véritable curiosité et petit plaisir fort recommandable.
Il me tardait de retrouver la filmographie de ce bon vieux Jess Franco afin de découvrir une œuvre que je ne connaissais pas, 99 Women, ni plus ni moins que le tout premier WIP de son auteur, ce qui est quand même quelque chose. Vous ferais-je l’offense, cher(s) lecteur(s), de vous rappeler que le Women in Prison, le film de prison de femme, avec son cortège de clichés et de fantasmes crapoteux, fut l’un des sous-genres les plus sulfureux de l’histoire du cinéma d’exploitation. Or, ce film de Franco fut carrément l’un des précurseurs par un cinéaste qui en suite retrouvera le genre assez souvent. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que 99 femmes contient tous les ingrédients nécessaires : un groupe de jeunes femmes est donc enfermé dans un camp de travaux forcés dirigé d’une main de fer par une patronne machiavélique et sadique qui sert la soupe à un gouverneur pourri jusqu’à l’os qui n’hésite pas à se servir de certaines prisonnières pour assouvir ses petites envies. Ce couple diabolique voit malgré ses agissements tempérés par l’arrivée d’une enquêtrice envoyée par le gouvernement, alerté par la mort suspecte de plusieurs des prisonnières.
Pour comprendre un peu l’évolution de Franco, il faut aussi voir grace à qui il réussit à tourner selon les périodes de sa carrière. En l’occurrence, en 1969, Franco travaille avec le producteur Harry Alan Towers, qui bossait beaucoup pour la télévision mais qui fit plein de films de série B dans les années 60 (en particulier la série des Fu Manchu) et ce fut une période faste pour Franco, Towers ne donnant certes pas dans la superproduction mais les budgets étaient confortables et les co-productions internationales permettaient des castings prestigieux. Rien à voir avec les séries Z fauchées que Franco tourna en France au début des années 80. 99 Women bénéficie donc de moyens raisonnables, ce qui permet à Franco de nous offrir un spectacle soigné mais presque sans surprise. C’est aussi sans doute pour cette raison que ce n’est absolument le film d’exploitation crasseux et sordide qu’on peut attendre quand on voit un WIP, ici nous avons à faire à une série B extrêmement classique, avec sa dose d’action, de violence et d’érotisme, le tout solidement emballé pour viser l’efficacité avant tout. Le décor aride permet à Franco de créer une ambiance « western au féminin » tandis que la toute fin, une longue course poursuite en foret assure le quota d’aventure et d’action. Très premier degré, le casting s’en donne à cœur joie. Deux monstres, Herbert Lom (le chef de Peter Sellers dans La Panthère Rose) et Mercedes McCambridge, en font des tonnes dans leurs rôles de méchants autoritaires et sadiques. Maria Rohm (qui était l’épouse d’Harry Alan Towers et qui tourna dans d’autres films de Franco) apporte sa blondeur au personnage de Mary, l’héroïne innocente et courageuse, tandis que l’actrice espagnole Eliza Montes, belle brune se baladant souvent en bas sexy dans sa cellule (!!!), incarne l’inévitable personnage de la prisonnière sensuelle, sauvage, ambiguë et rebelle.
