Mercredi 31 octobre 2007

Histoire de marquer le coup, vous avez peut-être envie de vous faire une soirée film d’horreur, mais là se pose la terrible question : que voir ? En ce qui concerne les classiques, vous pouvez toujours vous reporter à ma note de l’année dernière : vous pouvez vous revoir le chef d’œuvre de Carpenter (voire oser le comparatif avec la nouvelle version de Rob Zombie) ou vous retaper la saga des morts-vivants de Romero ou la trilogie Evil Dead, mais franchement, que c’est banal, et puis vous connaissez tout ça par cœur ! Alors, c’est avec espoir que vous fouillez dans les bacs à DVD et le rayon horreur de votre vidéo club, et là vous tombez sur Scarecrow, visiblement un bon direct to video avec un épouvantail en guise de boogeyman. Mieux encore, vous découvrez qu’il s’agit d’une trilogie qui débarque comme ça chez nous en DVD, 3 films sur ce nouveau mythe du cinéma d’horreur, rien que ça, on en salive d’avance, après tout pourquoi ne pas tenter le coup ? Scarecrow, c’est donc l’histoire de gens qui se réincarnent en épouvantail pour revenir assouvir une vengeance sanglante sur ceux qui leur ont pourri leur vie. Il y a de la légende ancienne, des teenagers, un campus et un tueur maléfique, bref, c’est du slasher pur et dur.


Taillé dans le marbre des plus beaux clichés du genre, Scarecrow nous projette dans un océan de poncifs tellement too much que c’en est trop beau pour être vrai. Ce premier opus nous raconte l’histoire d’un jeune homme simplet et débile forcément souffre douleur fétiche des autres garnements de son campus, délaissé par une mère dépravée et alcoolique, humilié par des professeurs cruels et qui va s’en prendre plein la gueule pendant environ un tiers du film. Seule Judy, une jolie fille du lycée (incarnée par une Tromette, la plantureuse Tiffany Shepis) qui le défend gentiment trouvera grâce à ses yeux. Mais le pauvre garçon sera tué accidentellement par l’amant de sa mère, un beauf obsédé sexuel avec une horrible fausse moustache, et trouvera la mort auprès de l’épouvantail du champ de maïs du coin. La vengeance se prépare. Certes pas vraiment aidé par un doublage top niveau, Scarecrow fleure bon le nanar des les premières minutes (son interminable générique de début) et sa mise en place riche en situations poussives, en personnages caricaturaux et en répliques idiotes. Mais c’est au moment ou le héros revient en épouvantail pour se venger que Scarecrow prend sa réelle dimension, car en effet, de manière totalement inattendue, le débile timide et frustré se réincarne en un croque-mitaine exubérant qui débite des vannes avant de trucider ses victimes en faisant « mouahahahah !! », fait des cabrioles à la Super Inframan quand il est content, fait du kung-fu et décapite à coups de faux, massacre à coups de poêle dans la gueule et même d’épis de maïs !!!! Devant une telle générosité, on cède vite au plaisir coupable de la chose même si le film est plus cheap que cheap (la lumière est franchement moche parfois), ce qui trahit des délais de tournage assez serré (huit jours en tout). Le cinéaste Emmanuel Itier, ancien journaliste français parti aux Etats-Unis, en a fait un slasher discount qui se révélera néanmoins être le plus rigolo de la saga.   


Car la société The Asylum dont nous avions déjà brièvement parlé et qui s’est spécialisé dans les clones de blockbuster (Transmorphers, The Da Vinci Treasure…) a sans doute vu ici l’occasion de jouer au grand en créant sa propre saga dédiée à l’épouvantail tueur. Du coup, un an plus tard, on remet le couvert avec Scarecrow Slayer de David Michael Latt et qui se paye comme guest star Tony Todd, le Candyman en personne, ici dans un rôle de fermier revanchard parfaitement anecdotique qui va tuer accidentellement un jeune garçon qui avait fait le pari de lui voler son épouvantail. Après une scène de réincarnation sans doute en hommage au cinéma de Tsukamoto (avec son montage épileptique et ses plans en animation image par image), on s’attend à une reprise bête et méchante du premier opus. Eh bien, non, les auteurs ont tenté de renouveler la franchise. Fini l’épouvantail farceur, le tueur est en quelque sorte humanisé (il ne trucide plus de manière bourrine) et le récit se voit enrichi en toile de fond d’une bluette adolescente particulièrement pesante (c’est sa petite amie qui essaie de le stopper). C’est dans le dernier tiers que Scarecrow Slayer retombe dans le gros Z qui tache en y mêlant un groupe de marines qui tente d’éliminer le tueur et surtout dans une scène finale ou l’épouvantail affronte dans un combat acharné un autre épouvantail. Malgré ce dénouement mouvementé, on s’ennuie quand même pas mal à la vision de ce slasher bas de gamme qui tente une approche un peu plus premier degré que dans le film original mais n’est qu’un produit calibré pour le marché des chaînes câblées. C’est donc l’épisode le plus barbant de la saga. Mais ce n’est pas une raison pour se refuser une troisième mouture écrite et réalisée en 2004 par Brian Katkin, Scarecrow Gone Wild. Cette fois-ci, une expérience de bizutage tourne mal pour un groupe de teenagers qui laisseent un de leurs camarades dans le coma, après l’avoir attaché comme un épouvantail dans un champ de mais. L’épouvantail tueur arrive alors pour assouvir sa vengeance. Débutant comme un fait divers vansantien en mode rural, le film semble emprunter la voie du second opus, quand soudain nos héros décident de partir en vacances, et là c’est une riche idée, Scarecrow Gone Wild devient un beach movie !!! Ca gratouille de la guitare au coin du feu, ça joue au beach volley sur la plage, les filles font du monokini, Brian Katkin a tout compris. Seulement voilà, il se croit obligé de développer les histoires sentimentales de ses héros lors de longues scènes bavardes et l’ensemble paraît des plus longuet. Malgré quelques meurtres sympathiques et une accélération du rythme à la fin, le résultat, mis en scène approximativement, demeure affreusement routinier et on finit la saga en étant relativement satisfait que cela s’arrête.

Soyons francs, malgré son avantage économique (on trouve les trois films en DVD dans les bacs à soldes à des prix défiant toute concurrence), Scarecrow vous promet un Halloween quand même très Z, plutôt destiné à une soirée entre amis dans une atmosphère détendue et conviviale.   

Mercredi 31 octobre 2007

L’une des lectures conseillées pour Halloween, c’est évidemment de se replonger dans les EC Comics et dans la célèbre collection Tales from the Crypt et ses courtes histoires macabres, qu’on connaît plus en France par le biais de ces transpositions cinématographiques (le Creepshow de George A. Romero, que beaucoup estiment raté, mais pour lequel j’ai une grosse affection nostalgique, notons que bizarrement ce furent les anglais qui, les premiers, adaptèrent ces histoires courtes, souvenons nous des films à sketches du regretté Freddie Francis) et télévisées (la fameuse série homonyme produite par HBO, parfois inégale, mais irrésistiblement sympathique).


Rappelons que l’influence de ces comics d’épouvante et d’horreur fut considérable, sans doute aussi à cause de leur interdiction suite à l’institution du Comics Code, destiné à la protection des jeunes américains susceptibles d’être pervertis par ces publications sordides. Interdiction qui permettra aussi à leur créateur Bill Gaines à fonder avec Harvey Kurtzmann, le magazine MAD, autre pilier de la bande dessinée nord-américaine.

 

Se replonger aujourd’hui dans l’univers visuel des Tales from the Crypt, Haunt of Fear et autres Vault of Horror est un petit bonheur…

cliquez pour voir les couvertures

Puisqu’on cause bandes dessinées, j’en profite pour saluer ici la création du forum Elviland consacré aux petits formats édités par Elvifrance, la célèbre et sulfureuse maison d’édition française qui édita de nombreuses histoires d’horreur, amenant dans nos rayons de littérature de gare, un univers à mi-chemin entre les comics horrifiques et les fumetti italiens. Souvent agrémentées d’érotisme, voire de pornographie très déviante, les BD Elvifrance sont un équivalent en BD des séries Z et des films d’exploitation qu’on aime tant. 

 

Tant qu’on y est, vous avez sans doute entendu parler de la vente aux enchères de la collection de Jean Pierre Dionnet, et voici un lien pour une vidéo d’une interview ou Dionnet parle de sa collection. Si vous êtes lecteur de ce blog, vous faites aussi peut-être partie de ces gens pour qui la personnalité de Jean Pierre Dionnet a une place dans la constitution de votre cinéphilie, ça devrait donc vous intéresser.