En fait, s’il incarne le stéréotype du film d’exploitation, avec tous les éléments d’un genre typique de l’age d’or du cinéma bis, 99 Women est dans la carrière de Franco un film un peu bâtard, un film de transition entre la veine la plus classique de son cinéma et sa future période plus folle et expérimentale. Sans doute sous la contrainte d’un budget plus important, Franco tourna à cette époque des projets ambitieux mais qui aboutirent sur des films finalement assez sages (c’est aussi ce que je reproche à son film suivant Les Nuits de Dracula avec Christopher Lee qui m’avait paru assez académique). Dans 99 Women, il y a une scène de flash-back où soudain le style de Franco semble reprendre le dessus, le passé du personnage d’Eliza Montes nous est raconté en une longue séquence muette, prétexte à une succession de visions érotiques, noyées dans des couleurs criardes et des flous vaporeux, rythmée par la musique lancinante et soyeuse de Bruno Nicolai (très belle BO par ailleurs) et là, on dirait déjà du Vampyros Lesbos. Mais attention, vous avez du vous demander pourquoi j’ai laissé comme titre de cette chronique Les Brulantes au lieu de 99 femmes, en général le titre sous lequel ce film est le plus connu. Que ce film ait été diffusé sous plusieurs titres, cela ne vous étonnera guère, mais ce n’est pas par pure racolage que j’ai laissé celui-là, c’est tout simplement que j’ai vu le montage français de ce film qui sortit effectivement à l’époque dans nos salles sous le titre Les Brulantes, et je pense que vous aurez compris qu’il s’agit là d’un remontage du film originel de Franco, truffé pour l’occasion d’inserts pornographiques. Ce n’est pas le seul film de Franco qui a subit ce genre de charcutage opportuniste qui consistait à transformer un film traditionnel en porno afin de le ressortir sous un autre titre dans les salles spécialisées. En plus, la pornographie n’est pas incompatible avec le cinéma de Franco, il en a lui-même réalisé, époque oblige. Pourtant, au delà de l’expérience de pouvoir contempler une telle aberration qui est vraiment le summum du cinéma d’exploitation, force est d’avouer que le résultat s’avère vite complètement irregardable. Je donnerais pas de détails sur les scènes en question, toutes laides et ridicules, avec des acteurs dont on ne montre pas les visages afin d’essayer de cacher que ce ne sont pas les mêmes que ceux qui jouent dans le film, bref, c’est risible cinq minutes, mais au bout d’un moment c’est juste n’importe quoi. Donc, un conseil, si vous voulez découvrir ce film qui reste un Franco mineur malgré tout, évitez cette version comme la peste.
Un peu à l’instar des Mikado, la petite faiblesse qui me perdra (comme disait le poète), c’est bien de ne pas savoir résister à l’appel d’un titre aussi alléchant que Jesus Christ Vampire Hunter. Voilà, on ne sait pas sur quoi on va tomber mais avec un titre pareil forcément, notre curiosité est fortement excitée. Le cinéphage averti n’étant pourtant guère à l’abri de fortes déconvenues, une fois le film visionné. Nous avons donc ici à faire avec un tout petit film canadien produit par Odessa Filmworks, modeste compagnie installée à Ottawa. Lee Demarbre a mis deux ans à tourner ce film avec un budget qu’on devine ridicule et montra son bébé au Festival de Slamdance (un de ces petits festivals parallèles du cinéma indépendant US se déroulant à la même période que celui de Sundance, devenu maintenant une véritable institution et un festival totalement mainstream) où il reçut un accueil chaleureux. Donc, oui, le titre ne ment pas sur la marchandise : Jesus Christ, JC pour les intimes, est appelé en urgence par deux membres éminents de l’Eglise, pour lutter contre une invasion de vampires. Le Vatican finira même par lui adjoindre l’aide d’un sidekick en la personne de Mary Magnum, charmante brunette et combattante en combinaison de cuir et histoire d’être vraiment sur de latter ces suceurs de sang, Santo, le catcheur, une vieille connaissance de nos services, sera aussi de la partie.
Encore plus série Z que système D, Jesus Christ Vampire Hunter joue à fond la carte du cheap en contraste avec l’incongruité de son sujet. Jesus, forcé de se balader incognito, finit vite par se raser la barbe et se couper les cheveux pour adopter un look de type cool et désinvolte, arborant même piercing et boucles d’oreille, ce qui ne choque plus vraiment, surtout dans un film où des vampires gothiques côtoient des prêtres punks. Comme tout cinéaste amateur, Demarbre filme à la maison et c’est ce qui fait une partie du charme de son film de potes avec ses séquences tournées au resto du coin, dans la boite du copain, dans un terrain vague ou à la volée dans la rue comme dans une scène de comédie musicale improvisée en ville au milieu des voitures (avec les passants ahuris autour qui doivent se demander qui sont ces tarés), ce qui est plutôt rigolo. Le film a clairement été tourné en 16mm, ce qui donne une image un peu cradingue et très granuleuse, mais que j’aime bien, enfin en tous cas, pour moi ça a toujours plus de charme qu’une image vidéo, surtout quand le cinéaste la retravaille beaucoup en post-prod, ce qui lui donne un aspect lisse et froid. Par contre, le son est catastrophique. Demarbre a sans doute conscience de cela, tout est post-sychronisé et parfois, on sent qu’il essaie d’en jouer, mais c’est surtout très laid et affreusement saoulant et répétitif. La musique forcément cheap n’arrange rien. Sans doute récréatif quand il est projeté dans l’ambiance festive d’un festival, Jesus Christ Vampire Hunter lasse pourtant au bout de quelques scènes. Au mieux, il aurait fait un sympathique court métrage, ce qui lui aurait évité d’être alourdi par des problèmes de rythmes évidents qui achèvent d’enterrer l’entreprise selon le lieu commun qui dit que les blagues les plus courtes sont les meilleures.
Derrière l’aspect canularesque et potache (ce qui décidément est toujours sympathique mais est en fait rarement une qualité) d’un tel film, on peut s’interroger sur les intentions de son réalisateur qui, malgré tout, ne peut quand même pas ignorer que son film ressemble clairement à des dizaines d’autres et ce ne sont pas deux ou trois idées de scénario amusantes qui sauvent l’affaire. Sous son emballage underground, fut-il fabriqué ou simple preuve de naïveté, Jesus Christ Vampire Hunter veut malgré tout tellement paraître cool sans avoir l’air d’y toucher qu’il en perd paradoxalement toute spontanéité et neutralise la singularité de ce type de film, l’amateur du genre cherchant avant tout à découvrir un cinéma « autre », fut-il parfois douteux (comme je m’enthousiasme parfois ici sur des films tellement cataclysmiques qu’ils en deviennent jouissifs) et se retrouve forcément frustré devant un produit anonyme qui tente inlassablement d’être le nouveau nouveau Bad Taste. C’est embarrassant de penser, au fond, que des gens qui font comme ça des films tous seuls dans leur coin avec trois fois rien, sans doute avec implication, et parfois même avec sincérité, tombent dans les mêmes travers que ceux qui font ça avec opportunisme, se contredisant eux mêmes en fait, ne profitant ainsi pas du tout de la liberté totale qu’il leur est offerte de faire des films sans se soucier de plaire au plus grand nombre.
Mon petit plaisir télévisuel de cet été, je le dois à Didier Allouch, journaliste que vous connaissez sans doute si vous lisez Mad Movies et envoyé spécial de Canal aux States, qui présentait pendant toutes les vacances une émission sur le cinéma hollywoodien. Rien de bien transcendant, si ce n’est une rubrique consacrée à la série B horrifique, peu étonnant quand on connaît l’affection du bonhomme pour le genre. Pour ses interviews de David De Coteau, Fred Olen Ray, David Sterling et autres réalisateur de films de genre aux budgets microscopiques comme les gars de la firme The Asylum qui ont produit Transmorphers, un avatar bis et fauché du blockbuster estival de Michael Bay, à consommer directement chez soi en DVD, on n’arrête pas le progrès, bref, pour ces portraits de producteurs roublards et de cinéastes souvent passionnés, merci à lui.
Le Direct to Video (ou to DVD, comme vous voulez) c’est bien aujourd’hui l’équivalent des films que Série Bis commente quand il plonge dans la mémoire de la culture drive-in. Aujourd’hui, ce cinéma là, ces films de genre commerciaux, produits avec peu d’argent atterrissent directement dans les étagères des video-clubs. Chez nous, en Amérique, on en produit beaucoup, et on en exporte même à l’étranger, comme on peut le voit tous les ans au Marché du Film à Cannes, vous savez ce festival dans ce pays qu’on appelle France, pays bizarre puisque là bas, ce cinéma là, ils connaissent pas, les films d’horreur, directement conçu pour la vidéo, sans subvention du CNC, c’est même pas concevable (les horreurs tout court, subventionnées en plus, qui sortent en salles, ça marche assez bien par contre). Sur un canevas classique et connu, le film de série B se construit en général sur une série de micro-variation, où peuvent se glisser dans les creux accélérations jouissives et idées délirantes, ce qui peut dans certains cas laisser entrevoir une vraie originalité, voire du style, c’est ce qu’on trouve chez des cinéastes comme Bryan Yuzna ou Frank Henenlotter qui ont fait avec une poignée de dollars des choses superbes. Mais il y aussi le cas où la série B la joue pour ainsi dire en mode mineur et l’amateur du genre, rodé aux joies du « fantastique du samedi soir » (à voir à plusieurs si affinités, pour plus de convivialité), traquera alors, pour trouver satisfaction, le moindre dérèglement, fut-il volontaire… ou pas.