 

Et enfin, cette semaine, c’est les dix ans de Mauvais Genres animée par Francois Angelier et son équipe et vous pouvez écouter ça sur le site de France Culture, l’émission en soi n’a rien d’exceptionnel, mais c’est toujours bien de redire que j’espère que ça durera comme ça encore longtemps.

Mercredi 31 octobre 2007
Quelques bandes annonces des perles de la American International Pictures :
Mercredi 31 octobre 2007

C’est en découvrant ce film et en décidant de le commenter ici que j’ai pensé qu’on n’avait jamais parler ni de la Hammer Film ni du cinéma de Terence Fisher alors qu’on a déjà abordé l’horreur gothique italienne. Quand en 1960, Mario Bava fait Le Masque du Démon, il livre un équivalent transalpin aux productions horrifiques britanniques de la Hammer qui permettront à Terence Fisher de concevoir de flamboyantes transpositions en couleur des grands mythes du fantastique classique, jadis portés à l’écran à Hollywood par Tod Browning et James Whale. Donc, voilà, Fisher et la Hammer, c’est emblématique, c’est un pilier du genre dans les années 60, c’est aussi l’arbre qui cache la forêt. A la Hammer, on faisait aussi des thrillers et de la SF (la saga des Quatermass) avant de faire de l’horreur et puis il y eut d’autres gens talentueux qui travaillèrent pour la firme (le scénariste Jimmy Sangster, les cinéastes Val Guest ou Roy Ward Baker), Fisher lui même travaillera un temps hors de la Hammer, Christopher Lee et Peter Cushing, les deux stars de la Hammer, iront même tourner pour une firme concurrente, la Amicus. Et puis la Hammer tenta de se renouveler plus ou moins maladroitement dans les années 70 (on se souvient des Sept Vampires d’Or, curieux mélange d’horreur et d’arts martiaux co-produit avec la Shaw Brothers) et déclina enfin. Le Retour de Frankenstein est un film de fin de carrière pour Fisher, qui retrouve ici le mythe crée par Mary Shelley, dont il avait donné une première version en 1957 avec son célèbre Frankenstein s’est échappé. Fisher donnera quatre suites à ce film. La compagnie en produira deux autres, The Evil of Frankenstein réalisé en 1963 par Freddie Francis et The Horror of Frankenstein écrit et réalisé par Jimmy Sangster et qui est une exception dans la saga puisque Peter Cushing n’y tient pas le rôle titre, ce film est d’ailleurs décrit comme un remake parodique du film originel de Fisher, je ne l’ai jamais vu mais je serais bien curieux de voir ce que ça donne.  


Dans le film qui nous occupe aujourd’hui, Frankenstein est donc en cavale car il est poursuivi par la police, ce qui le force à interrompre ses recherches. Réfugié sous un faux nom dans une pension tenue par un couple d’adorables tourtereaux, il va exercer un ignoble chantage envers le jeune homme et profiter de ses compétences de docteur pour en faire son assistant. En effet, ce dernier travaille dans un asile d’aliénés où est interné un ancien collègue du baron Frankenstein et le savant fou est bien décidé par le biais d’une opération chirurgicale très particulière à le ramener à la raison. Donc voilà, comme vous le voyez, le scénario de Bert Batt garde les bases du mythe (Frankenstein fait des expériences sur des cobayes humains) et ensuite on brode plus ou moins librement. D’ailleurs, avec un prologue assez brutal et sanglant, l’intrigue part sur une trame policière menée par deux personnages qui enquêtent sur les agissements troubles de Frankenstein (si on a vu les précédents films de la saga, on sait que des le début du deuxième épisode, le baron devient un hors-la-loi qui joue à cache-cache avec les autorités). Vous l’aurez compris, la particularité de la saga provient essentiellement de la manière dont Fisher caractérise le personnage du baron et ce des le premier film, prenant ainsi clairement une voie différente de celle de James Whale. Whale était intéressé par l’humanité de la créature face à une société qui le rejette. Chez Fisher, c’est l’humain qui devient le monstre, Frankenstein dans la peau de Peter Cushing se mue en une créature machiavélique et dénuée de toute morale, se moquant sans aucun scrupule des interdits d’une société figée et puritaine. Frankenstein est autant une figure archétypale du savant fou élevant la science au-dessus de tout mais s’inscrit aussi dans la tradition littéraire du libertin repoussant les limites dans un monde où Dieu est absent.