PROGRAMME POUR UNE NUIT ZOMBIESQUE :
Ingrédients :
4 DVD,
une platine DVD,
une télévision,
un pack de bières et des pizzas.
C’est en se réjouissant par avance de son très net parfum eighties que l’on se plonge dans Zombie Island Massacre réalisé par John N. Carter en 1984, film qui malgré son titre on ne plus alléchant, jouit pourtant d’une assez sale réputation (une brève recherche Google vous en convaincra). Tout d’abord, ce long métrage s’affiche sous la bannière Troma, tiens, ça fait longtemps qu’on n’avait pas croisé la célèbre firme de Lloyd Kaufman ici, mais cela dit, Troma ayant racheté ce petit film d’horreur pour le distribuer, ne vous attendez pas à un délire foutraque et potache dans l’esprit d’un Toxic Avenger, et même si la scène d’introduction particulièrement vulgosse et ridicule peut porter à confusion, la suite nous offre une série B on ne peut plus classique. Mais surtout, Zombie Island Massacre est réputé pour être une arnaque complète mais contrairement à d’autres sites, je relève ici le défi (au cas ou vous n’auriez pas vu le film) de ne pas vous prévenir et donc de ne pas vous révéler le pourquoi du comment. Je vous touche quand même quelques mots de l’intrigue : un groupe de touristes participent à un voyage organisé dans les caraïbes. Un raid « découverte » les emmène se balader dans la forêt où ils vont côtoyer des indigènes et même assister à un troublant rite sacrificiel à base de vaudou. Mais au moment de repartir à la maison, leur guide les abandonne sur place et ils vont devoir se débrouiller tous seuls. Ambiance de la brousse, attention les secousses, le massacre peut commencer. Le film va avancer à un rythme de slasher (les victimes tombent à un rythme métronomique), ce qui colle bien avec le style années 80. La mise en scène est anonyme, voire même franchement passable avec un montage assez approximatif. Comme je le disais, le film se révèle assez premier degré mais en VF, les doubleurs ont clairement déconné et les dialogues sont souvent particulièrement ridicules. Reste le twist final qui dévoile donc le fin mot de l’affaire. Et oui, on peut penser qu’on a été légèrement pris pour des cons. Mais c’est rigolo aussi dans un sens. Donc, je parie sur le fait que si vous me lisez, c’est que vous êtes un petit peu pervers, alors peut-être que ça vous fera rire aussi.
Par contre, il faudra une sacrée résistance pour assumer la vision de Vampires VS Zombies qui lui aussi flaire bon l’arnaque mais l’amène vers des sommets inattendus d’incongruité. Si Zombie Island Massacre et son twist final tentent de donner une cohérence globale à son récit, Vampires VS Zombies fait régner la gratuité et l’incertitude quitte à nous laisser sur le carreau, hagard et dubitatif. Visiblement, une invasion de zombies a eu lieu et c’est un peu le bordel, puisque les zombies traversent sur les autoroutes et qu’il n’y pas de panneau pour prévenir les automobilistes. Un père et sa fille se baladent dans la campagne en jeep. Au bord de la route, ils croisent une étrange femme qui leur confie sa fille nommée Carmilla. Et là, vous avez compris, la jeune fille est une vampire. On l’a vu au générique, le cinéaste Vince D’Amato prétend s’être inspiré du célèbre roman de John Sheridan Le Fanu, le mythe de Carmilla ayant inspiré nombre de cinéastes avant lui, dont des chouchous de Série Bis, Jean Rollin et Jess Franco (1). Spécialisé dans les productions à petit budget distribuées en DVD, il signe en 2004 cette adaptation assez « libre » qui s’avère en fait être une sorte de road-movie quasi-immobile qui semble avoir été filmé entièrement dans la même portion de route. Visuellement, le film est ultra-cheap avec une mise en scène indigente, des acteurs peu convaincus et des effets spéciaux fait maison. Là où il surprend, c’est dans son ton qui semble osciller entre le fantastique sérieux voire ambitieux (adapter Le Fanu comme l’annonce le générique) et le gore potache pour nous faire pouffer entre amis sur notre canapé entre deux bières. Le mélange des deux s’avère détonnant tant il sert un scénario dont la cohérence et la logique rappelle celui du mythique film de Bernard Launois, Il était une fois le Diable que j’aime beaucoup. Bref, entre errances forestières, cauchemars, flash-backs, intermèdes saphiques et décapitions de vampire, on n’y comprend vite absolument plus rien. Vince D’Amato, auteur complet de son film, a aussi fondé la société Creepy Six Films, spécialisée dans la série B fantastique tournée avec des moyens proches de l’amateurisme (un budget de 100000 dollars environ) et basée à Vancouver. En fait, le film s’appelait simplement Carmilla mais racheté par la compagnie Asylum, il fut retitré Vampires VS Zombies, ce qui était sans doute plus vendeur pour une sortie DVD. Sur le site de la boite, on nous le vend comme un mélange de gore punk et de mystère lynchéen (!!!), c’est plutôt osé. Mais bon, le gars est fan de Jess Franco (il tient un joli blog sur le cinéaste ici) alors on lui accordera le bénéfice du doute. Reste que je ne sais toujours pas si j’ai eu à faire à un canular filmé ou à la naissance d’un « véritable auteur ».
Après des années d’absence, nos amis zombis ont fait un retour en force sur le marché du DVD, suite sans doute au come-back fulgurant de Romero et à un certain anoblissement du genre (le zombie, c’est gore, c’est chic, c’est politique). Mais tout cela est bien loin des préoccupations de certains producteurs qui y voient l’opportunité de surfer sur la mode de ce genre aussi codifié qu’inépuisable. Plane Dead de Scott Thomas, sorti récemment en DVD chez nous, est un excellent exemple, s’avérant être un mélange improbable entre le téléfilm catastrophe tel qu’on en voit des dizaines et la série B gore la plus basique, la seule originalité du machin étant de se servir de l’espace de l’avion comme n’importe quel autre décor d’un film de zombie, du coup, les zombies émergent du bas de l’avion comme s’ils sortaient de terre. Encore plus prévisible, Rave from the Grave, en fait Le Retour des Morts Vivants 5 est donc la suite directe du quatrième volet de la saga, Necropolis, que nous avions jadis chroniqué et qui nous avait guère emballé. Ellory Elkayem, déjà coupable du précédent opus, rempile ici, puisque les deux films ont sans doute été tournés dans la foulée. Preuve en est, le cameo au début de Peter Coyote qui cachetonnait déjà dans l’autre film et qui se fait rapidement supprimer ici. La surprise du film, c’est la débilité, cette fois-ci, complètement assumée du scénario dont l’argument à base de