Rarement Fisher aura permis à Peter Cushing d’aller aussi loin dans la cruauté et la sauvagerie que dans ce film. Même si par ailleurs, Frankenstein must be destroyed ne verse pas vraiment dans le gore, il n’en fourmille pas moins de détails sordides et de quelques morceaux de bravoures franchement macabres (la scène de l’explosion de la conduite d’eau) qui en constituent les meilleurs moments. Frankenstein ira même jusqu’à commettre un viol dans une scène d’une violence parfaitement gratuite, si on en croit la légende (en tous cas, Cushing lui-même et surtout la comédienne Veronica Carlson n’était guère enthousiasmés à l’idée de la tourner), mais qui renforce le caractère de prédateur brutal du savant. La mise en scène s’avère d’un certain classicisme en fait, quelque chose de très sobre, de presque prosaïque, ce qui crée un certain contraste avec la direction artistique soignée et élégante qui fut la marque de fabrique de la firme. Le scénario reste néanmoins l’élément le plus faiblard de l’œuvre, en effet, s’il est riche et intéressant dans ses variations sur l’histoire originale, il pâtit d’une mise en place longue et inutilement bavarde que le rythme du film peine à compenser. C’est assez dommage, car la seconde moitié du métrage est tout à fait passionnante et le dénouement d’une noirceur bienvenue. C’est donc un excellent film pour plonger dans l’univers gothique et macabre de la Hammer et découvrir ce qui reste une des meilleures transposition du mythe à l’écran.

Lundi 22 octobre 2007

Film totalement obscur chez nous mais jouissant aux USA de la flatteuse réputation d’être l’un des pires films du monde (et ce grâce à sa diffusion à la télé dans le cadre de la douteuse émission le Mystery Science Theater (1)), Manos, The Hands of Fate devait forcément un jour ou l’autre être chroniqué sur Série Bis et la découverte du film fut un choc, vraiment, comment pouvais-je vivre sans Manos avant ? Puisque la genèse contribue ici à la légende, il faut dire que Manos trouve son origine dans un pari. Un pari lancé par un fabricant d’engrais texan originaire d’El Paso de réaliser avec les moyens du bord un film d’horreur durant l’été de l’année 1966. Si ça, c’est pas une leçon pour tous les apprentis-cinéastes, Warren mènera son œuvre jusqu’au bout, ce sera son seul film, mais tant pis, il aura traversé les années pour parvenir jusqu’à nous, dans sa splendeur intacte. Car Manos fait partie de ces petites merveilles que je chéris tant, dont la vision défie absolument toute analyse critique. Véritable trou noir, passage secret grand ouvert, aller simple sans retour vers une autre dimension, le visionnage de Manos est une expérience des plus marquantes, sans rire, et pour peu qu’on soit dans le bon état d’esprit, un moment totalement jouissif.

D’abord, contrairement à tout ce que vous lirez ailleurs, Manos est une histoire d’amour doublée d’une mise en abyme merveilleusement subtile du film de drive-in. En effet, Manos raconte en fait l’histoire d’un jeune couple qui cherche un endroit tranquille pour boire un coup et se bécoter tranquillement. Ceux qui connaissent le film me diront que cette intrigue n’occupe environ que 5 minutes du métrage au total, mais le fait qu’elle existe indépendamment du reste du récit nous incite à penser qu’il s’agit là du couple typique de jeunes gens qui pourrait se perdre dans un drive-in pour pouvoir faire des câlins paisiblement sans se soucier de l’autre histoire, celle qui défile à l’écran. D’où la mise en abyme (d’ailleurs sur un des plan du couple qui se bécote, on voit le clap grace à un point de montage arrivant judicieusement trop tôt, Manos rejoint ainsi ce club restreint des films ou le clap fait irruption sans prévenir comme le sublime The Body Shop). Et aussi un des running gags les plus audacieux de toute l’histoire du cinéma. A part ça (mais c’est bien secondaire finalement bien que ça occupe 95% du métrage), Manos raconte aussi l’histoire d’un couple marié se baladant dans un coin paumé avec leur petite fille. Ils se perdent et atterrissent dans un motel paumé dont le gardien, l’autre véritable héros du film, s’appelle Torgo. Torgo est une sorte de fermier plouc et légèrement débile, à la démarche peu assurée et qui marmonne des phrases au sens obscur. On comprend que le pauvre homme garde le motel depuis la mort de son maître et propriétaire. Bien que l’endroit ne soit pas spécialement accueillant, la petite famille s’y installe pour la nuit et le cauchemar va donc commencer.


L’étrangeté fascinante de Manos ne tient pas tant à son intrigue (une vague histoire de motel qui abrite une secte louche) qu’à sa manière profondément absurde de différer constamment l’action. Ca tient certes en grande partie à ce rythme d’une lenteur hallucinante qui finit par devenir totalement hypnotique (les longs travellings du trajet en voiture au début qui s’éternisent sans justification aucune), mais aussi aux réactions incroyablement illogiques des personnages face aux rebondissements du scénario (comme les deux flics qui décident d’examiner les alentours du motel après y avoir entendu un coup de feu et qui rebroussent chemin après avoir fait trois pas) qui font basculer un récit somme toute banal dans le non-sens le plus complet. Le sentiment d’étirement extrême de la durée rend tout ça fascinant. LA star du film, c’est donc John Reynolds qui dans le rôle de Torgo, livre une composition habitée et hallucinée qui justifie presque à elle seule la vision du film. A chacune de ses apparitions, accompagnée par un thème musical entêtant devenu culte, il vole sans problème la vedette à tout le monde y compris à son maître, le grand méchant du film joué par Tom Neyman, dont le génial costume en rouge et noir et le jeu hystérique n’arrive pas à la hauteur du spectacle offert par Reynolds qui trouvait ici le rôle de sa vie (ce qui n’est pas spécialement drôle par ailleurs, le bonhomme, perturbé par des graves problèmes de drogues et d’abus de LSD, se donna la mort peu après la fin du tournage). Notons néanmoins que le jeu d’acteurs est sévèrement massacré par une post-synchro (je ne parle pas de la VF attention mais bien de la bande son originale, le film fut tourné sans aucune prise de son direct selon les préceptes formels de Doris Wishman) qui fut réalisé dans l’urgence par trois acteurs chargés de doubler la totalité du casting. La légende dit que quand la gamine qui jouait la fille du couple de héros entendit sa voix dans le film, elle fondit en larmes et ça se comprend.

Lister toutes les maladresses, approximations et autres aberrations qui font de Manos un sommet absolu de la série Z serait quand même bien fastidieux, vous trouverez par ailleurs assez facilement sur le net en faisant quelques recherches un nombre incalculable d’anecdote plus ou moins véridiques sur le tournage du film et sa désastreuse première projection publique en novembre 1966 sur les lieux du tournage à El Paso. Mais rien ne vaut la découverte de ce chef d’œuvre d’art brut dont les morceaux d’anthologie devraient réjouir les plus blasés d’entre vous. Même si Warren s’était investi à fond dans le projet et avait finalement réussi son pari au point de réunir un peu moins de 20000 dollars pour louer une caméra 16mm, convaincre des gens de tourner dans son film (principalement des acteurs locaux et des mannequins pour les rôles des épouses du Maître, personne ne fut payé par ailleurs) et même une petite boite (Emerson Films) qui distribua brièvement la chose dans quelques drive-in du Texas, le cinéaste semblait conscient que son one-shot était une aberration cinématographique de tout premier ordre. Il mourut avant de pouvoir son film acquérir le drôle de culte dont il bénéficie aujourd’hui, entre temps, et ce malgré quelques autres tentatives avortées, il repris son métier d’origine et ne réalisa rien d’autre. Aujourd’hui, Torgo serait digne d’être l’hôte de nos pires cauchemars cinématographiques. Qu’un tel film soit parvenu jusqu’à nous me fascinera toujours. Ca tient vraiment à rien, des fois, le cinéma.


(1) Pour ceux qui ne connaîtrait pas, c’est cette émission de télé américaine où ils diffusent des vieux films en général des séries Z ringardes et les films sont en quelque sorte détournés, agrémentés de commentaires par des marionnettes placées en bas de l’écran comme si elles étaient dans une salle de cinéma et qu’elles regardaient le film en même temps que nous. Beaucoup ne connaissent Manos qu’à travers cette version « détournée » mais vous diront qu’elle est mieux que l’originale, laissez moi en douter. Un jour dans une solderie, je tombe sur une vidéo intitulée Le pire contre attaque. Le titre me fait beaucoup rire alors j’achète la vidéo, en fait c’était un épisode du Mystery Science Theater doublé en francais et le film en question, c’était Les Survivants de L’Infini de Joseph Newmann, un film de SF des années 50 avec des gros aliens verts, pas un chef d’œuvre, juste une série B un peu longuette, mais surtout les commentaires des gugusses par dessus ne m’avaient franchement pas fait rire.  

par Ludo Z-Man publié dans : série bis

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