shit radioactif, transformant une rave-party en carnage zombiesque, fait penser à une potacherie tout droit sortie de l’écurie Troma. Probléme : même au huitième degré, on sourit très peu et on ne s’amuse que très rarement dans ce film longuet et désespérément fade, dénué de la moindre idée un tant soit peu délirante qui puisse le faire décoller. Déjà, le parti-pris de l’humour potache est souvent une facilité dans le genre, destiné à viser de manière racoleuse un public adolescent, mais bon quand celui-ci est soutenu par des idées intéressantes, pourquoi pas ? Là c’est juste le calme plat. Mais l’ennui distillé par cette triste comédie horrifique n’est rien face à l’agacement ressenti lors de la vision de Day of the Dead 2 : Contagium de Ana Clavell, qui affiche par le biais de son titre une parenté directe à l’un des opus de la saga romerienne. Ca commence par un long prologue dans un centre militaire en 1969 ou une expérience sur un virus tourne mal. S’ensuit une longue scène d’action, pas spécialement originale et surtout visuellement assez pauvre malgré des effets gores soignés. Trente ans plus tard, le centre militaire est devenu un hôpital psychiatrique ou un docteur expérimente sur des malades des techniques peu orthodoxes. Lors d’une sortie organisée, l’un des patients ramène à l’hôpital un étrange objet, abandonné jadis par les militaires après le massacre. Ce minuscule flacon va libérer dans l’établissement le terrible virus et les patients contaminés vont se mettre à muter. L’idée du film, c’est de jouer sur le fait que les évènements narrés dans le film sont à l’origine d’une invasion de zombie inévitable. Nous sommes donc du côté des premiers contaminés et nous suivons jour par jour l’évolution du virus et ses conséquences. Le scénario semble avoir pour volonté de développer la psychologie des personnages afin de leur donner une certaine densité. C’est assez raté, tous en restant au stade du cliché, le tableau de cet hôpital dépeint comme une institution répressive et autoritaire apparaît terriblement caricatural, au point qu’on se croirait dans le mythique T’aime, le chef d’œuvre d’art brut de Patrick Sebastien. Evidemment, le scénario affiche ses intentions sérieuses (ahh ! les monologues métaphysiques du héros en voix off !) et ses références cinématographiques à grands coups de coude dans les côtes du spectateur mais des qu’il s’agit de faire du cinoche, y’a plus personne. Que le budget soit limité, peu importe (même si le film ne serait pas si fauché que cela, ce qui laisse perplexe quand on voit le résultat), que le film cherche à viser un public de fans ou même qu’il joue la carte de l’exploitation, pourquoi pas (on sait que la production de Taurus Entertainment se serait débrouiller pour racheter les droits du film d’origine, celui-ci étant proposé comme bonus dans l’édition DVD française, afin de pouvoir porter le titre Day of the Dead 2 et attirer le chaland), mais quand on voit l’ampleur de la catastrophe, on se demande vraiment comment des gens qui se réclament être des fans de l’œuvre originale peuvent emprunter le titre d’un film qu’il respecte pour refourguer leur daube (le mot est lâché), ce Contagium, loin du manque d’ambition gentiment navrant ou de la potacherie complaisante mais inoffensive des films commentés plus haut, affichant une prétention particulièrement aberrante et agaçante. Depuis les même lascars auraient commis un Creepshow 3 et ça fait peur.
(1) L’ami Rollin dont la notoriété dépasse les frontières, sait-il que récemment la série télévisée américaine The L Word lui rendait hommage en le citant explicitement dans un dialogue sur la mythologie du vampire lesbien, l’épisode se terminant sur un extrait de la musique de Vampyros Lesbos de Franco, un clin d’œil amusant et respectueux à nos amis Rollin et Franco dans une série télé mainstream, nom de nom, c’est pas en France qu’on verrait ça.
AVERTISSEMENT : Ce film comporte des scènes avec un acteur dans un costume de gorille. C’est donc un film garanti de qualité. De plus, le rôle bouleversant du gorille est ici interprété par l’indispensable George Barrows, qui nous avait épaté en gorille de l’espace dans le sublime Robot Monster de Phil Tucker.
Retour en arrière avec une production American International Picture qui mettait ici un point final à sa série de films destinés aux teenagers en vacances. Le genre du film de plage ayant trouvé pour se diversifier le moyen de flirter avec le fantastique, les monstres, les zombies et autres revenants ectoplasmiques finissent par s’inviter pour troubler les idylles de nos chers adolescents dans The Beach Girls and the Monster de Jon Hall ou encore Horror of Party Beach de Del Tenney et ses mutants aquatiques radioactifs. The Ghost in the Invisible Bikini, outre son titre merveilleusement suggestif, était sans doute l’occasion pour la firme de réutiliser les décors gothiques des films d’épouvante dont Roger Corman s’était fait la spécialité avec ses fameuses adaptations des nouvelles de Poe. Deux jeunes ados débarquent dans un château poussiéreux dans lequel ils ont été invités car ils doivent hériter après la mort d’un membre de leur famille. Mais un avocat louche ne l’entend pas de cette oreille et est prêt à tout pour empocher le pactole y compris à faire croire que la baraque est hantée. Mais l’esprit du propriétaire veille et afin d’être sur d’aller au Paradis, envoie une charmante créature ectoplasmique aider les deux jeunes gens à toucher le million de dollars. C’est elle, le fantôme au bikini invisible. Et là désolé de casser le suspense, aussi invisible que soit son bikini et aussi charmante que soit le fantôme en question, vous ne verrez rien d’indécent, bande de petits voyeurs. En plus, avec un scénario pareil, vous l’aurez compris, on nage en pleine fantaisie, et au bout de dix minutes, un bus de jeunes et charmants teenagers en maillot et chemise à fleurs débarquent dans le château (qui tiens, tiens, possède aussi une chouette piscine avec des hamacs et des parasols tout autour) et vas-y que ça se met à pousser la chansonnette et tout le monde se met à danser le madison au bord de l’eau. La magie du cinéma.

Le principal intérêt de ce scénario complètement débilosse est de compiler tous les ingrédients du genre et de les assembler en une grande sarabande improbable qui oscille entre le fantastique, le film de monstre, la comédie musicale, la bluette sentimentale au mépris de toute vraisemblance. Les personnages secondaires sont tous archétypaux au possible et l’on croise des avocats véreux, des bimbos myopes, des amoureuses éconduites, des méchants maladroits, un gang de motards tous totalement abrutis, un indien qui fait du cirque, une vieille adepte du spiritisme et même un gorille (vous-ai je dit qu’il y dans ce film des scènes avec un type dans un costume de gorille ?) qui parodie une scène du Shining de Kubrick (parodie d’autant plus audacieuse qu’elle est faite avec quinze ans d’avance !). Le casting réserve ses surprises puisqu’on y croise quand même deux vielles gloires du fantastique classique : Basil Rathbone dans le rôle de l’avocat cupide et qui en fait des tonnes comme il se doit et plus douteux, Boris Karloff, réduit au statut de faire-valoir pendant tout le film, ce qui est plutôt tristounet à voir. La mise en scène est évidemment anonyme mais ne vous attendez pas du tout à une série Z fauchée, le film bénéficiant d’une direction artistique soignée, la même en fait que celle qui a fait la gloire des productions fantastiques de la firme et en plus, le film se paie le luxe d’être éclairé en Scope couleur par Stanley Cortez, qui fut chef opérateur sur le plus film du monde toutes époques confondues, La nuit du chasseur de Charles Laughton. Visant un public d’ados, The Ghost in the Invisible Bikini bascule donc assez vite dans le registre de la comédie burlesque, un burlesque pour le moins naïf et parfois lourd. Le décorum de la maison hantée, son fantastique bubble-gum et son surnaturel de pacotille nous donne l’impression d’assister à un épisode live de la série Scooby-Doo (d’ailleurs les récentes adaptations filmées de Scooby-Doo sont finalement ce qui s’est fait dans les années 2000 de plus proche de ces productions d’époque), ce qui a son charme malgré tout.

Le résultat est donc sympathiquement ringard et est réservé à ceux qui se sentent de plonger dans le trip sixties nostalgique et inévitablement très régressif que représente un tel film. Tel quel, The Ghost in the Invisible Bikini est un document sur une certaine culture adolescente de son époque dont on croise même ici une des futures stars, Nancy Sinatra quand même, vous savez la fille qui nous chantait la même année que ses boots étaient faites pour marcher (ce qui permit de surfer sur le succès de ce tube mythique). Le film se termine en pyjama-party dans la crypte du château. Peut-être une idée pour les vacances.


